Le Fonds vert pour le climat est-il adapté aux objectifs de l’Afrique ?

24nov.2016
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par Al-Hamndou Dorsouma

Le Fonds vert pour le climat est-il prêt à répondre aux ambitions de l’Accord de Paris en Afrique ?

Avec l’adoption en décembre 2015 de l’Accord de Paris sur les changements climatiques, le Fonds vert pour le climat (FVC) de l’ONU devrait jouer un rôle crucial en tant qu’instrument majeur de financement climatique international, en particulier pour aider les pays en développement à donner suite à leurs engagements pris dans le cadre de l’Accord. Mais, au vu de sa conception et de son développement actuel, le Fonds est-il prêt à satisfaire aux ambitions de l’Afrique en matière de développement vert ?

En principe, le FVC est idéal pour épauler l’Afrique

Le FVC a été créé en 2010, avant l’Accord de Paris, par la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) en tant que principale entité opérationnelle du mécanisme financier de la Convention. Le Fonds est conçu pour permettre un changement de paradigme dans les pays en développement en faveur d’un développement à faible émission de carbone et résilient au changement climatique. En juillet 2016, le FVC avait rassemblé 10,3 milliards de dollars EU qui représentent les annonces de contributions de quarante-trois gouvernements.

Reconnaissant le besoin d’appropriation par les pays et de renforcement de leurs capacités, le FVC a mis en place un réseau d’environ 130 autorités nationales désignées (AND) pour servir d’interface entre chaque pays et le Fonds, cela afin d’assurer un contrôle stratégique général et appuyer les projets proposés pour un financement du FVC.

Le Fonds possède deux modalités de distribution des financements : 1) un accès direct par l’intermédiaire d’entités de mise en œuvre infranationales, nationales ou régionales ; et 2) un accès international où les pays bénéficiaires peuvent accéder aux fonds par l’intermédiaire d’institutions internationales et régionales accréditées. Les pays bénéficiaires peuvent choisir une des modalités ou les deux à la fois. Le FVC a d’ores et déjà accrédité quelque trente-trois entités chargées de canaliser les ressources ; 58 % d’entre elles sont des organisations internationales, 27 % des institutions nationales et 15 % des organisations régionales.

D’une manière significative, le Fonds, qui est considéré comme une des meilleures pratiques internationales, s’est engagé à débloquer la moitié de ses ressources au profit de l’adaptation au changement climatique et l’autre moitié au profit de l’atténuation de ses effets. Il s’agit là d’un signe positif pour l’architecture financière internationale émergente dans laquelle l’atténuation figure en bonne place tandis que l’adaptation reste sous-financée.

Dans le cadre de l’Accord de Paris, les pays développés se sont engagés à apporter collectivement 100 milliards de dollars EU par an dès 2020 au profit de l’atténuation et de l’adaptation, tout en augmentant de façon substantielle les financements destinés à l’adaptation par rapport aux niveaux actuels. Atteindre cet objectif exigera du FVC qu’il soit un instrument de financement efficace afin d’investir massivement dans un vaste éventail d’initiatives de lutte contre le changement climatique dans les pays en développement, notamment en Afrique.

En l’état actuel, le FVC est-il préparé pour épauler l’Afrique ?

À ce jour, la structure interne du FVC chargée de l’approbation des projets, de la mise en œuvre et des processus de financement est peu développée. Avec un processus d’accréditation lourd et un manque de soutien efficace pour renforcer la préparation des pays, le FVC n’est pas encore bien équipé pour jouer un rôle de premier plan en matière de financements mondiaux. De nombreuses questions subsistent quant à sa capacité à mener à bien son mandat.

Pour l’Afrique, ceci est crucial. Trois problèmes essentiels créent, tout au moins à court terme, des obstacles pour les pays.

Un lourd processus d’accréditation

Quand le FVC a mis en œuvre en novembre 2014 son processus d’accréditation « adapté aux objectifs », il était largement attendu que les ressources parviennent rapidement aux pays bénéficiaires par le biais d’entités accréditées ayant une expérience éprouvée auprès de fonds similaires. Cependant, pour qu’une institution soit accréditée (même en passant par le processus d’accréditation accéléré), il faut au moins un an pour parvenir au terme de la procédure d’accréditation en trois étapes du FVC incluant l’évaluation des capacités institutionnelles, l’examen par le panel d’accréditation et la convention-cadre d’accréditation.

