Faire évoluer le poids de l’Afrique dans les processus de la CCNUCC : quel rôle pour la BAD ?

13nov.2015
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Par Timothy Afful-Koomson

Il est de notoriété publique que l'Afrique est celle qui émet le moins de gaz à effet de serre dans le monde. Mais, paradoxalement, c’est aussi le continent le plus exposé aux effets négatifs importants du changement climatique. Le fait d’être le plus vulnérable aux changements climatiques et de n’avoir qu’une maigre capacité d'adaptation a conduit l'Afrique à s’engager dans la quête d’une réponse à l’échelle mondiale, dans le cadre des processus multilatéraux de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

Figurant au nombre des accords multilatéraux pour l'environnement, la CCNUCC a créé une plateforme de négociations en matière de gouvernance mondiale et pour répondre aux changements climatiques. Les pays africains sont des parties prenantes légitimes, capables d’influer sur les résultats des négociations qui servent leurs intérêts et leurs positions. La capacité du continent à jouer ce rôle proactif a considérablement évolué.

Les temps sont désormais révolus, où l'on jugeait que l’Afrique était la région la plus désorganisée aux réunions de la CCNUCC. Fini le temps où ministres et délégations des pays africains étaient moqués pour leur incapacité à comprendre et à participer de manière constructive aux processus de négociations. Fini aussi le temps où les pays africains portaient leurs voix et leurs intérêts en ordre dispersé, voire se contredisaient souvent, du fait d’alliances conclues avec d'autres groupes de négociation ou des coalitions comme le Groupe des 77+ Chine.

Comment l'Afrique est-elle parvenue à asseoir une collaboration régionale efficace ? Comment l'Afrique s’est-elle forgé une orientation politique et une influence fortes dans les négociations de la CCNUCC ? Quelles plateformes ont été créées pour galvaniser, mobiliser les pays et aboutir à un consensus ?

Pour répondre à certaines de ces questions, il convient d’examiner comment l'Afrique à la CCNUCC a gagné en puissance ces dernières années.

Les inquiétudes que suscitaient les capacités limitées des négociateurs africains, leur désorganisation et leur écartèlement entre des pôles différents lors des réunions de la CCNUCC, ont incité à mettre en place un cadre institutionnel coordonné, à l’instar de la Conférence ministérielle africaine sur l'environnement (CMAE), le Groupe africains des  négociateurs (AGN) et la Conférence des Chefs d'État et de gouvernement africains de l’Union africaine sur les changements climatiques (CAHOSCC).

Mise en place en 1985, la CMAE a assuré la direction politique au niveau ministériel et fourni une plateforme pour faire évoluer les pays africains vers une position commune dans la recherche d’accords multilatéraux efficaces pour l’environnement, notamment  pour la CCNUCC. À chacune des séances, sessions extraordinaires et autres réunions de son bureau de la conférence biannuelle, d’importants efforts ont été déployés pour que l'Afrique parle d'une seule et même voix.

La CAHOSCC a, quant à elle, été créée en 2009, afin de fournir le plus haut niveau de leadership politique à la participation de l'Afrique dans les processus de la CCNUCC.

Le Groupe des négociateurs africains (AGN) est un pilier technique l’organe principal de négociation et de l'Afrique. Régulièrement, il organise des réunions préparatoires et fournit une assistance technique pour aider à définir les intérêts communs de l'Afrique (à savoir les documents de consensus CMAE). Aussi aide-t-il à porter la voix de l'Afrique, veillant à ce que les intérêts du continent soient pris en compte dans les résultats de la CCNUCC.

Grâce au leadership politique et technique que procurent la CAHOSCC, la CMAE et l'AGN, l'Afrique a aujourd'hui la capacité d'influer sur le processus de négociation ; faire pression, par exemple, pour que les financements relatifs à l’adaptation et à l'atténuation soient équitablement alloués par le Fonds vert pour le climat (GCF).

 Quel rôle joue la Banque africaine de développement dans le renforcement des capacités de l'Afrique au sein de la CCNUCC ? La BAD continue d’apporter une assistance importante à la CMAE, à l’AGN et à la CAHOSCC, ainsi qu’aux membres du Conseil d’administration du Fonds vert pour le climat, afin de faire avancer les intérêts de la région lors de réunions de la CCNUCC. Par exemple, la BAD a piloté l'élaboration d'un programme de travail global et fournit des services techniques et juridiques à titre consultatif pour l'AGN. En outre, la Banque a appuyé les plateformes de discussions et la préparation des réunions de la COP. La BAD a également produit et diffusé des articles scientifiques sur les principales questions d'actualité, à la demande de l'AGN.

La BAD a joué un rôle important dans la conception du Fonds vert pour le climat, en veillant à ce que les préoccupations africaines soient prises en compte dans l'instrument de gouvernance ; elle a même dépêché l’un de ses hauts fonctionnaires pendant près d'un an pour travailler avec la CCNUCC.

La BAD, qui continuera de participer aux réunions de la Conférence des parties, a accueilli des rencontres techniques et de haut niveau pour soutenir l'Afrique lors des réunions de la CCNUCC. Ainsi, lors de la COP17 à Durban, la BAD a dirigé l’installation du pavillon Afrique en partenariat avec d’autres grandes institutions régionales comme l’Union africaine et la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique. Ces institutions ont ainsi créé une plateforme où étaient exposées les initiatives africaines spécifiques sur les changements climatiques.

Dans l'ensemble, l'Afrique a fait du chemin dans le processus de négociations de la CCNUCC. Il faut cependant intensifier les efforts en vue de renforcer la capacité de la région à porter haut les intérêts africains.

Avec la COP21 de Paris qui se profile à l’horizon, la BAD s'engage à aider les aspirations africaines à parvenir à un accord mondial sur le climat, qui soit positif et substantiel ; et qui sera mis en œuvre après la COP21.


Commentaires

adewale daniel omojowo - Nigeria 24/11/2015 13:03
Even though africa is not totally responsible for adverse effect of climate change. She is willing to adopt sustainable measures in other to mitigate climate. But then what africa lack the most is the means to adopt since africa have more pressing issues at hand. In the likes of poverty, civil wars, high level of corruption, inadequate food supply etc
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