Au delà de la rhétorique politique – la portée de la grande Zone de libre-échange d’Afrique de l’Est et d’Afrique de l’Ouest

Les nombreuses initiatives d’intégration régionale en Afrique, qui souvent s’enchevêtrent, sont citées depuis de nombreuses années comme autant d’exemples de l’absence de volonté politique. En dépit d’un large consensus sur le fait que l’intégration régionale est un pilier essentiel du développement de l’Afrique, on a de la peine à comprendre pourquoi les initiatives d’intégration prises à travers le continent n’ont pas été menées à bien. Plusieurs arguments ont été avancés pour expliquer les adhésions multiples et redondantes aux communautés économiques régionales. On a argué du fait que les initiatives d’intégration régionale en Afrique ont été motivées davantage par des considérations politiques que par une véritable volonté de renforcer l’intégration des échanges. En revanche, depuis quelques années, certaines institutions africaines ont critiqué l’aspect « bol de spaghetti » de l’intégration régionale en Afrique. Il semblerait que les dirigeants politiques du continent aient perçu le message, comme le prouve la décision de sommet de l’Union africaine de 2006 de geler la reconnaissance de toute nouvelle communauté économique régionale. La nécessité de rationaliser et d’harmoniser les initiatives d’intégration a également été acceptée en principe, comme l’atteste le fait que certains pays africains sont allés jusqu’à réaliser des études coût/avantage pour déterminer si l’appartenance à plusieurs communautés économiques régionales qui se recoupent est effectivement rationnelle. On commence à noter certains progrès dans ce sens avec le projet de fusion entre la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), le Marché commun d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe (COMESA) et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) et la décision d’accélérer le processus de mise en place des fondations d’une grande zone de libre-échange couvrant l’Afrique de l’est et l’Afrique de l’Ouest. Au-delà de l’harmonisation des politiques commerciales, ces trois communautés économiques régionales ont décidé d’entreprendre des projets d’infrastructure couvrant leurs territoires respectifs afin de faire en sorte que l’amélioration de la facilitation du commerce complète la rationalisation des politiques commerciales.

Ce document examine ce que laisse présager cette grande zone de libre-échange qui regrouperait le COMESA, la CAE et la SADC (CCS) et utilise la récente base de données africaine GTAP pour découvrir ce qu’elle pourrait offrir à ses pays membres à l’avenir. Outre les enseignements que pourraient tirer les trois CER de cette analyse, le document aborde la question des accords de partenariat économique qu’elles ont négocié à titre individuel avec l’Union européenne et qui influeront probablement sur la réussite de la grande ZLE envisagée.

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