Interview with AfDB Chief Health Economist, Bineta Ba-Diagne, on the Occasion of the Africa Malaria Day Scheduled for April 25, 2009

27/04/2009
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« En Afrique au Sud du Sahara, le paludisme est la principale cause de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans et constitue la principale menace chez les femmes enceintes et leurs futurs nouveaux nés…La Banque n’est pas en reste et a toujours appuyé ses pays membres régionaux (PMR) dans cette lutte contre le paludisme à travers des projets nationaux et multinationaux »

Question : Comment appréciez-vous,  d'une part, l’impact de ce fléau sur le continent et d’autre part,  les efforts déployés, par les parties prenantes, dont la BAD, dans ce combat ?
   
Réponse : Nous scinderons cette question en deux volets à savoir,  l’impact du fléau sur le continent ;  les efforts déployés par les parties prenantes y compris la Banque dans, ce combat .

S’agissant de l’impact du fléau sur le continent, si nous nous basons  sur différents rapports de l’OMS, UNICEF (i.e. rapport mondial sur le paludisme, 2008), il y a au niveau mondial 247 millions de cas de paludisme parmi 3,3 milliards de personnes à risque, causant au moins 1 million de décès, la plupart (70 %) étant des enfants de moins de cinq ans. En 2008, 109 pays (dont 45 en Afrique) étaient endémiques par rapport au paludisme. Il faut noter que 50 pays du continent sont affectés par le fléau. En Afrique au Sud du Sahara, le paludisme est la principale cause de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans et constitue la principale menace chez les femmes enceintes et leurs futurs nouveaux nés.  Le paludisme constitue un « frein au développement ». En effet la Banque mondiale (par le biais dans récent rapport OMS-UNICEF) estime que le paludisme coûte annuellement à l’Afrique plus de 12 milliards de $EU et a ralenti la croissance économique de Afrique par 1,3 % par an. Le produit intérieur brut de l’Afrique au Sud du Sahara est de 32 % moins que si le paludisme aurait été éradiqué depuis 1960.

Pour ce qui  est des efforts déployés par les parties prenantes y compris la Banque dans ce combat,  le combat contre le paludisme concerne d’abord les pays africains eux-mêmes et leurs communautés, les partenaires impliqués dans le développement du secteur de santé en Afrique. Il s’agit des Agences des Nations Unies, des coopérations bilatérales, de l’Union européenne, des banques internationales de développement,  de la société civile, des organisations régionales, etc. En outre on peut citer plusieurs initiatives et fonds créés pour lutter contre le paludisme. On peut citer par exemple l’Initiative du président Bush, le Fonds mondial, etc. Un Sommet africain sur le « Roll Back Malaria » s’est tenu à Abuja, Nigeria le 25 avril 2000. Ce sommet traduit un engagement réel, une synergie et un consensus des Etats africains et des partenaires à combattre le fléau. A l’issue de cette rencontre la déclaration d’Abuja a été signée par les chefs d’Etat et un plan d’action a été élaboré.

Cette assistance a permis de produire plusieurs outils et méthodologies de lutte contre le paludisme, au niveau préventif et curatif à savoir les moustiquaires imprégnées, l’ « artemisinin-based combination therapy » (ACT) et autres médicaments anti-palustres, la promotion de l’utilisation des moustiquaires imprégnées, le traitement par pulvérisation à l’interieur des habitations avec de l’insecticide (IRS) le traitement préventive des femmes enceintes, les médicaments anti-palustres, les recherches sur le vaccin anti-palustre, etc. Au niveau des pays africains affectés, les Gouvernements et les partenaires financent des programmes nationaux de lutte contre le paludisme.

La Banque n’est pas en reste et a toujours appuyé ses pays membres régionaux (PMR) dans cette lutte contre le paludisme à travers des projets nationaux et multinationaux. Pour la période 1997-2005, le département du développement humain avait estimé, qu’à travers le financement de 20 projets de santé et 19 projets d’autres secteurs, la Banque a accompagné ses PMR dans cette lutte, pour un financement (prêts et dons) de 480,77 millions d’UC. En 2009, le financement cumulatif depuis 1997 a augmenté.

