Mali : quand l’inclusion spatiale s’avère cruciale pour une paix durable

14Oct2015
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par Hamaciré Dicko

Un billet récent sur ce blog présentait les défis régionaux de l’inclusion spatiale en Afrique de l’Ouest. Tirant les leçons majeures de la publication de l’édition 2015 de Perspectives économiques en Afrique, l’auteur y souligne que « les stratégies de développement territorial seront nécessairement propres à chaque pays ». Dans le cas précis du Mali, la question de l’inclusion spatiale est d’autant plus particulière qu’elle apparait comme une source de fragilité, ou plutôt comme une variable importante pour la paix dans le pays. Naguère considéré comme un exemple de démocratie et de stabilité politique en Afrique, le Mali a révélé sa fragilité lors de la crise multidimensionnelle que le pays a connue en 2012.

Le Mali a fait l’objet d’attaques armées conduisant à un coup d’Etat militaire, le 22 mars 2012, et à l’occupation des régions du Nord (soit les 2/3 du territoire national) durant neuf mois par les rebelles touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et par des groupes islamistes armés. La crise a mis en exergue les faiblesses de la gouvernance politique et institutionnelle et le manque d’inclusivité de la croissance. Encore une fois, la situation malienne a démontré que des performances économiques positives (le Mali a affiché un taux de croissance moyen de 5 % sur la période 2007-2011, le plus performant de l’UEMOA) ne signifiaient pas forcément une croissance inclusive. Ainsi, cette dynamique remarquable n’a pas suffi à réduire significativement la pauvreté, qui reste préoccupante : si le taux de pauvreté a baissé de 2001 à 2010, passant de 55,6 % à 43,6 %, le nombre de pauvres a augmenté de 5,7 à 6,4 millions de personnes sur la même période.

Cependant, la question de l’inclusion économique et sociale ne peut se réduire à la qualité de la croissance. D’autres facteurs, tels que l’inclusion spatiale, jouent eux aussi un rôle important.

Se déployant sur 1 241 238 km² de superficie (dont les 2/3 de désert), le Mali fait face à une faible inclusion spatiale. Les zones les plus touchées par la crise, notamment les régions du Nord (Gao, Tombouctou et Kidal) et celle de Mopti, sont les plus vulnérables du point de vue de l’insécurité alimentaire et de la pauvreté. Couvrant un territoire de 999 412 km² (80,52 % de la superficie totale du pays), ces localités comptent 2 690 066 habitants (16 % de la population totale du Mali), soit une densité de 2,69 habitants/km² – contre 13,54 hab./km² à l’échelle nationale[1]. Compte tenu de cette superficie et de cette densité, la fourniture des services sociaux, économiques et des infrastructures est difficile ; et elle devrait être mieux adaptée. Il en est de même pour les besoins sécuritaires. 

S’agissant de la formation du capital humain et de l’accès aux services de santé, de fortes disparités existent aussi entre régions. Ainsi, le district de Bamako a le taux brut de scolarisation le plus élevé du pays (90,4 %) – contre 14,5 % à Gao, 30,7 % à Tombouctou et 53 % à Mopti. De même, si la part de la population ayant accès à un « Paquet minimum d’activités sanitaires » dans un rayon de 15 km ne s’élève qu’à 56 % à l’échelle nationale, elle atteint 94 % à Bamako, mais seulement 42 % à Gao, 45 % à Kidal, 47 % à Koulikoro et 50 % à Mopti.

L’immensité du territoire malien et la faible densité de population sont deux grands défis qui compliquent les stratégies d’aménagement du territoire – pourtant nécessaires pour un développement à long terme. De fait, l’étendue du pays est un frein au déploiement efficace et efficient de politiques sociales et économiques. Cette contrainte spatiale se doit d’être au cœur des appuis des partenaires et des actions du gouvernement. À ce jour, le Mali ne s’est toujours pas doté d’un Schéma national d’aménagement du territoire, bien qu’il dispose de Schémas régionaux d’aménagement du territoire (SRAT) et de Plans stratégiques de développement régional (PSDR), qui constituent toujours son seul cadre de développement spatial. Or, la sortie de crise du Mali et son développement à long terme ne sauraient se concrétiser sans mieux tenir compte des enjeux de fragilité et d’aménagement territorial dans les politiques publiques maliennes.


[1] Source : estimations de la Direction nationale de la population (DNP).

 

Categories: Mali, Hamaciré Dicko


Comments

Daniel Ndoye - Benin 15/10/2015 09:16
Chere Hamaciré, Bonne analyse. Bravo
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