En Afrique, un développement adapté peut conduire à l’inclusion et à la croissance verte

08déc.2015
Share |

Par Gareth Phillips

Si l'Afrique était figée, elle aurait besoin de s'adapter. Mais l'Afrique n'est pas figée. Elle est sur le pont du développement.

La courbe ascendante du PIB qui s'observe depuis plusieurs années à travers le continent, avec des embellies notables au nord, à l'est, à l'ouest et au sud du continent, montre que le développement est en expansion. Des initiatives visant à promouvoir l'énergie, comme le "New Deal" pour l'énergie en Afrique récemment lancé ici, à la Banque africaine de développement, l'Initiative pour les énergies renouvelables en Afrique, Énergie durable pour tous (dite SE4ALL par acronyme anglais), le Fonds des énergies durables en Afrique (dit SEFA par acronyme anglais) et le Fonds pour les technologies propres (FTP), qui relèvent des Fonds d'investissement climatiques (FIC), sont juste quelques exemples d'initiatives à grande échelle qui entendent promouvoir diverses formes d'énergie à travers toute l'Afrique. Et le récent concours de la CEDEAO dédié aux énergies renouvelables sous l'égide de la BAD a montré qu'on ne manque pas d'initiatives innovantes à petite échelle lancées par des entrepreneurs qui en veulent.

Le problème avec notre approche actuelle de l'adaptation est qu'elle a tendance à présumer que tout le reste demeure constant pendant que nous procédons à des ajustements sur nos infrastructures existantes. Du coup, les agriculteurs ont besoin de changer pour recourir à des variétés de cultures qui résistent à la sécheresse, nous avons besoin de filets de sécurité pour les communautés rurales et les ménages vulnérables, nous devons mettre en place des infrastructures qui résistent au climat, des protections contre la montée du niveau de la mer, etc. Il ne s'agit pas de dire que nous n'avons pas besoin de tout ça mais, dans le même temps, la population africaine passera d'un peu plus d'un milliard de personnes aujourd'hui à deux milliards d'ici à 2050. Se contenter d'ajuster les choses ne suffira pas. Que bâtissons-nous pour les générations futures ? S'agit-il de changer les choses à la base ou de faire du rafistolage a posteriori ?

Le premier point auquel nous devons nous attaquer concerne l'approvisionnement en énergie. L'énergie est un facteur de développement et, sans conteste, l'Afrique en a besoin en grande quantité. Les moyens techniques que nous mettons en place aujourd'hui seront toujours en service en 2050. D'ici là, chaque pays devra avoir fortement réduit ses émissions, car l'objectif est d'instaurer une économie mondiale à zéro émission d'ici le dernier quart du 21e siècle - précisons pour être clair qu'il s'agit de zéro émission brute, non pas de zéro émission nette. Il n'y aura aucune compensation, à moins que quelqu'un ne mette au point une technologie qui extraie efficacement le CO2 de l'atmosphère et d'un coût imbattable, ou que la capture et la séquestration du carbone ne fonctionnent à merveille. Planter des arbres peut aider, mais nous avons aussi besoin de la terre pour produire de la nourriture et de l'énergie solaire. En d'autres termes, soit nous construisons des infrastructures favorables à l'énergie (renouvelable) maintenant, soit nous construisons des infrastructures pour le combustible fossile, et nous essayons ensuite de trouver le moyen d'en atténuer les émissions à l'avenir ou nous apprenons à vivre avec elles. Mettre en place des infrastructures adaptées aux énergies renouvelables est le plus grand défi d'adaptation qui se pose à l'Afrique, mais c'est aussi la plus grande opportunité qui s'offre à elle.

