Interview with the Head of Corporate Language Services Unit, AfDB, Valentin Mbarga

02/07/2009
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Mbarga Interview final

Question : Après JIAMCATT 2008, la BAD organise IAMLADP 2009, que cachent ces acronymes et quelle est la valeur ajoutée de ces rencontres linguistiques pour la Banque ?

Réponse : Je vous remercie de l’occasion que vous me donnez de m’entretenir avec nos collègues de cette importante manifestation.

Un service comme le nôtre ne peut pas s’enfermer dans sa tour d’ivoire. Il a besoin d’instaurer des synergies avec d’autres services qui poursuivent les mêmes objectifs. Il a besoin de procéder à des échanges d’idées, d’expériences et de bonnes pratiques. C’est en apprenant les uns des autres que nous nous améliorons. A cet égard, l’IAMLADP que nous accueillons à partir de lundi est un forum extrêmement important de ce point de vue.

Il s’agit de la réunion annuelle internationale concernant les services linguistiques, la documentation et les publications dont l’objectif est de renforcer l'efficacité, la qualité et la rentabilité des services linguistiques, des services de conférence et des services de publication dans le système de l'ONU et au sein des organisations membres comme la Banque. Ce forum nous permet, à nous responsables et représentants de ces services d’échanger des informations et des expériences, d’élaborer des normes et des directives communes, d’harmoniser et de coordonner nos politiques et actions et enfin de nous organiser pour la mise en œuvre de programmes d’échanges de personnels, pour ne pas avoir à réinventer la roue à chaque fois.

Nous avons accueilli en avril 2008 la réunion inter-institutions sur la terminologie et la traduction assistées par ordinateur (JIAMCATT) qui est un groupe de travail de l’IAMLADP. Nous avons pu ainsi offrir à nos partenaires un cadre de discussion, d’échanges et de coopération dans les domaines de la terminologie et de la traduction assistées par ordinateur, de l’interprétation et de la recherche documentaire.

Pour la BAD, ces rencontres sont irremplaçables. Elles nous offrent l'opportunité d'apprendre non seulement des responsables des services de conférences et de langues du système de l'ONU, mais également des organisations partenaires n’appartenant pas au système onusien, dont certaines ont accumulé une riche et vaste expérience dans des domaines aussi divers que l'identification, le recrutement, la formation, la gestion et la rétention d'experts linguistiques et de prestataires chevronnés de services de conférence. En encourageant la mise en commun de compétences et de ressources dédiées à la formation et en partageant les meilleures pratiques en son sein, l’IAMLADP s’est érigée en dépositaire unique d’information et de savoir sur son domaine d’activité. Ce forum est également devenu un outil efficace de partage de connaissances et d'expertise dans la gestion des ressources, la formation et la sélection de prestataires de services de langues et de conférences.  C’est pour cela que mes collègues et moi-même n’avons ménagé aucun effort pour que cette rencontre soit couronnée de succès comme nous l’a demandé le Président.

Question : Le thème de l’IAMLADP 2009 est « la gestion de la qualité ». De quoi s’agit-il exactement ?

Réponse : Les services que nous dirigeons sont avant tout des services. Par conséquent, nous avons une clientèle et nous devons répondre efficacement aux attentes de notre clientèle. Nos services ne peuvent pas survivre dans un environnement tel que celui que connaissent les organisations internationales actuellement, caractérisé par la compression des budgets et des effectifs si nos clients n’en sont pas satisfaits. C’est en fournissant des prestations de qualité que nous justifions notre existence et notre légitimité.

Cette année, nous avons axé la réflexion sur la gestion de la qualité. Nous pensons que la qualité ne devrait pas intervenir comme par surprise dans les services linguistiques et de conférence d’une organisation internationale. Elle doit être voulue, et programmée par la mise en œuvre d’une série d’actions, de principes et de procédures en amont et en aval qui concourent à une qualité suffisante propre à satisfaire notre clientèle. Cet ensemble d’actions, reposant sur les trois piliers que sont l’assurance, le contrôle et la mesure de la qualité , constitue un modèle de gestion de la qualité que nous avons intégré dans le modèle de production de CLSU et que nous proposons à nos collègues des autres organisations. La Banque a élaboré, à cet effet, un document stratégique, qui sera débattu à huis clos par les Directeurs des services linguistiques et de conférence présents à Tunis, lors de la Réunion exécutive prévue dans l’après-midi de lundi. Les conclusions de ces délibérations seront présentées à la Séance plénière qui sera co-présidée le lendemain par le Secrétaire général adjoint des Nations Unies à l’Assemblée générale et à la gestion des conférences, M. Shaaban M. Shaaban, et le Président de la Banque, M. Donald Kaberuka.

