CPDN : quelles implications et perspectives pour l’Afrique dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris ?

31oct.2016
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Par Al-Hamndou Dorsouma

 

Au vu de la nécessité de maintenir la hausse de la température moyenne mondiale en deçà des 2° C, voire de 1,5° C, la communauté internationale a adopté, en décembre 2015, l’Accord de Paris sur les changements climatiques. Cet accord, qui réunit pour la première fois les pays développés et les pays en développement autour d’un même objectif de long terme, fait des “contributions prévues déterminées au niveau national” (dites CPDN, ou INDCs en anglais) une composante centrale.

Ces contributions incarnent l'engagement des pays à contribuer à la mise en œuvre de l'Accord de Paris. Elles précisent – entre autres – les objectifs ciblés en matière de réduction des émissions pour l'ensemble de l'économie d’un pays, définissent les objectifs respectifs des pays pour atténuer les effets du changement climatique, ainsi qu'un ensemble de politiques et de mesures qui évaluent et quantifient l'impact de la réduction des émissions.

Tous les pays africains ont soumis leurs CPDN, excepté la Libye. Si les CPDN s'imposent comme un fondement majeur de l'Accord de Paris, priorité y est donnée aux actions d’atténuation. Or l’adaptation s’avère la priorité du continent africain en matière de changement climatique (lire cet autre article du blog, « Intensifier l’adaptation en Afrique »).

Le processus d'élaboration des CPDN comme engagements internationaux à lutter contre les changements climatiques a été décidé lors de la COP19, en 2013 à Varsovie. Une décision qui a été réitérée à la COP20, en décembre 2014 à Lima, lorsque les parties sont convenues que les contributions nationales devraient aller au-delà des efforts déployés aujourd’hui en matière d'atténuation et inclure des objectifs à long terme concernant la réduction des émissions. Définis à l'origine comme des objectifs/cibles pour la mise en œuvre des mesures en faveur du climat, qui mettent l'accent sur les engagements respectifs des pays à entreprendre des actions d'atténuation, les CPDN sont censées être ambitieuses, transparentes et équitables, et conduire à une transformation dans les secteurs et industries à forte intensité d'émissions de carbone. Ces engagements ont été révisés depuis lors, afin d’intégrer également le changement climatique dans les priorités nationales – à l'instar du développement durable et de la réduction de la pauvreté.

Aussi est-il important de s’assurer que les CPDN puissent être à même de contribuer aux efforts déployés à l'échelle mondiale pour lutter contre les changements climatiques.

Un volet important des CPDN consiste à suivre les progrès accomplis, en tenant compte des différents niveaux de développement économique des pays et de la variété des modèles et méthodologies de suivi, de rapport et de vérification des progrès. Enfin, il est capital de veiller à ce que l’ambition mondiale formulée à travers les CPDN permette d'atteindre l'objectif planétaire de maintenir la hausse de la température moyenne mondiale en deçà des 2° C – voire 1,5° C. La mise en œuvre des CPDN devrait avoir des incidences majeures sur le développement du continent, et offrir ainsi de véritables opportunités pour une croissance verte en Afrique.

Implications et perspectives des CPDN : quid de l'Afrique ?

Si les CPDN sont d'un apport majeur aux efforts nationaux et mondiaux de lutte contre le réchauffement planétaire, l'impression générale est que la plupart des pays africains ne sont pas encore bien préparés pour les mettre en œuvre. Il en va de même des pays développés, qui ne semblent pas prêts à fournir aux pays en développement les moyens requis tels que prévus par l’Accord de Paris – financements, renforcement des capacités, transfert et développement des technologies.

Par ailleurs, une fois ratifiées par les pays, les CPDN deviendront des Contributions déterminées au niveau national (CDN) et, partant, des objectifs contraignants pour les pays en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre.

Une préoccupation majeure se pose alors au continent africain : est-il judicieux et pertinent que les pays africains s’avancent et mettent en œuvre des engagements contraignants au regard du principe de "responsabilités communes mais différenciées" ? De quels moyens humains, financiers, institutionnels et technologiques vont-ils disposer pour ce faire ? Quelles en sont les implications et perspectives pour les gouvernements africains, qui n’ont même pas les moyens de satisfaire les besoins fondamentaux de leurs populations, dans un contexte qui plus est marqué par une multitude de crises, outre la crise climatique ? Vu le niveau de préparation actuel des pays d’Afrique, leurs CPDN respectives sont-elles suffisantes et assez pragmatiques pour atteindre l’ambition fixée dans l’Accord de Paris ? Ce sont-là autant de questions que l’on est en droit de se poser à l’heure où les pays africains s’apprêtent à ratifier l’Accord de Paris et à formuler des engagements fermes dans leurs CPDN.

