Bénin : repenser les liens commerciaux avec le Nigeria

30Jun2014
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Par Daniel Ndoye

A évoquer le commerce extérieur du Bénin ou les opportunités de marchés que le pays recèle, on ne peut s’empêcher de porter une attention toute particulière à ses relations avec son grand voisin, le Nigéria.

Les réexportations vers le Nigeria représentent près de la moitié des ventes extérieures du Bénin, et les importations qui alimentent ces réexportations représentent près de 50 % de ses recettes douanières. Le commerce de réexportation, qui s’effectue essentiellement par des canaux informels, est favorisé par les mesures de restriction commerciale prises par le Nigeria à l’encontre de certains produits de grande consommation (céréales, friperie), afin de soutenir sa production locale. Moins élevés, les tarifs douaniers du Bénin encouragent l’approvisionnement du marché nigérian via Cotonou, facilité par la porosité des 700 kilomètres de frontière commune. A examiner les relations entre le Bénin et le Nigeria, on constate que les deux monnaies, du Bénin (FCFA) et du Nigeria (naira), sont utilisées aux frontières des deux pays. Certaines circonscriptions administratives béninoises frontalières n’utilisent même quasiment que le naïra. Le Bénin importe l’essence frelatée, dite « kpayo », provenant frauduleusement du Nigeria, qui représente plus de 80 % de la consommation béninoise en produits pétroliers.

L’importance de ces relations commerciales rend le Bénin vulnérable à certaines mesures de politiques économiques que prend le Nigeria – ainsi, le désarmement tarifaire que celui-ci opère sur certains produits concernés par la réexportation réduit notamment l’avantage tarifaire du Bénin et la rentabilité de cette activité.  La décision, prise en janvier 2012, de supprimer, puis de réduire, les subventions sur les produits pétroliers au Nigéria a eu pour effet une augmentation immédiate de plus de 100 % du prix de l’essence au Bénin, laquelle a été ensuite ramenée à 30 %. Sans oublier non plus la dépendance du Bénin vis-à-vis du Nigeria en matière d’énergie électrique.

Aussi est-il opportun de s’interroger sur l’optimalité et la viabilité de ces relations commerciales. En effet, à mieux l’étudier, on se rend compte que ce commerce de réexportation domine le commerce et, d’une manière générale, l’activité économique du Bénin, sans toutefois générer une vraie valeur ajoutée, puisqu’il n’y a pas d’activité de transformation. Ces activités ont donc un faible effet d’entrainement sur les autres secteurs de l’économie et ne génèrent pas suffisamment d’emplois, car elles sont généralement conduites par des opérateurs individuels. En outre, l’entrée en vigueur prochaine du Tarif extérieur commun (TEC) de la CEDEAO, le 1er janvier 2015, devrait, à terme, réduire les différences en matière de fiscalité de porte entre les deux pays et, par conséquent, sans doute le commerce de réexportation.

L’impact de l’essence « kpayo » sur l’économie béninoise pose également question. En effet, la vente de cette essence est source de revenus pour un certain nombre de jeunes, mais elle n’en demeure pas moins une activité illicite. Au-delà des problèmes de santé publique que cela pose du fait de sa qualité inférieure ainsi que des drames qu’elle peut causer, tels que des incendies liés à son stockage et à son commerce, le commerce frauduleux de cette essence empêche le développement d’un secteur des hydrocarbures bien structuré, à même d’attirer davantage d’investissements privés et d’alimenter le fonds routier, dont le pays a grandement besoin pour entretenir son réseau routier.

Le gouvernement du Bénin devra poursuivre ses actions pour mieux exploiter le potentiel du pays – en développant notamment l’agro-industrie –, afin de diversifier ses exportations et de profiter pleinement du potentiel du marché nigérian et, plus globalement, du marché régional ouest-africain. Le gouvernement s’est d’ailleurs engagé sur cette voie, avec l’élaboration d’un plan stratégique de relance du secteur agricole, qui prévoit l’aménagement des vallées du pays, le développement de 13 filières agricoles et la construction d’usines de transformation agricole. Encore faut-il en accélérer la mise en œuvre.

La lutte que le gouvernement a entamée contre la vente de l’essence « kpayo » semble cependant marquer un nouvel arrêt, tant les acteurs de cette activité illicite opposent une forte résistance. Or, il importe de poursuivre la réflexion afin de parvenir à enrayer ce trafic qui, de notre point de vue, ne peut être que nuisible à l’attractivité et au développement du pays.


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