Interview with AfDB Executive Director for DRC, Serge Blaise Zoniaba - AfDB is staying alert

14/05/2009
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« La réponse de la Banque à la crise actuelle a été principalement la création de la facilité de liquidité d’urgence et de celle pour le financement du commerce….. La BAD  est restée très alerte.» -Serge Blaise Zoniaba, Administrateur de la Banque africain de développement pour la République démocratique de Congo (RDC).

Question : Pourquoi  êtes-vous ici, aux assemblées annuelles 2009 de la Banque africaine de développement (BAD) ?

Réponse : Je suis membre du Conseil d’Administration et c’est l’occasion où les actionnaires de la Banque se réunissent au sein du Conseil des Gouverneurs pour faire le point sur les activités de leur Institution.

Question : Qu’est ce vous avez appris ici ?

Réponse : Comme vous le savez, le thème des Assemblées annuelles 2009 du Groupe, qui est composée à la fois de la Banque elle-même, du Fonds africain de développement  et du Fonds spécial du Nigéria, le thème, disais-je, est la crise financière. Le Groupe de la Banque et ses partenaires ont évoqué les effets de cette crise sur les pays du continent africain ;  ils ont examiné les différentes réponses qui pourraient être apportées pour au moins atténuer les effets négatifs de cette crise. C’est aussi l’occasion pour la Banque de tenir en éveil la communauté financière internationale, à la suite du G20, sur la contribution que celle-ci se doit d’apporter à l’Afrique, qui connaît une cassure de l’élan de croissance que la plupart de ses économies ont affiché au cours de ces dernières années. Je voudrais également mentionner la présentation d’un rapport, important à mes yeux, sur la manière dont le potentiel de la jeunesse africaine pourrait être déployé pour lui permettre de participer utilement au développement du continent. Des mesures fortes intéressantes y ont été proposées. Ce rapport est l’œuvre de la Commission pour l’Afrique, qui avait été lancée l’année dernière sous l’égide du gouvernement danois et à laquelle participe le président de la BAD.

Question : Comment cette crise a-t-elle impacté votre région ? Et en tant que administrateur de l’Afrique centrale, que comptez vous faire pour les pays de la région que vous représentez, pour améliorer  la situation ?

Réponse : Il faut d’abord savoir que quasiment tous les pays de ma région sont des Etats dits fragiles. La plupart de ces pays sortent de conflits. Ce sont des pays essentiellement exportateurs de matières premières à l’état brut. La crise a eu un impact sur le commerce international en termes de contraction de la demande où ces matières premières sont majoritairement exportées. Il s’en est suivi  une chute des recettes d’exportation et une baisse des recettes budgétaires, et donc un amenuisement des moyens qui devaient permettre aux pays de mener à bien les différentes politiques qui étaient soit en cours, soit envisagées.

En pareille situation difficile, il faut le souligner, la réponse demeure la rigueur dans la gestion des ressources, en opérant des arbitrages permettant de maintenir autant que faire se peut le niveau des investissements dans les infrastructures qui assurent base solide de développement économique sur le long terme. Je pense aussi à l’éducation et à la formation de la jeunesse. Mais, en même temps, il ne faut pas oublier de prévoir des protections pour les groupes des populations les plus vulnérables, qui risqueraient d’être davantage fragilisés en cas de réduction des certaines dépenses sociales. Ce sont des arbitrages très difficiles.

Il y a eu une réaction rapide de la part du Groupe de la BAD, qui a consisté à instituer des facilités pour soutenir des projets déjà en cours d’exécution et menacés de connaître un arrêt en cas de retrait de certains co-financements. Il y a aussi mise en place d’une facilité pour soutenir le commerce. La Banque s’est également fait un avocat très efficace et actif de l’Afrique dans les grands débats internationaux qui ont eu lieu au cours de ces derniers mois pour attirer l’attention de la communauté financière internationale sur l’urgence des problèmes des pays du continent.

Question : Vous avez parlé des instruments de la BAD, vous savez qu’une facilité a été établie pour les états fragiles. Qu’est ce que cette facilité peut apporter aux états fragiles, surtout  ceux de votre région ?