Afin d’apprécier les effets de la lutte, l’OMS a conduit un certain nombre d’études et d’enquêtes au niveau des ménages. C’est ainsi qu’en 2006, une enquête menée sur une cible (fixée par l’Organisation mondiale de la santé) de 80 % de taux couverture des populations en moustiquaires imprégnées, seulement 26 % des populations ont été couvertes. Une autre enquête faite dans 17 pays africains, a trouvé que 34 % des ménages avaient leurs propres moustiquaires, 23 % des enfants de moins de cinq ans et 27 % des femmes enceintes dormaient sous des moustiquaires imprégnées.  D’autres enquêtes ont montré que dans au moins sept pays africains sur 45 pays qui ont eu d’importantes interventions de lutte contre le fléau, avec une faible population et un bon système de surveillance ont réduit le nombre de cas de décès du paludisme d’au moins 50 %, de 2000 à 2006 ou 2007.

Malgré les différentes interventions, les ressources sont loin d’être suffisantes face aux énormes besoins et aux problèmes de résistance développée par certaines personnes face aux produits anti-palustres, les problèmes d’assainissement et les effets des changements climatiques.

Question: De manière générale, quel rôle joue la Banque, en tant qu’institution financière africaine, dans le développement des structures de santé de ses pays membres régionaux.

Réponse : La Banque a toujours financé des projets et programmes de santé dans ses pays membres régionaux en vue de l’amélioration de la santé des populations africaines. Depuis 2000 la Banque, en collaboration avec les autres partenaires, appuient les pays dans le secteur de la santé et autres secteurs clés en vue de l’atteinte des objectifs du Millénaire d’ici 2015.

Les interventions dans le secteur santé comportent entre autres activités, un volet sur la réhabilitation/construction/extension des infrastructures chargées de dispenser des soins de qualité.  Aussi, certains partenaires estiment que la Banque a un avantage comparatif dans ce domaine.  En général au moins 50 % des activités des projets de santé financés par la Banque couvrent la catégorie « travaux » à tous les niveaux du système de santé notamment  :  au niveau périphérique avec les postes de santé ; au niveau intermédiaire ou secondaire avec les centres de santé et hôpital de district ; au niveau régional ou provincial, avec les hôpitaux régionaux et  au niveau national, avec les hôpitaux nationaux. Si l’on prend en compte les équipements de ces structures, le pourcentage couvert par les travaux et équipements peut aller jusqu’à 70 à 80 % du coût du projet.  En vue de l’amélioration de la durabilité de ces structures, la Banque finance aussi un volet maintenance.

Question : Pour l’année 2009, le thème de la journée mondiale de la santé était : « Sauver des vies. Rendre les hôpitaux en sécurité surtout en cas d’urgence » est pertinent pour le Continent africain qui de façon permanente fait face à des difficultés surtout en cas d’urgence, soit en cas de conflits armés, soit en cas de désastres naturels. Quels genres d’appuis l’institution apportait aux pays affectés, surtout au niveau hospitalier ?

Réponse : En général, la Banque finance la réhabilitation/construction et équipement des hôpitaux en vue d’assurer la continuité des services de santé dont au moins 80% sont assurés par les niveaux périphérique et secondaire. La Banque a financé la construction de blocs opératoires et l’acquisition des plateaux techniques au niveau des hôpitaux en vue de la prise en charge des accouchements et des nouveaux nés afin de sauver des vies et de contribuer à la réduction des taux de mortalité maternelle (entre 500 et 800 pour 100 000 naissances vivantes dans certains pays) et infantile qui sont très élevés dans la plupart des pays membres régionaux.

Généralement, en cas d’urgence, la Banque finance, sous forme de dons à travers le système des Nations unies (OMS, UNICEF, etc.), l’acquisition rapide des médicaments, vaccins et petits équipements qui sont livrés au niveau des structures de santé (y compris les hôpitaux) localisées dans les zones affectées par l’insécurité ou par des épidémies telles que le choléra, la méningite. A titre d’exemples, les pays suivants ont bénéficié de dons en cas de crise ou d’épidémies de choléra, Ebola ou méningite : Guinée Bissau, Zimbabwe, Burkina Faso, Niger et Nigeria.

Question  : Quelles sont les prochaines étapes en termes de financement du secteur de la santé en Afrique par la Banque ?

Réponse : La Banque continuera à financer le secteur de la santé en vue de l’atteinte des objectifs  de développement du Millénaire. Le soutien de la Banque ira surtout au renforcement des systèmes de santé notamment : les infrastructures sanitaires, la formation des cadres de santé, la gouvernance du secteur, les systèmes d’information sanitaire, etc.  En outre, la collaboration entre le secteur santé et les autres secteurs de la Banque sera renforcée. Dans ce cadre, la Banque financera aussi des activités de santé à travers les interventions dans les secteurs tels que : infrastructures, eau et assainissement, agriculture, etc.


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