Question : Dans votre note conceptuelle, vous avez établi un lien entre le multilinguisme et le développement. Peut-on en savoir plus ?

Réponse :Le multilinguisme est un atout. Il ouvre l’accès aux richesses que recèlent les cultures d’autrui. Les langues étant le principal vecteur de communication humaine, elles facilitent les échanges culturels, commerciaux et économiques entre les peuples. Elles participent ainsi à l’expression du développement des peuples en mettant à leur portée des connaissances auxquelles ils n’auraient pu avoir accès autrement. Il n’y a qu’à voir tout le succès de l’expérience de l’Union européenne, qui repose sur l’idée que tout citoyen de l’Union européenne a le droit souverain de connaître les lois qui régissent son existence dans sa langue et de débattre dans sa langue des sujets qui revêtent un intérêt pour son existence et celle de l’Union. Par ailleurs, dans le monde d’aujourd’hui où se bousculent les identités de toutes sortes et leur cortège de violences et de clivages, le multilinguisme est un facteur de rapprochement et de paix entre les peuples qui se comprennent et partant, un facteur de promotion de l’intégration.

Question : En marge de IAMLADP 2009, le projet de renforcement des capacités des traducteurs et interprètes africains sera examiné. Quel en est l’impact pour la Banque. Quel rôle notre institution peut-elle jouer dans cette initiative ?

Réponse : Je vous remercie d’évoquer cette importante initiative. Comme vous le savez, la Banque est une organisation multilingue en vertu des dispositions de l’article 41 de l’Accord portant création de la Banque. Nous qui sommes des linguistes professionnels constatons une pénurie d’interprètes et de traducteurs bien formés dans le monde. Cette pénurie est particulièrement préoccupante en Afrique où il existe à peine deux écoles de formation dignes de ce nom. La relève n’est donc pas assurée, dans la mesure où les établissements occidentaux où nous avons été formés jadis n’admettent plus des étudiants africains pour des raisons administratives et autres liées à l’obtention des visas de séjour. Pour que la Banque continue de bénéficier de services de traduction et d’interprétation de qualité, il est important qu’elle participe en amont à la formation des cadres de médiation linguistique. C’est ainsi qu’est née l’idée de ce projet de renforcement des capacités des traducteurs et interprètes africains dont le pilotage a été confié à la Banque par tous nos partenaires à la Conférence de Nairobi en février dernier. Il s’agit de créer une formation diplômante de niveau Mastère dans un certain nombre d’établissements universitaires représentatifs de la diversité culturelle de l’Afrique. La formation dispensée dans ces établissements devra privilégier le professionnalisme et la qualité et s’inspirer des modèles qui ont réussi ailleurs tels que l’EMCI (Mastère européen en interprétation de conférence) et l’EMT (Mastère européen en Traduction).

La Banque est chargée de réaliser une étude de faisabilité et d’aider à la mobilisation des ressources nécessaires à la réalisation du projet. Nos partenaires apporteront, bien sûr, leur contribution, selon des modalités qui seront définies dans l’étude. Cette initiative suscite un grand enthousiasme de la part des organisations membres de l’IAMLADP. La Banque présentera une note conceptuelle faisant le point sur l’état d’avancement de la réflexion sur le projet à une réunion du Comité de coordination de l’initiative prévue en marge de l’Assemblée annuelle de l’IAMLADP le 2 juillet. Je forme le vœu que la Banque mette au profit de cette initiative ses 40 ans d’expérience dans l’élaboration et la mise en œuvre de projets d’éducation, de renforcement des capacités et d’intégration régionale. Ce projet présente l’avantage de réunir à lui tout seul ces trois composantes.