Financements pour le climat : faisons-nous fausse route ?

28nov.2015
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Par Gareth Phillips

Les 100 milliards de dollars EU de financements supplémentaires annoncés avant la COP21 sont un signal fort de l'engagement des pays développés. En effet, nombreux sont les pays en développement qui considèrent que ce financement est l'enjeu le plus important de la COP à Paris. Certes, c'est un montant d'ampleur, mais si nous nous focalisons trop sur ce volet, nous risquons de perdre de vue l'évènement en tant que tel.

Ce qui fait véritablement évènement à Paris, c'est le changement de perspective qui se joue : passer d'une vision dichotomique du monde, avec " eux " et " nous " - pays de l'annexe 1 et pays hors annexe 1 -, à une vision globale, celle d'un monde où tous les Parties ont leurs obligations. Cela se traduit notamment dans le concept de contributions prévues déterminées au niveau national (CPDN), lancé comme un mécanisme ascendant qui fixe le montant financier des engagements des uns et des autres.

Ce qui importe, ici, c'est que les pays en développement ne peuvent plus rester les bras croisés sans rien faire. Au contraire, ils doivent mettre en œuvre des politiques et des mesures pour réduire leurs émissions et voilà qui change tout. Là est le changement de paradigme.

Avant 2020, nous pouvons parler de financements climatiques, car, dans une approche dichotomique du monde, il existe aussi des " financements non climatiques ". Mais, après 2020, il ne pourra y avoir que des financements climatiques. Si les pays veulent tenir leurs engagements, ils ne pourront plus accorder de financements non climatiques. De même, les banques de développement et les bailleurs de fonds ne pourront octroyer ni prêts ni ni dons à des programmes ou projets qui vont à l'encontre des efforts d'un pays pour honorer ses engagements - le faire reviendrait à violer l'accord international sur le changement climatique qui devrait être conclu à Paris. Un État responsable ne peut construire une centrale au charbon que si elle est prise en compte dans ses contributions prévues déterminées au niveau nationale (CPDN), ou s'il a l'argent pour acquérir des droits d'émission supplémentaires (en supposant que la possibilité d'échange existe). De même, une banque de développement, un bailleur de fonds ou un investisseur responsable ne peut financer cette centrale que s'il s'est assuré que ces conditions préalables sont remplies.

Nous devons commencer à réfléchir et à agir de cette façon aussitôt après Paris, parce que les investissements que nous approuvons aujourd'hui seront réalisés à l'horizon 2020 et seront encore valables en 2050, quand les émissions devront avoir été réduites de 80 % environ par rapport à leurs niveaux actuels.

Les pays en développement comme les pays développés ont tous besoin de fonds importants pour s'engager sur la voie du développement propre - qu'il s'agisse de financements climatiques ou d'indemnisations pour les dommages et préjudices subis n'est pas tant le problème.

Le soutien de la communauté internationale doit plutôt mettre l'accent sur la collaboration avec les pouvoirs publics, afin de renforcer leurs capacités à formuler et mettre en œuvre des politiques et mesures qui créent un environnement propice aux investisseurs qui veulent financer des technologies à faible voire sans émissions de carbone et sans risques techniques, financiers et politiques excessifs. Les gouvernements, qui gèrent leurs économies et leurs environnements (autrement dit leurs actifs souverains) au nom de leurs mandants, doivent travailler avec leurs populations pour veiller à ce qu'un environnement propice soit créé. C'est une situation gagnant-gagnant, où les conditions d'investissement appropriées vont générer des revenus qui entraîneront une meilleure qualité de vie, tout en réduisant les risques de changements climatiques catastrophiques.

Fixer un prix aux émissions de gaz à effet de serre, via un impôt ou un système d'échange des quotas d'émissions au niveau national, puis régional, ou en combinant les deux, permettra d'atteindre ces objectifs et de promouvoir les financements liés au climat. Figurent aussi parmi les politiques et mesures qui doivent être mises en pratique rapidement : supprimer les subventions aux combustibles fossiles ; renforcer le rôle du secteur privé dans la production et la distribution d'électricité ; promouvoir les technologies à faible consommation d'énergie et la législation y afférant lors de la formulation de futures politiques; surveiller et notifier les émissions de gaz à effet de serre. L'éducation et la sensibilisation des jeunes est sans doute ce qui importe le plus car, en 2040 et 2050, les enfants d'aujourd'hui seront ceux qui devront prendre les décisions qui nous conduiront à un monde exempt de carbone, et tleurs pairs devront bien comprendre les enjeux pour voter pour eux. S'ils ont le même degré de prise de conscience que les électeurs d'aujourd'hui et s'ils escomptent avoir le même mode de vie que leurs parents et leurs référents, alors il y a peu d'espoir de rester en deçà des 2 °C.

Oui, les 100 milliards de dollars EU sont importants, mais plus importants encore sont les efforts concertés pour créer un environnement qui favorise les investissements dans les technologies que nous devons déployer.


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