Le Burkina, après coups d’État et attentat terroriste : quels impacts sur l’économie ?

16Mar2016
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Par Facinet Sylla

L'insurrection d’octobre 2014, suivie d’une transition politique émaillée de coups d’État et autres remous sociaux, ont eu de fortes répercussions sur l’économie burkinabè – et de plusieurs sortes.

Des journées de travail ont été perdues, le secteur informel a été durement touché et l’activité économique nocturne fortement perturbée par un couvre-feu qui a duré plus de cinq mois. Depuis, les investissements directs étrangers (IDE) sont en berne (avec une chute de 34 % entre 2014 et 2015),  l’investissement public a baissé (de 14,2 % du PIB en 2013 à 10 % du PIB en 2015), de même que les prêts accordés par les banques au secteur privé, qui ont enregistré une hausse de 10 % seulement en 2015 contre 26 % en 2013.

Résultats : alors que l’économie burkinabè affichait un taux de croissance de 9 % en 2012 et de 6,6 % en 2013, elle a subi un coup de frein dès 2014, et son taux de croissance a baissé à 5 % en 2014 puis à 4,8 % en 2015. Ce repli en 2014-2015 est également imputable à certains facteurs externes défavorables, tels la baisse des cours mondiaux de l’or et du coton.

Mais, dans tout cela, il y a une bonne nouvelle : face aux évènements qu’il a subis ces deux dernières années, le Burkina a également prouvé qu’il dispose d’une administration résiliente. Pour preuve, tous les projets du groupe de la Banque africaine de développement se sont poursuivis sans heurts majeurs durant cette période. Les institutions sociales du pays se sont révélées solides, notamment les organisations de la société civile (OSC), les syndicats des travailleurs, les ONG, les chefferies traditionnelles et les organisations de leaders religieux.

Trois jours après la mise en place du nouveau gouvernement, le 15 janvier 2015, le Burkina Faso a été frappé par des attentats terroristes, doublés de prise d’otages, qui ont causé la perte de 32 vies humaines. Outre les difficultés socio-économiques qui ont conduit à l’insurrection d’octobre 2014, le nouveau gouvernement fait face maintenant à des défis sécuritaires d’ampleur et sans précédent. La stigmatisation qu’engendre le risque d’attaques terroristes et d’enlèvements constitue une réelle menace pour les IDE. Comme cela a été constaté ailleurs, cette stigmatisation a un effet dévastateur sur l’économie.

Pour répondre à la menace terroriste, les dépenses courantes vont s’envoler. Or, cela ne devra pas se faire au détriment des programmes de développement et d’équipement en infrastructures économiques. Si les investissements productifs servent de variable d’ajustement, cela peut aussi renforcer des facteurs de fragilité sur le long-terme. Face à ce compromis délicat, le nouveau gouvernement devra, à tout moment, rechercher l’équilibre entre dépenses courantes et dépenses en capital. Sur ce point, l’appui massif des  partenaires du Burkina Faso sera nécessaire.

Dans un contexte de fortes attentes sociales, d’insécurité et de baisse des recettes de l’État, les nouvelles autorités sont confrontées à des défis immenses. Pour les relever,  il est crucial de ne pas dissocier les besoins sécuritaires des besoins de développement économique. Il importe également de renforcer la diplomatie du développement, dans le souci de récolter les dividendes d’une transition politique démocratique réussie.

Grâce à la maturité dont ont fait preuve sa classe politique et ses organisations de la société civile, le Burkina Faso a évité à la communauté internationale de subventionner de coûteux pourparlers, négociations et maintien de la paix – une prouesse qui mérite d’être saluée et renforcée.

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Comments

Ousmane Conte - France 16/03/2016 23:23
Faciné moi qui m'interesse de l'economie africaine.surtout les croissances entre les pays africains, j'apprecie bien votre revue sur l'économie Bourkibée.
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