Mettant l'accent davantage sur l'atténuation que sur l’adaptation, les CPDN ont émergé dans un contexte où  la position commune africaine a toujours privilégié l'adaptation, les financements, le renforcement des capacités, le développement et le transfert de technologies. Les contributions annoncées par les pays africains ne sont pas assez claires pour leur permettre de mieux formuler leurs priorités en matière d’adaptation et d’atténuation et faire en sorte qu’elles bénéficient d’un soutien suffisant et adéquat en termes de financement, de capacités et de technologies, à la mesure des enjeux. Actuellement, les critiques portées à l’encontre des CPDN, jugées peu claires, complexes, moins pertinentes et moins ambitieuses par rapport aux objectifs de l’Accord de Paris, ne sont pas de nature à aider le grand public à les comprendre. Les CPDN sont, de toute évidence, le résultat d'un compromis entre la notion d’"engagement" initialement utilisée par les pays développés et le concept de "mesures d'atténuation appropriées au niveau national" (MAAN) que défendaient les pays en développement jusqu’à l’adoption de l’Accord de Paris.

De nombreux pays en développement, dont des pays africains, se préparaient à mettre en œuvre des MAAN dans le cadre de leurs efforts pour lutter contre les changements climatiques à l'échelle nationale. Pour l’heure, avec les CPDN, l’on ne sait toujours pas comment ces mesures figurant dans les MANN vont être intégrées aux engagements pris dans les CDPN.

Sans un appui substantiel, il est clair que les pays africains ne pourront pas atteindre les objectifs et cibles définis dans les CPDN. Si l'on veut que l'Afrique puisse effectivement contribuer aux efforts de lutte contre les changements climatiques, il faudrait clairement inscrire ces CPDN dans la lignée des initiatives nationales existantes, telles que les MAAN, les Programmes d'action nationaux d'adaptation (PANA) et les Plans nationaux d'adaptation (PNA). Parce qu'elles constituent des engagements et fixent des objectifs nationaux, les CPDN doivent aussi tenir compte des priorités, des réalités et des capacités spécifiques à chacun des pays africains.

Quelle place pour l'adaptation dans les CPDN ?

L'adaptation aux changements climatiques relève de la responsabilité collective de la communauté internationale. Celle-ci doit donc appuyer les régions vulnérables comme l'Afrique, dont la responsabilité dans les émissions mondiales de gaz à effet de serre s’avère fort limitée, mais qui subit de plein fouet les impacts négatifs des changements climatiques. L'adaptation n'est pas l'affaire des seuls Pays les moins avancés. Tous sont concernés, avancés ou pas. Aussi, l'appui à l'adaptation mérite d’être clairement énoncé dans les CPDN qui sont en cours de révision. Sans cet appui, les pays africains pourront difficilement participer à la réponse planétaire aux changements climatiques.

Dans le contexte africain, tenir compte de l'adaptation est une question urgente de développement. Cela devrait donc faire partie des CPDN des pays du continent. Toutefois, y inclure l'adaptation soulève des questions liées à la difficulté de prendre des engagements contraignants en matière d'adaptation, en comparaison avec l'atténuation. Enfin, les CPDN devraient indiquer clairement que l'adaptation ne saurait se substituer à l'atténuation, car tous deux sont complémentaires. Il est capital que l'adaptation et son financement soient véritablement pris en compte dans les CPDN.

Soutien important du Groupe africain des négociateurs et fervent défenseur de la Position commune africaine sur les changements climatiques, la Banque africaine de développement (BAD) reconnaît l'importance des CPDN –  qui ont vocation à se muer en CDN –  en ce qu'elles ouvrent une voie pour un développement durable malgré le changement climatique. Pour un continent où l'éradication de la pauvreté demeure un objectif majeur, il faut continuer de porter l'attention sur les réalités cruciales du contexte socioéconomique des pays africains et sur leur capacité et leur engagement à contribuer aux efforts mondiaux de lutte contre le changement climatique. Ainsi, les pays africains ont pour défi de traduire les CPDN en véritables plans d’investissement, à même de catalyser l’action en matière de climat dans chacun des pays concernés. La tâche est ardue et la communauté internationale a un rôle déterminant à jouer pour soutenir les pays d'Afrique, dans le cadre de l’Accord de Paris.

L’enjeu majeur de la COP22, qui a lieu au Maroc en novembre 2016, est de prendre des décisions courageuses en faveur de la mise en œuvre de l’Accord de Paris, et de traduire les CPDN en engagements concrets. Pour ce qui concerne l’Afrique, mobiliser les moyens de mise en œuvre de leurs CPDN demeure un défi de taille.

 

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