Afrique de l’Ouest : L’une des toutes premières institutions régionales de gestion des eaux souterraines voit le jour, grâce à une étude financée par la Facilité africaine de l’eau

17/04/2014
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Grande première, les aquifères de l’Iullemeden et de Taoudeni/Tanezrouft seront gérés dans un cadre de concertation à dimension régionale, promettant ainsi à plus de 25 millions d’habitants de l’Afrique de l’Ouest l’accès à une ressource en eau jusque-là sous-exploitée. En effet, l’Algérie, le Bénin, le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger, et le Nigeria ont signé, le 28 mars 2014, un accord qui les engage tous les sept à assurer – de façon collaborative et coordonnée – la gestion, la protection, la conservation et l’usage équitable de ces vastes ressources souterraines, qui s’étendent sur plus de 2,5 millions de km².

La création de ce nouvel organe régional est l’aboutissement direct d’une intervention de la Facilité africaine de l’eau (FAE) qui, en 2010, avait accordé un don de 1,2 million d'euros à l'Observatoire du Sahara et du Sahel. Ce don devait servir à rassembler les informations nécessaires pour opérer un état des lieux des ressources en eaux souterraines dans la région, des risques associés à la surexploitation et au changement climatique, et des conditions requises pour mettre en œuvre une gestion intégrée et concertée de ces systèmes aquifères. Une étude, terminée en septembre 2013, avait confirmé le potentiel significatif d’exploitation des ressources souterraines sur toute cette zone, une information décisive, qui a permis de convaincre les  pays concernés de la nécessité d’établir un dispositif de gestion régional officiel.
En effet, la recherche entourant les aquifères a mené aux constats suivants :

  • Le réservoir aquifère est profond et immense : il s’étend sur 2,5 millions de km² – plus que la superficie totale de l’Algérie – et présente une épaisseur moyenne de 300 m, pouvant dépasser les 1000 m par endroits ;
  • Renouvelable en partie, cette ressource est peu sensible aux variations climatiques ; plusieurs années consécutives de sècheresse peuvent pour le moment être compensées par une seule année pluvieuse ;
  • La ressource est, pour l’instant, très peu exposée à la pollution ;
  • L’aquifère présente un énorme potentiel d’exploitation : présentement, on n’utilise que 0,5 à 3 % de son potentiel renouvelable.

En outre, ces eaux souterraines sont des ressources stratégiques, à l’heure où les effets du changement climatique aggravent le risque de surexploitation des eaux de surface lié à l’explosion démographique.  

Les parties se sont ainsi réunies à Abuja, au Nigeria, du 24 au 28 mars 2014, pour établir  un “Mécanisme de concertation pour la gestion intégrée des ressources en eau des systèmes aquifères de l’Iullemeneden et de Taoudeni/Tanezrouft” (SAIT), créé à l’issue de la signature d’un protocole d’accord assorti d’une feuille de route. Le cadre de concertation permettra, entre autres, de :

  • Prévenir, réduire ou amenuiser les impacts de tout projet ou programme initié par l’un des sept États, grâce au droit de regard que peuvent exercer les membres signataires, tel que stipulé dans le protocole d’accord ;
  • Mener des études et coordonner des programmes de gestion intégrée des ressources en eau ;
  • Suivre l’évolution qualitative et quantitative de ces ressources ;
  • Formuler des recommandations visant à harmoniser les cadres législatif et institutionnel de gestion des aquifères.

« Si, en 2013, la confirmation du potentiel des aquifères constituait une découverte d’une importance fondamentale pour la région, il fallait surtout espérer que les États s’accordent sur les termes d’une gestion concertée, une condition sine qua non pour une exploitation optimale et durable », a déclaré Akissa Bahri, coordonnatrice de la Facilité africaine de l’eau. « La signature de ce protocole d’accord est donc un évènement historique en soi, porteur d’une véritable promesse de développement pour les 25 millions d’habitants de la région ainsi que pour les générations futures ».


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