Réponse : Cette facilité a été créée avant la survenance de la crise telle qu’ont la connaît, depuis  l’année 2008. Cette facilité était et est destinée à  répondre à la situation des pays fragiles, qui pour la plupart  sortaient de conflits. Donc  l’existence de cette facilité est antérieure à la période des crises, puisque nous avons eu des crises énergétique et alimentaire. La réponse de la Banque à la crise actuelle a été principalement la création de la facilité de liquidité d’urgence et de celle pour le financement du commerce.

Question :  Y-a-t-il des politiques que les pays africains doivent mettre en place pour s’occuper des problèmes de la crise financière ?

Réponse : Il n’y a pas de crises conscrites aux francophones ou aux anglophones. La  crise frappe tous les pays de la même façon. Lorsque des pays présentent des faiblesses, il n’y en a pas qui soient typiquement francophones ou non francophones. La crise est économique, elle n’est pas d’essence linguistique.

Question : Mais en Afrique Occidentale, il y a beaucoup de pays francophones qui sont très touchés par la crise. Quels conseils pouvez- vous apporter pour le secteur privé de cette région ?

Réponse : La réponse pour tous les pays africains touchés africains par la crise, et ils le sont tous, demeure la poursuite de bonnes politiques macroéconomiques, faite de rigueur et de transparence dans la gestion des finances publiques et l’amélioration de l’environnement des affaires, ceci afin de restaurer la confiance des investisseurs tant nationaux qu’étrangers. On oublie souvent les investisseurs nationaux.

Question : La zone BEAC et parmi les zones les plus pauvres dans le monde entier.  Avec votre expérience de la BEAC, dites-nous comment la BAD gère cette crise ?

Réponse : La BAD  est restée très alerte. Je vous ai cité les instruments qui ont été créés. Elle s’est engagée dans une réflexion très intense, et je trouve que la plupart de ses recommandations ont été prises en compte par la réunion du G20 qui s’est dernièrement tenue à Londres. Je suis fier des contributions de mon institution depuis le début de cette crise.

Question : En ce qui concerne le secteur public, surtout les gouvernements des pays membres régionaux. Commet peuvent-ils sortir de la crise ?

Réponse : La mobilisation de tous les instants et éviter de tomber dans la facilité. Donc rigueur. La concertation permanente entre eux pour tirer parti chacun des expériences des autres. Et c’est ce qu’ils font depuis la réunion ministérielle du 12 novembre dernier à Tunis.

Question : Beaucoup d’agences de développement et des institutions de financement de développement  s’investissent dans des projets transnationaux. Et vous savez que la BAD a signé, lors des assemblées à Dakar, un accord permettant la construction d’une route Enugu-Bamenda (Nigeria-Cameroun). Mais en général, il y a certains experts en développement qui pensent que certains pays africains n’ont pas d’infrastructures pour bien participer dans ce que le NEPAD soutient fortement, soit l’intégration régionale.  Qu’en pensez-vous ?

Réponse : Je suis un africain. Je constate et déplore que mon continent ne dispose pas d’infrastructures en quantité suffisante et bon état pour celles qui existent. Je pense que c’est l’une des causes  du sous- développement. Et en tant qu’africain, je vois le continent dans son ensemble et les infrastructures permettent justement cette intégration.

Je me réjouis des accords signés mercredi le 13 Mai, 2009 à Dakar lors des Assemblées Annuelles de la BAD, pour la facilitation du transport sur le corridor entre le Cameroun et le Nigéria et pour l’étude sur la réalisation d’un pont entre Brazzaville et Kinshasa. Mon souhait est de voir se réaliser de tels grands projets à l’échelle du continent dans le secteur du  transport, de l’énergie, des télécommunications et j’en passe…

Question : Il a été annoncé que les prochaines réunions se tiendront à Abidjan. Des commentaires ?

Réponse : D’abord, Abidjan est le siège de la BAD. Il revient au conseil des gouverneurs de se déterminer sur le lieu de la tenue des assemblées. Sur la base d’une étude technique, une proposition a été faite par le Conseil d’Administration pour répondre favorablement à la demande du pays 2010.

Question : Un dernier mot sur les Assemblées annuelles 2009 ?

Les Assemblées annuelles sont des réunions statutaires, prévues dans les textes de la Banque. C’est l’occasion pour les actionnaires du Groupe de se retrouver pour faire le point. C’est aussi l’occasion d’un dialogue avec les autres parties prenantes.  Ils se retrouvent pour travailler, pour trouver des solutions aux problèmes du continent. Et cette année, les problèmes à débattre sont d’envergure.