“Africa is the world’s last development frontier" - John A. Kufuor, Ghana’s former President, at the AfDB’s Eminent Speaker program

06/07/2012
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« Notre continent, l’Afrique, est la dernière frontière du développement dans le monde » a déclaré, vendredi à Tunis, l’ancien président du Ghana John A. Kufuor, hôte du 18e séminaire du cycle des éminents conférenciers de la Banque africaine de développement (BAD). M. Kufuor qui s’exprimait sur les « défis et opportunités du renforcement des capacités dans le domaine de l’entreprenariat en Afrique », a estimé que la Banque devrait à cet égard déployer des ressources, diversifier ses produits pour aider l’Afrique à surmonter les obstacles à son développement. Devant le personnel de l’institution et des diplomates en poste en Tunisie, l’ex-dirigeant ghanéen, a fait le bilan synthétique de son action (lorsqu’il était aux affaires)  qui a permis à son pays de booster l’entreprenariat .Ce qui a eu pour corollaire de faire accéder son pays au rang de pays à revenu intermédiaire en 2006, avec un PIB record de 8,4 % entre 2007 et 2008, malgré la crise économique et financière mondiale.

Ce témoignage dans ce cadre d’échange de la Banque panafricaine se voulait donc de servir de source d’inspiration pour tous ceux qui sont soucieux du développement en Afrique. Selon M. Kufuor, le secteur privé local, l’« informel », qui constitue la frange la plus importante de la société n’est pas prise en compte dans les statistiques. Ces petites entreprises qui représentent 70%  de la population active, sont en dehors des contrats publics, des services bancaires, des assurances etc. Pourtant, a-t-il dit c’est grâce aux initiatives de ce secteur privé informel que les nations africaines arrivent à tirer leur épingle du jeu  tant bien que mal.

Dans son pays, où prédominait la monoculture du cacao, l’Etat, à son arrivée au pouvoir, a pris  conscience des enjeux et a attribué des terres aux planteurs, financé l’épandage de toutes les plantations et fourni des engrais aux agriculteurs. Au bout du  compte 700 000  tonnes de cacao ont été récoltées. Ce qui a constitué un record absolu. Les revenus apportés aux agriculteurs l’ont été en conséquence. Ils ont bénéficié de 65% du total contre 35% pour l’Etat.

Ce résultat est le produit de l’inversion d’une tendance. Auparavant,  les agriculteurs bénéficiaient d’entre 30 et 40% des revenus, et ce jusqu’en 2001, les tonnages étant à cette époque de 350 000 tonnes. Les producteurs mécontents de leur sort  s’étaient mis à arracher  les plants de cacao pour les remplacer par des cultures plus rentables comme celle des agrumes. Au final, le Ghana a enregistré un million de tonnes de cacao en 2010.

Cette politique gagnante est à mettre en opposition comme l’a souligné le conférencier avec les pièges historiques et les incohérences de chefs politiques africains qui mènent à l’impasse.

Pour M.Kufuor, les mécanismes d’Etat doivent être secoués pour conduire à la transformation de l’Afrique. Selon lui, l’Afrique ne manque pas de talents en matière d’entreprenariat. Le sens d’entreprenariat, pour le conférencier, étant l’attitude à comprendre, les valeurs du marché, les produits dans lesquels investir et l’atténuation des risques.

La transformation comme l’a indiqué dans son propos liminaire le modérateur de la rencontre, le président de la BAD, Donald Kaberuka,  est elle-même souvent confondue avec la croissance. La transformation  étant la capacité  à modifier continuellement une politique de manière créative et novatrice, en fonction de la stratégie de développement choisie. La croissance, elle, se résume en termes de produit, notamment par une augmentation des quantités de facteurs de production.

Le  président de la BAD a  ainsi rendu hommage au Père de la démocratie  au Ghana, à l’artisan de sa prospérité et à celui qui a libéralisé son économie et  stimulé l’entreprenariat.

Pour permettre aux entrepreneurs africains d’accéder aux financements, le concept d’inspiration d’une politique en faveur des plus défavorisés, appliqué en Malaisie et concernant une frange de la population, les Bumiputras, a été abordé par le conférencier. Il s’agit d’une discrimination positive permettant de favoriser l’accès des nationaux aux financements. Rappelons que le gouvernement malaisien visait à travers cette redistribution de la richesse, la croissance économique accrue. Le Zimbabwe et le Ghana l’ont appliqué avec des fortunes diverses.

Depuis sa retraite, M. Kufuor a créé la Fondation John A Kufuor pour le leadership, la gouvernance et le développement et a reçu en 2011, conjointement avec l’ancien président brésilien, Luis Ignacio Lula da Silva, le Prix mondial de l’alimentation.