Atténuation du changement climatique : quels impacts sur l’Afrique ?

16oct.2015
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Mário Marques

On entend par « atténuation des effets du changement climatique » les efforts visant à réduire ou à prévenir les émissions de gaz à effet de serre (GES), en vue de limiter l’ampleur du réchauffement futur de la planète. L’expression peut également désigner les mesures prises pour éliminer les GES de l’atmosphère, par exemple en accroissant la capacité des puits de carbone à l’aide du reboisement notamment.

La Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC) permet de conjuguer les efforts pour prévenir les perturbations anthropiques dangereuses du système climatique, tout en remédiant aux effets inévitables du changement climatique. Les mesures d’atténuation sont mises en œuvre à travers divers types de politiques, stratégies et initiatives qui, toutes, visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). Les exemples les plus caractéristiques de ces dispositions sont notamment les mécanismes du marché du Protocole de Kyoto comme le Mécanisme pour un développement propre (MDP), le mécanisme de Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation (REDD+), les Mesures d’atténuation appropriées au niveau national (NAMA) et les Contributions envisagées déterminées à l’échelon national (CEDEN).

Parmi ces mécanismes, certains ont partie liée avec l’Afrique et revêtent une importance certaine pour le continent. À titre d’exemple, le marché international du carbone du MDP (un dispositif souple du Protocole de Kyoto) s’est traduit par un financement additionnel, un transfert de technologies et le renforcement des capacités en faveur de l’Afrique sous la forme de 242 projets. Pour diverses raisons liées à la faiblesse des capacités institutionnelles, à un environnement d’investissement risqué et au faible niveau général du potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre, la part de l’Afrique s’avère modique (2,9 % du total de ces projets), certes. Mais c’est un point de départ, qui offre de précieux enseignements et opportunités pour l’atténuation, au moyen de l’apprentissage par la pratique.

Il est avéré que le MDP n’a pas répondu aux attentes de l’Afrique. En même temps, il constitue une opportunité unique à saisir pour le continent. Le potentiel inexploité à prospecter se révèle considérable si les parties concernées conviennent de proroger le MDP jusqu’au prochain accord mondial sur le changement climatique à la COP 21. D’autant plus que le Système européen d’échange de droits d’émissions (EU ETS), la plus importante source de demande de réductions d’émissions certifiées (REC), a interdit les crédits de compensation générés par le MDP à partir des projets réalisés dans des pays autres que les pays les moins avancés (PMA) inscrits après 2012. De fait, le sentiment général est que le MDP sera prolongé si cette prorogation signifie une participation accrue pour les PMA. D’autre part, l’Afrique a tout intérêt à voir le MDP figurer en bonne place dans le prochain accord climatique – à condition que des réformes adéquates, à même de garantir au continent de nombreux avantages – soient mises en œuvre. Pour que le MDP puisse être un succès en Afrique, encore faut-il prendre en compte les spécificités du continent en matière d’atténuation – notamment le fait qu’il recèle davantage de facteurs d’émissions, avec des secteurs à forte intensité de gaz à effet de serre, comme l’agriculture, la foresterie et les pratiques d’utilisation des terres.

En ce qui concerne les Mesures d’atténuation appropriées au niveau national (NAMA), l’expression a été utilisée pour la première fois dans le Plan d’action de Bali (COP12) en 2007 et adoptée définitivement lors des négociations de 2013, à la Conférence de Doha (COP18). Cette initiative revêt elle aussi une importance majeure pour l’Afrique, en ce qu’elle est appelée à jouer un rôle de catalyseur dans le financement climatique, le transfert de technologies et le renforcement des capacités par les pays développés (Annexe I) en faveur des pays en développement et des pays les moins avancés. Les NAMA devraient occuper une place de choix dans le prochain traité mondial sur le climat, comme tremplin pour soutenir les plus vulnérables dans leurs efforts d’atténuation des émissions.

