Interview with Mr. Luc Gnacadja, Executive Secretary of the UN Convention on Desertification (UNCCD): Monitoring Climate Change in Africa

25/04/2008
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Interview with Mr. Luc Gnacadja, Executive Secretary of the UN Convention on Desertification (UNCCD): Monitoring Climate Change in Africa

English version will be soon available.

 

« La crise alimentaire ne trouvera une solution durable en Afrique qu’à travers des investissements accrus pour une agriculture durable dans le cadre de stratégies qui intègrent les risques des changements climatiques », a affirmé le secrétaire exécutif de la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification (UNCCD), M. Luc Gnacadja, à sa sortie d’audience avec le président Donald Kaberuka, jeudi 24 avril 2008. Interview.

Question: Vous venez de rencontrer le président Donald Kaberuka et vous avez certainement échangé sur les questions de coopération entre la BAD et l’UNCCD. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Réponse: Le monde change et la Banque a changé pour s’adapter aux exigences des nouveaux défis du développement de l’Afrique. Il en est de même du processus de la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification (UNCCD). Ce qui a surtout changé à l’UNCCD, c’est l’adoption à Madrid en septembre 2007, d’une stratégie décennale par l’ensemble des 192 Pays signataires de cette Convention. La mise en œuvre de cette stratégie a requis la restructuration des modes opératoires des principaux acteurs de la Convention que sont le Secrétariat exécutif et le Mécanisme Mondial.

Au nombre des nouveaux défis et opportunités auxquels il nous faire faire face pour accélérer le développement de l’Afrique on peut reconnaître entre autres:

  • Les conséquences des changements climatiques ;
  • L’émergence de la Chine et de l’Inde.

Il faut aussi citer ce qui aujourd’hui fait la une des journaux à savoir la flambée des prix des denrées alimentaires qui fait peser une menace de crise alimentaire sur plusieurs régions du monde dont l’Afrique.

Question: Les deux dernières décennies ont été marquées par des problèmes économiques et de gouvernance. Aujourd’hui, on parle beaucoup de changements climatiques et de crise alimentaire. Que vous inspirent ces manifestations contre la flambée des prix des denrées alimentaires ?

Réponse: La flambée des prix des denrées alimentaires devrait en principe être non pas une menace mais une bonne nouvelle pour les africains qui sont majoritairement des actifs du secteur agricole. Malheureusement et pour avoir désinvesti dans ce secteur, les pays africains sont ici aussi en première ligne des pays les plus vulnérables. En effet, c’est l’agriculture qui est la plus menacée par les effets conjugués des incertitudes climatiques, de la sécheresse, des inondations, de la dégradation des écosystèmes, en un mot, l’agriculture est la plus menacée par les impacts des changements climatiques. Dans le même contexte, il y a l’émergence de la Chine et de l’Inde dont les besoins accroissent la pression sur les marchés mondiaux des denrées alimentaires. Par ailleurs les biocarburants comme réponse à la crise énergétique, en particulier ceux utilisant des produits alimentaires comme matières premières, déséquilibrent davantage un marché déjà rendu fébrile par diverses spéculations ; sans oublier que les biocarburants sont généralement en compétition avec les produits alimentaires sur les mêmes surfaces emblavées.

Ce sont là autant de menaces, mais aussi autant d’opportunités et l’Afrique en tirera avantage si elle s’investit dans la promotion d’une agriculture durable dans le cadre de stratégies qui intègrent les risques des changements climatiques, autrement dit en utilisant les stratégie et instruments de la UNCCD. On parle de crise alimentaire à juste titre. Pour un continent qui dispose de vastes étendues de terre la réponse à cette crise réside dans un investissement accru pour améliorer la productivité des terres y compris dans les zones arides et semi-arides.

Question: Pourquoi la crise aujourd’hui ?

Réponse: Durant les 2 dernières décennies il y a eu désinvestissement dans le secteur agricole. La productivité des sols diminue constamment. La sécheresse réduit aussi la disponibilité des terres arables alors que la FAO prévoit qu’à l’horizon 2030 une croissance de 50% de la production alimentaire mondiale pour faire face à l’accroissement prévisible de la demande. Par ailleurs, il y a une spéculation accrue sur les denrées alimentaires à l’échelle internationale. De même, on fait référence au bio carburant dont les matières premières sont produites concurremment aux denrées alimentaires. En un mot, c’est la sécurité énergétique contre la sécurité alimentaire.

Question: Selon vous, que faut-il choisir, entre la sécurité énergétique contre la sécurité alimentaire?

Réponse: Bien sûr, il faut manger et être en vivant avant de pouvoir utiliser les bio carburants. C’est donc le droit à la vie qui est en jeu. Cette crise, l’Afrique dont la ressource première est la terre peut en tirer profit.

Question: Quel appel souhaiteriez vous lancer à la BAD ?

Réponse: Notre appel à la BAD est d’être le centre d’excellence qui permettra à l’Afrique de mieux investir dans la gestion durable des terres pour générer une croissance durable et mieux partagée, pour opérer des choix judicieux qui intègrent les stratégies permettant de générer une croissance durable et mieux partager tout en palliant aux risques liés aux changements climatiques.

M. Chistian Mersmann, directeur général de « The Global Mechanism » et moi-même avons discuté avec le Président Kaberuka des possibilités d’accroître le partenariat existant entre son institution et les organes de la UNCCD, afin de fournir ensemble une assistance encore plus performante aux pays africains.

J’ai aussi renouvelé par la même occasion l’invitation que je lui ai adressée à prendre part le 28 Mai prochain à Bonn (Allemagne) au dialogue de haut niveau qu’organise le Secrétariat de la UNCCD sur le thème: « Coping with today’s global challenges in the context of the UNCCD’s strategy » autrement dit, « Faire face aux défis de notre temps avec la stratégie de la UNCCD ». Je vous remercie.

Interview réalisée par Aristide Ahouassou: e-mail: a.ahouassou@afdb.org

Unité des relations extérieures et de la communications

Tél.: +216 71 10 34 14


Speaker

Name: Luc Gnacadja Title: Executive Secretary of the UN Convention on Desertification (UNCCD): Monitoring Climate Change in Africa