Transferts d’argent des migrants africains : la rencontre de Tunis suggère des solutions à explorer

31/03/2014
Share |

Au terme de deux jours d’intenses débats, d’échanges d’expériences et de propositions novatrices, le séminaire panafricain dédié aux transferts d’argent des migrants africains a fermé ses portes, à Tunis, ce 28 mars 2014.

Lancé sous l’égide de la BAD, en partenariat avec l’AFD, l’événement a vu affluer plus d’une centaine de participants. Experts et acteurs du marché des transferts (représentants de la diaspora, de sociétés de transferts d’argent, de banques commerciales et de banques centrales, d’instances de régulation, investisseurs privés et gestionnaires de fonds, spécialistes et professeurs d’ université…) ont répondu présents, deux jours durant, venus de différentes régions d’Afrique (Ghana, Comores, Maroc, Mali, Sénégal, Cameroun…) et d’ailleurs (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Italie…).

Ce vendredi 28 mars, une cinquième session a clos les ateliers thématiques qui s’étaient succédé la veille, consacrés, respectivement, à la clause d’exclusivité et aux produits d’amélioration des transferts ; à la bi-bancarisation et à l’inclusion financière ; au Mobile Banking et à la plateforme Nord-Sud ; puis aux produits financiers. L’atelier thématique du jour, dédié quant à lui aux fonds d’investissement et aux Partenariats public privé (PPP), s’est révélé également dense en échanges d’expériences, tant de la part des représentants d’institutions internationales (FIDA, USAID, BIAD) qu’au sein de l’auditoire, invité à prendre la parole.

Zoom sur le Fonds migration et développement

Sur la lancée, Jeanne Nzeyimana a présenté le Fonds migration et développement (FMD), dont elle est la coordonnatrice. Hébergé au sein de la BAD, ce fonds d’investissement a été créé en 2009, sur la base d’accords de coopération conclus entre la BAD, la France et le Fonds international pour le développement de l’agriculture (FIDA). Ils ont été rejoints, en octobre 2012, par l’Agence américaine pour le développement international (USAID). Abondé à ce jour à hauteur de 7 millions d’euros, le FMD poursuit deux objectifs, au cœur de sa vocation : d’un côté, aider à abaisser les coûts des transferts d’argent en Afrique ; de l’autre, accompagner et appuyer les projets d’investissement édifiés sur les envois d’argent des migrants africains, dans les pays d’origine de ces derniers. Aussi le FMD compte-t-il rallier de nouveaux partenaires, afin de maximiser sa force de frappe.

Une diaspora africaine multiple et variée, des attentes nouvelles

Naceur Bourenane, co-auteur de l’étude d’ESF sur les transferts de migrants au Maghreb et dans la Zone franc , l’a souligné : « la composition des diasporas africaines est tout, sauf homogène ». De fait, celles-ci ont leurs spécificités – donc des besoins spécifiques ¬–, qui varient en fonction de leurs pays d’origine. Autres constats : les catégories socio-professionnelles des membres des diasporas africaines évoluent, affichant une proportion croissante de profils qualifiés et à plus forte valeur ajoutée ;  elles comptent aussi de plus en plus de binationaux, et nombreux sont ceux qui vivent depuis plusieurs générations dans le pays de résidence, dont ils ont la nationalité. Une telle variété de profils ne saurait afficher les mêmes besoins ni les mêmes attentes, en matière d’envois d’argent vers les pays récipiendaires. Et, parmi les jeunes générations, beaucoup expriment le souhait d’un “retour sur investissement” au pays.

Appel à plus de volonté politique

Directrice du Département du développement humain à la BAD, Agnès Soucat, qui clôturait l’événement, aux côtés de Stefan Nalletamby, directeur du Département du développement financier, et de François Kruger, administrateur de la BAD en tant que représentant de la France, a souligné ce qui peut sembler un paradoxe : l’enjeu des transferts d’argent des migrants est « sans doute l’un des rares agendas de développement qui ne soient pas en quête d’argent ». Et d’ajouter : « L’argent est là. Ce qui est nécessaire, désormais, c’est la volonté politique et l’action ». Avant d’appeler à une mobilisation plus large encore des partenaires internationaux autour de cet agenda de développement.