La Route Transsaharienne : un projet d’environ 10 000 km pour la stabilité et la croissance inclusive au Maghreb et au Sahel

14/05/2014
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La Banque africaine de développement (BAD) a participé le 20 avril dernier à Alger, en Algérie à une  réunion de coordination portant sur la Route Transsaharienne (RTS), un projet qui s’étire d’Alger à Lagos.  Son objectif est de desservir toute la sous-région du Maghreb et du Sahel sur une longueur totale de 9.400 km.

La rencontre  a réuni, en plus de la BAD – représentée par son représentant résident, Boubacar Traoré -  le  Comité de liaison de la route Transsaharienne (CLRTS) et le PNUD.  L’objectif de la  réunion était de passer en revue la mise en œuvre de la feuille de route adoptée à l’issue de la 60e Session du CLRTS tenue les 4 et 5 mars 2014 à Alger et de  discuter des succès et difficultés du projet.

Le taux d’achèvement de la RTS est de 90% pour ce qui concerne l’Algérie, avec la réalisation de 2,400 km, pour l’axe principale allant d’Alger à Lagos (achevé à 100%).  A cela s’ajoutent des axes secondaires vers la Tunisie (réalisé à 100%), et le Mali (réalisé à 50%), avec 200 km en cours des réalisations, et du Niger vers le Tchad avec plus de 2.600 km et plus de 2.700 km en cours d’achèvement sur les 3400 km programmés.

L’Algérie a aussi commencé les travaux de dédoublement de la RTS, appelée Route nationale n°1 sur le tronçon allant de la Chiffa, Blida, jusqu’à Berrouaghia, sur une distance de 1.000 km. Les composantes algériennes de la RTS, ainsi que le poste de contrôle douanier frontalier Algérie-Niger seront entièrement financés par le gouvernement algérien, à travers son budget d’investissement public. Le Nigeria a aussi réalisé la totalité des 1.100 kms qui le concernent, comme la Tunisie où la RTS est totalement bitumée.

Un taux d’achèvement  de 90% en Algérie

Les financements pour la réalisation des sections en l’état de pistes,  soit 222 km au Niger et 412 km au Tchad, sont entièrement mobilisés ; et les travaux qui seront étalés sur une période de 3 ans sont en cours de lancement. Au total, près de 5.000 kms ont déjà été réalisés depuis 1970.

Tout en se félicitant des progrès accomplis dans l’exécution de ce véritable Plan Marshall routier, les participants ont également discuté de manière consistante la nécessité de trouver maintenant les voies et moyens pour aider l’épanouissement des échanges commerciaux sur le RTS.

L’attention a été aussi attirée sur toute l’importance qui doit être accordée à l’entretien de ce  programme routier multinational structurant.  L’objectif étant  de préserver la longévité de ce patrimoine, et de faire revivre les échanges à travers le Sahara.  Et ce pour soutenir les  objectifs de paix, de sécurité, de croissance et de développement, notamment dans la sous-région du Sahel.

La RTS a pour principaux objectifs:  

  • le désenclavement de plus de 400 millions d’Africains, repartis sur plus de 6 millions de km2 constituées en grandes parties de vastes régions sahariennes du Maghreb et du Sahel,
  • l’intégration économique des 6 pays traversés, et potentiellement des pays du Golfe de Guinée et
  • l’ouverture d’un nouveau corridor vital pour tous les 16 pays ouest africains sur les ports de la Méditerranée via le réseau routier algérien.

L’enveloppe financière allouée par l’Algérie à ce méga programme routier multinational est estimée à plus de 3 milliards de dollars. Il ne reste plus que 200 km pour l’achèvement de ce projet régional qui a débuté dans les années 1970 à l’initiative de la Commission Economique Africaine (CEA).

Les partenaires techniques et financiers présents ont noté avec intérêt que le Groupe de la BAD,  à travers le FAD, apportait à ce méga programme, plus de 77,53 millions d’UC (environ 120 millions de dollars EU), l’équivalent de 23,3% du coût total estimé à 333,2 millions d’UC (soit  515 millions de  dollars EU).

Le financement du FAD est réparti comme suit, 41,3 millions pour le Tchad, et 36,23 millions pour le Niger. Les participants ont noté qu’en plus du FAD, la RTS bénéficie également du soutien de 6 autres bailleurs de fonds que sont la Banque islamique de développement (BID), la Banque de développement  des Etats de l’Afrique Centrale (BDEAC), la Banque arabe pour le développement économique en Afrique ( BADEA), le Fonds Koweitien, le Fonds de l’OPEP et le Fonds Saoudien.

120 millions de dollars du FAD

Les participants ont pris note des potentialités de développement exceptionnelles de la fibre optique sur l’épine dorsale de la RTS qui pourra relier le nord du Nigéria, le Niger et l’Algérie à l’Europe. S’y ajoutent les réflexions en cours sur l’association du secteur de l’énergie par la construction d’un gazoduc également tout au long de la RTS qui irait du nord du Nigéria vers l’Algérie pour avoir un accès au marché européen.

La rencontre a aussi noté que la RTS va être liée au port algérien de Djendjen, qui est l’un des plus grands ports au niveau méditerranéen avec la liaison autoroutière reliant ce port à l’autoroute Est-Ouest. Cette pénétrante va permettre d’avoir la possibilité d’importer et d’exporter les marchandises des 6 pays concernés par la RTS.  Elle permettra aussi  aux pays enclavés du Sahel, notamment le Tchad, le Niger et le Mali, d’avoir un accès direct à la Méditerranée.

Le PNUD, la BAD et la CLRTS ont également discuté les voies et moyens visant à solliciter auprès des organes statutaires de leurs institutions respectives la mise en place du plaidoyer et des conditions visant à créer une instance qui serait chargée de promouvoir les échanges commerciaux.

Cette suggestion prend appui sur les énormes potentialités et opportunités de croissance inclusive et de création d’emplois, notamment pour les jeunes, qu’offre la RTS, notamment dans les secteurs de l’agriculture et de l’élevage, de l’eau, tout comme  de l’énergie solaire et éolienne (des sources d’énergie propres et renouvelables), et  de l’éco-tourisme saharien.

En outre, la suggestion préconisée par les participants prend en compte l’évolution du consensus international sur les modalités de partenariat pour la résolution du problème de fragilité tel que exprimé dans le New Deal pour l’engagement dans les Etats fragiles, ainsi que les conclusions et les recommandations du Panel de Haut Niveau sur les Etats Fragiles de la BAD.

Dans ce cadre bien précis, le PNUD, la BAD et le CLRTS ont également discuté des conditions de création et de mise en place des alliances stratégies requises dans les 6 pays couverts par la RTS visant à mettre en place, entre autres, un plan de développement pour l’espace de la zone d’impact de la branche malienne, qui pourraient avoir des répercussions régionales importantes sur les pays voisins de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union Economique et Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA).

En conclusion, les participants ont noté avec intérêt que le lancement des travaux sur la première section entre Arlit et Assamaka au Niger aura lieu en septembre 2014. Il a été suggéré  de marquer cet évènement comme il se doit en invitant toutes les plus hautes autorités des pays membres et des institutions financières participant au financement du projet. Une autre suggestion faite est de profiter de la célébration du 50e  anniversaire de la BAD en Algérie pour mettre encore plus en exergue le rôle phare d’intégration économique régionale de la RTS et son exemplarité en matière de coopération et de partenariat sud-sud.