Table ronde ministérielle en Afrique du Sud sur « le développement de l’infrastructure énergétique et le Genre » : Produire plus d’énergie et améliorer le statut des femmes

22/06/2016
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Geraldine Fraser-Moleketi, Envoyée spéciale en charge des questions du genre - Groupe de la Banque africaine de développement (BAD)

Sous la houlette de son Envoyée spéciale en charge des questions du genre, Geraldine Fraser-Moleketi, le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) a organisé récemment à Johannesburg, en Afrique du Sud, une table ronde ministérielle, en marge du Sommet sur les infrastructures inclusives. Outre des ministres africains, y ont pris part des représentants de départements ministériels en charge de l’énergie, ainsi que des Directeurs généraux de compagnies d’eau et d’électricité.

Cette rencontre avait pour thème «Développement des infrastructures énergétiques et le genre ». Selon L'Agence internationale de l'énergie (AIE), plus de 645 millions de ressortissants africains n’ont pas accès à l’électricité et plus de 730 millions d’entre eux recourent à la biomasse solide pour faire la cuisine et assurer le chauffage.

Les femmes, notamment celles qui sont charges de famille, sont gravement touchées par la pauvreté de nature énergétique.  La pollution atmosphérique, le port de charges lourdes pour le transport du carburant et le manque d’éclairage portent atteinte à leur état de santé et à leur sécurité, ainsi qu’à leurs droits économiques et sociaux relatifs à l’éducation, à un travail décent et à la sécurité personnelle.

Cette table ronde offrait donc l’occasion de décrire les situations respectives des pays en matière d’énergie,  de partager les expériences et de s’exprimer sur la mise en œuvre de programmes de transformation ambitieux visant à éradiquer la pauvreté énergétique sur le continent. Ce, en tenant compte des spécificités entre les hommes et les femmes. Parmi les pays qui étaient représentés à cette rencontre, figuraient l’Angola, le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Gambie, le Libéria, Madagascar, Mali, Maurice, la République démocratique du Congo, la Sierra Léone, le Sénégal, le Soudan, le Sud Soudan et le Swaziland.

Le secteur de l’énergie figure parmi les cinq priorités de la BAD (« Top5 ») : « éclairer l’Afrique et l’alimenter en énergie ». Aussi, la table ronde a-t-elle commencé par la présentation du « “New Deal” pour l’énergie en Afrique » qui vise à intensifier l’accès à l’énergie d’ici à 2025 : ajout de 160 GWH de nouvelles capacités d’ici 2025, 130 millions de nouveaux raccordements au réseau de distribution, , 75 millions de connexions hors réseau,  et accès à une énergie propre pour la préparation des repas dans environ 130 millions de foyers.

Une attention particulière a été portée à la condition des femmes, pour lesquelles un accès à l’énergie et à des commodités modernes, abordables et viables constitue une nécessité impérieuse, à même d’aider à faire reculer la pauvreté au plan énergétique et d’accroître les retombées positives sur les ménages et les collectivités.

Modérés par Geraldine Fraser-Moleketi, les débats ont permis à chaque pays présent d’évoquer sa situation particulière en matière énergétique : comment accélérer l’accès universel à l’énergie ? Quels sont les meilleurs moyens pour faciliter l'inclusion de l'égalité des sexes dans le développement du secteur de l'énergie à travers le continent ? Quels partenariats mettre en place ?

La plupart des pays ont indiqué que le recours à la biomasse était largement répandu chez eux. Constituée de l’ensemble des matières organiques d’origine végétale ou animale, la biomasse satisfait aujourd’hui 49 % de la demande en énergie primaire de l’Afrique, et même plus de 60 % dans sa partie subsaharienne. Il s’agit surtout de charbon de bois récolté de manière artisanale, selon des méthodes peu efficaces énergétiquement.

Il a aussi été question de la possibilité d’importer de l’électricité des pays frontaliers et de la nécessité d’accroître l’accès à l’électricité dans les zones rurales. L’électricité étant un service marchand, les participants ont proposé que le coût de l’électricité soit combiné avec celui d’autres services, car les tarifs s’avèrent trop élevés en milieu rural. Autre sujet évoqué : le potentiel de l’énergie solaire, qui demeure toutefois inexploité en raison des coûts élevés – d’où l’accent mis sur l’hydroélectricité.

Le revenu a été considéré comme un élément fortement discriminatoire qui ne permet pas aux femmes vivant en milieu rural d’accéder au gaz domestique et à l’électricité. La mise en place de programmes d’accompagnement et d’activités productives agricoles et de transformation, de même que la baisse de facteurs de production ont été suggérées.

Madagascar a partagé son expérience de fabrication de modules pour l’exploitation de l’énergie solaire, qui a eu pour conséquence d’accroître le taux de scolarisation dans les villages. Ces initiatives, financées par l’Union européenne pour l’énergie et le WWF, et confiées aux femmes, sont en cours de duplication sur l’Île.

En résumé, les pays africains doivent produire plus d’énergie et la rendre accessible à tous pour booster et transformer leurs économies, réduire la pauvreté et améliorer les conditions de vie de leurs populations  et le statut socioprofessionnel des femmes. La volonté politique est primordiale, ainsi que la nécessité de mettre en place des partenariats et de trouver des financements pour développer les infrastructures adéquates.