Cependant, la REDD+, qui se trouve encore au stage embryonnaire dans le cadre du processus de la CCNUCC[1], et plus généralement les dispositions relatives à l’utilisation des terres, au changement d’affectation des terres et à la foresterie (UTCATF), sont perçues par le Groupe des négociateurs africains (AGN) comme déterminantes dans l’atteinte de l’objectif final de la CCNUCC, à savoir une hausse de la température moyenne mondiale n’excédant pas 2° C à l’horizon 2100. Plusieurs études qui viennent étayer cette proposition font observer que le changement d’affectation des terres (déboisement et dégradation des forêts inclus) représente 17 % à 29 % de l’ensemble des émissions mondiales de GES.

Conçue pour réduire les émissions liées au déboisement et à la dégradation des forêts, mais également pour renforcer les puits de carbone, la REDD+ est un mécanisme qui fait l’objet de négociations entre les parties à la CCNUCC depuis 2005. Ayant été l’objet d’une attention particulière lors des négociations de Bali (COP13) en 2007, la première grande décision adoptée couvrait des approches visant à encourager les mesures et à préconiser l’adoption d’opérations pilotes. Du coup, plusieurs initiatives et programmes ont été mis en place au cours des années suivantes, notamment le Programme REDD des Nations Unies, le Fonds de partenariat pour la réduction des émissions dues à la déforestation (FCPF) et le Programme d’investissement forestier (FIP) qui renforce le concept plus large de REDD+ en tant que solution pour atténuer les effets du changement climatique.

Lors de la COP19, des efforts ont été consentis pour remanier les dispositions antérieures insuffisantes et imprécises de la REDD+ dans le cadre de la CCNUCC. Les négociateurs ont obtenu ce qu’il a été convenu d’appeler un résultat positif, assorti de plusieurs décisions, notamment : « le programme de travail sur le financement axé sur les résultats ; les modalités pour un système national de surveillance des forêts ; la présentation des informations sur les mesures de sauvegarde ; l’évaluation technique des niveaux de référence (des émissions) ; les modalités de mesure, notification et vérification (MRV) »[2].

Par ailleurs, conçue durant les toutes dernières sessions de négociation de la COP20, la nouvelle initiative des Contributions envisagées déterminées à l’échelon national (CEDEN) est énoncée dans le texte sur « l’Appel de Lima pour l’action climatique ». De l’avis du Groupe des négociateurs africains sur le climat (AGN), cette mesure doit être partie intégrante des prochaines négociations de la CCNUCC, puisqu’elle est au cœur des actions climatiques que les Parties comptent accomplir au titre du futur traité mondial sur le climat.

Toutefois, dans le cas de l’Afrique, on ignore comment cette initiative sera s’appliquée, étant donné qu’elle est surtout liée aux mesures d’atténuation des effets du changement climatique. Il est de notoriété publique que l’Afrique ne devrait pas fixer d’objectifs d’émissions dans le cadre de la CCNUCC, en raison du principe de la « responsabilité commune mais différenciée » (CBDR). Continent qui a le moins contribué à la pollution atmosphérique dans l’histoire de l’humanité, l’Afrique demeure, aujourd’hui, celui qui participe le moins aux émissions mondiales de GES[3] (4 %).

Quel avenir ?

Si la réunion de Lima pour la COP20 a occupé le devant de la scène en traçant la voie d’un nouvel accord mondial, elle n’a pas réuni les conditions requises pour aller au-devant de la COP21. Fort heureusement, ce n’était pas la dernière chance pour les Parties de préparer le terrain pour le prochain accord. Le changement climatique figure en bonne place dans les différentes rencontres internationales qui ont lieu actuellement jusqu’à la fin de COP21 en  décembre 2015, la date limite officielle pour conclure un nouvel accord d’envergure mondiale.


[1] Processus de la CCNUCC : le processus par lequel les décisions prises par voie de négociations affectent la façon dont le monde répond aux changements climatiques.

[2] CCNUCC, 2013 : http://unfccc.int/resource/docs/2013/cop19/eng/10a01.pdf

[3] Rapport 2012 sur le développement en Afrique : vers une croissance verte en Afrique, Groupe de la Banque africaine de développement.


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