De plus, le FVC a été conçu pour compléter les instruments de financement climatique existants comme le Fonds pour l’environnement mondial, les Fonds d’investissement climatiques et le Fonds pour l’adaptation. Mais en raison d’un processus d’accréditation fastidieux, il existe une forte compétition entre les organisations africaines et non africaines pour être accréditées et obtenir un financement du FVC pour des projets en Afrique. Ceci aggrave encore la fragmentation des financements en raison de la grande diversité des instruments. De nombreux pays d’Afrique s’inquiètent du fait que le FVC n’augmentera pas de manière significative le financement climatique en Afrique ou que, s’il le fait, la plus grande partie des ressources sera gérée par des institutions et des intermédiaires extérieurs au continent.

À ce jour, il s’est avéré très difficile pour le FVC de transformer les contributions de 10,3 milliards de dollars EU en approbations de projets et en décaissements. Jusqu’à présent, le FVC a seulement engagé 424 millions de dollars EU dans des projets et des programmes, une somme qui se situe bien en deçà de son objectif de 2,5 milliards de dollars EU en termes d’approbations de projets pour 2016.

Un processus peu développé pour l’appui à la préparation des pays

Au niveau national, les pays doivent disposer d’un cadre institutionnel solide pour accéder au financement climatique international, pour recevoir et gérer les fonds, et pour concevoir des projets qui répondent aux exigences du FVC. Pour répondre à ceci, l’appui à la préparation des pays a été intégré au FVC lors de sa création. Des activités préliminaires pour aider les pays à se préparer sont aujourd’hui en cours en partenariat avec d’autres programmes concernés par la préparation des pays, dont le Fonds pour les changements climatiques en Afrique (FCCA). La structure des AND pour le FVC est destinée à aider les pays à renforcer leur préparation, et les pays africains doivent tirer parti de cette opportunité pour se préparer et soumettre des projets d’investissement bancables en vue de leur financement par le FVC.

Mais la lenteur dans la réalisation des activités de préparation du FVC pose la question de savoir si le Fonds est lui-même prêt à aider les pays à se préparer. Malgré l’existence des AND, nombreuses en Afrique, l’absence d’infrastructures institutionnelles adaptées dans chaque pays africain reste un problème, et il est peu probable que cet obstacle soit surmonté à court terme pour permettre au continent de bénéficier des fonds du FVC.

Le FVC peut combler le déficit en financements climatiques de l’Afrique si le continent réagit judicieusement

À ce jour, la plupart des estimations montrent que l’Afrique reçoit moins de 5 % des financements climatiques ; par conséquent, les attentes des pays africains envers le FVC sont très importantes. Mais comme les exigences complexes du FVC rendent l’accréditation extrêmement difficile pour les pays africains et les institutions africaines, on peut conclure que l’accès de l’Afrique aux ressources du FVC est et sera très limité. Premièrement, les pays africains sont confrontés à deux difficultés avec la méthode d’accès direct, dont les difficultés pour satisfaire aux procédures d’accréditation du FVC et celles liées à la taille réduite des types de projets qu’ils sont capables de soumettre. Deuxièmement, les pays africains et les institutions africaines peuvent utiliser les services d’entités de mise en œuvre régionales et multilatérales et éviter les difficultés posées par l’accréditation ; mais ceci pourrait limiter leurs capacités d’appropriation dans la conception et la mise en œuvre de leurs projets.

Malgré toutes ces limites, le FVC peut être encore un important vecteur en matière de financements climatiques en Afrique si les pays africains saisissent de façon judicieuse l’opportunité de renforcer leurs propres capacités et jouent un rôle important dans la conception de projets devant être appuyés par le FVC.

La Banque africaine de développement suit le développement du FVC depuis sa création. Devenue entité multilatérale de mise en œuvre du FVC en mars 2016, la Banque est prête à aider les pays africains à y avoir accès. À travers son expérience dans la gestion de fonds similaires, la Banque est prête à aider l’Afrique à améliorer son accès aux financements climatiques, en particulier par l’intermédiaire du FVC.


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