How can we Adapt Climate Funding to African Needs?

01/12/2011
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La 17e Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (COP17),  qui  s’est ouverte le 28 novembre  dans la ville ensoleillée de Durban, en Afrique du Sud, constitue une tribune appropriée pour que l’Afrique fasse entendre sa voix et réclame justice sur le dossier du changement climatique.  Dans cet entretien, Mafalda Duarte, expert en financement du changement climatique et coordinatrice des fonds d’investissements climatiques à la Banque africaine de développement (BAD), évoque les priorités et les aspirations du continent le plus vulnérable aux effets du changement climatique.   

Question: Quels sont les principaux enjeux de la COP 17 pour l’Afrique?

Réponse: L’Afrique, qui subit de plein fouet le changement climatique, est présente à Durban en front uni pour défendre son droit  à des financements correspondant à son niveau de vulnérabilité. Selon les estimations, le continent a besoin, d’ici environ 2015, de 8 à 17 milliards de dollars par an pour l’adaptation au changement climatique et de 9 à 12 milliards pour l’atténuation des effets de ce changement. D’où l’importance de concrétiser les engagements pris à Cancun de mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour des actions en faveur du climat dans les pays en développement et de prendre en considération les besoins de l’Afrique.  

L’autre enjeu non moins important consiste à obtenir un compromis contraignant sur la réduction des gaz à effet de serre (GES)  de 45 à 50% d’ici 2020 et de  80  à  95%  entre 2020 et 2050 afin de limiter la hausse de la température à 2°C.  

Durban doit également permettre l’adoption  d’un nouvel accord global sur le climat pour remplacer l’accord de Kyoto qui expire fin 2012.  

Les négociateurs africains ont, par ailleurs, fort à faire pour contribuer à réaliser des progrès pour la mise en place d’un mécanisme qui facilite le transfert de la technologie et résout le problème de la propriété intellectuelle, l’inclusion des émissions de CO2 liées à la déforestation dans le marché du carbone et la détermination des modalités d’application du système MRV (Measuring, Reporting and Verification). Ce système permet de mesurer et de vérifier les réductions de GES.

Question: L’Afrique  qui n’émet que 4% des gaz à effet de serre reçoit-elle une part importante des financements affectés à la lutte contre le changement climatique ?

Réponse:  Sur les 100 milliards de dollars par an d’ici 2020  annoncés à Cancun en 2010  et les 30 milliards de dollars de financements précoces (fast start) sur la période 2010–2012 annoncés par les pays développés, 28 milliards de dollars ont fait l’objet d’accords définitifs à ce jour.  Il est, toutefois, très difficile de confirmer  qu’il s’agit de financements  vraiment  nouveaux et additionnels et surtout que les financements soient mieux dirigés vers l’adaptation que vers l’atténuation du changement climatique Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Historiquement, plus de 80 % des financements vont vers l’atténuation et 20% pour l’adaptation. Il est difficile de différencier les ressources qui proviennent de l’aide publique au développement de celles affectées à la lutte contre le changement climatique. Quelques données disponibles permettent, toutefois, d’avoir  une idée de la part de l’Afrique. Une répartition des financements destinés à l’atténuation des effets du changement climatique annoncés par les banques multilatérales entre 2006- et 2009 par région fait ressortir que l’Afrique a reçu 12% de ces financements, qui s’élèvent  à 5 milliards de dollars seulement.

Pour le seul instrument des fonds d'investissement climatiques, la part de l’Afrique se situe entre 38 et 40% sur une enveloppe totale promise de 6,5 milliards de dollars qui serait  débloquée sur plusieurs années.  De façon générale, l’Afrique  reçoit beaucoup moins que ce dont elle a besoin  et la majeure partie des financements annoncés pour le continent  est orientée vers l’atténuation des effets du changement climatique.  C’est pourquoi les leaders africains réclament la réservation de 40 % des financements du fonds vert global annoncé à Cancun  pour l’Afrique.  

Question: Comment peut-on atteindre les objectifs fixés à Cancun?

Réponse: Il faudrait trouver des manières de mettre en œuvre les solutions identifiées par le Groupe consultatif de haut niveau des Nations Unies sur le financement de la lutte contre le changement climatique. Il s’agit, entre autres, de la mise aux enchères des droits d’émissions de CO2 dans les pays développés et la réaffectation des recettes générées au financement de la lutte contre le changement climatique. Cette solution mobiliserait environ 30 milliards de dollars par an. Une autre disposition, dont l’effet serait presque le même, serait l’introduction d’une taxe carbone dans les pays développés. L’arrêt d’une partie des subventions des combustibles fossiles pourrait aussi générer 10 à 15 milliards de dollars par an.  L’instauration d'une taxe sur les combustibles sur le transport aérien et maritime est également envisagée. Les solutions qui permettraient à l’Afrique  de recevoir des fonds correspondant à son niveau de vulnérabilité existent, mais  encore faut-il adapter les divers instruments de financement aux caractéristiques spécifiques du continent. Il est nécessaire, dans ce cadre, d’ouvrir ces instruments à tous les pays africains. Actuellement, l’écrasante majorité des fonds multilatéraux ne bénéficient qu’à une quinzaine de pays africains.  Il est également impératif de laisser les pays africains déterminer leurs priorités, tâche jusque-là assurée par les structures de gouvernance des divers instruments de financement, et de revoir le critère de choix des pays bénéficiaires de financements  en fonction de leur capacité d’implémentation. Les pays ayant une bonne capacité d’implémentation ne sont pas nécessairement ceux qui ont le plus besoins de financements.  

Question: La BAD est un acteur clé  dans le financement de la lutte contre le changement climatique en Afrique. Quelles sont les principales contraintes que rencontre la banque dans ce domaine?

Réponse: La BAD est convaincue que le changement climatique donne une opportunité à l’Afrique pour s’engager sur la voie de la croissance verte, résiliente au climat et moins consommatrice en carbone. Elle permettra le développement de capacité d’adaptation et surtout le renforcement des institutions. La banque sera un partenaire clé dans l’implémentation de cette vision et dans la mobilisation des ressources nécessaires. Les domaines d’intervention de la banque sur le continent comprennent notamment la gestion durable de l'eau, de la terre, les énergies renouvelables, les transports durables et la gestion forestière. Les fonds comprennent, entre autres,  le Fonds des forêts du Bassin du Congo, le Fonds africain pour l'eau, et d’ important projets de production d’énergie solaire et éolienne avec Eskom en Afrique du Sud le projet d’énergie éolienne du lac Turkana au Kenya, le projet hydroélectrique de Souapiti en Guinée, et la centrale thermique solaire d'Ain Beni Mathar au Maroc. Les principales contraintes rencontrées  sont liées à la multiplicité des instruments de financement qui entrainent une augmentation des coûts des transactions, aux faibles capacités institutionnelles des pays africains et aux cadres règlementaires peu favorables à l’utilisation de toutes les ressources affectées à la lutte contre le changement climatique. L’Afrique a, par ailleurs, besoin de plus de financements sous forme de dons et de subventions car les prêts ne sont pas adaptés à la plupart des pays africains.