Le deuxième point auquel il nous faut s'adapter à grande échelle concerne l'éducation, la sensibilisation et le rôle des médias qui doivent forger les attentes de la jeunesse. Certes, sans des percées technologiques spectaculaires, la jeunesse actuelle ne peut espérer jouir du même mode de vie que nous avons aujourd'hui ; elle ne peut espérer imiter les modèles qu'elle a en référence. Par exemple, alors que l'industrie du transport aérien est en rapide expansion, la nécessité de réduire les émissions deviendra bientôt une contrainte réelle. La chaîne d'approvisionnement en biocarburant pose question et il y a une très grande différence entre le projet d'avion solaire " Solar Impulse " et les compagnies aériennes. Tant qu'il n'y aura pas de véhicules électriques (énergie renouvelable) ou de véhicules hydrogènes propres en grand nombre, le transport va s'avérer de plus en plus compliqué. Il sera plus difficile de produire et de transporter des produits de base tels que le verre, le ciment et l'acier. La consommation de viande rouge, le gaspillage alimentaire, la climatisation, le chauffage central, et l'utilisation de séchoirs à linge électriques sont de ces habitudes dont nous devrons nous défaire progressivement. On devra éliminer le gaspillage en général, au fur et à mesure que nous progresserons vers une économie circulaire. Pour atteindre nos objectifs au plan climatique, la vie en 2050 devra être radicalement différente de celle d'aujourd'hui, et nous devons éduquer nos enfants en conséquence ; sinon, ils seront mal préparés au monde que nous sommes en train de leur léguer, et ils nous en tiendront rigueur.

De même, si nous continuons de former de la même manière nos économistes, nos décideurs et nos législateurs, ils seront encore en train de débattre d'un accord sur le climat en 2050, à moins qu'ils n'aient tout simplement renoncé. Les médias peuvent aussi jouer un rôle très important, en reconnaissant à quel point ils peuvent influencer les tendances, les modes et les attentes.

L'adaptation est un volet majeur de la CCNUCC, au côté de l'atténuation, du transfert de technologie et du financement en faveur du climat. Réduire l'adaptation aux " ajustements apportés aux systèmes écologiques, sociaux ou économiques en réponse aux stimuli climatiques actuels ou attendus et à leurs effets ou impacts " limite sérieusement l'utilité de ce concept. L'adaptation a besoin d'être comprise au sens large et tournée vers l'avenir. Elle englobe le " développement adapté ", qui permet aux pays d'adapter leur approche du développement en faveur d'une croissance dans la lignée des objectifs de développement durable du 21e siècle. Cette notion implique aussi une croissance inclusive et verte, une croissance à l'épreuve du changement climatique et, surtout, une croissance à faible émission de carbone et qui tende vers zéro émission à terme.

L'énergie et l'éducation sont peut-être les deux secteurs où nous avons le plus besoin de changer de paradigme. Les systèmes d'énergies renouvelables sont déjà adaptés à nos besoins futurs. Des citoyens instruits et avertis sont à même de comprendre pourquoi nous devons adapter nos modes de vie, tout en étant capables de concevoir leurs propres stratégies d'adaptation.


Commentaires

mauro chilaule - Mozambique 01/08/2016 21:54
Climate change is an opportunity for AFRICA give a great lesson to the world on how it should be to profit than best ha on earth without damaging the environment, so the agro-industrialization of the continent should be pursued to responsible policies for the conservation of nature and barriers that climatic changes bring to the development of agriculture on the continent up because this should not be a limitation but rather a commitment of africa to future generations.
Kany Touré - Côte d’Ivoire 16/01/2016 15:47
Bonjour,
Je partage tout à fait votre analyse et j'aimerais ajouter un point au niveau de la sensibilisation et de l'éducation en Afrique. Il est important de noter que les africains n'ont pas la même manière de voir le développement durable que les européens: la majorité des populations n'ont même pas conscience de l'urgence du phénomène ou alors pensent qu'il s'agit d'un concept réservé aux intellectuels. Il me semble donc nécessaire de concevoir une stratégie d'éducation et de sensibilisation adaptée à l'Afrique. Kany Touré du blog "EcologiqueetEconomique" http://ecologiqueeteconomique.over-blog.com/
*
*
* CAPTCHA
*