Intensifier l’adaptation en Afrique

22oct.2015
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Par Balgis Osman-Elasha

L’Afrique est très vulnérable aux effets à long terme de la variabilité climatique et aux phénomènes météorologiques extrêmes. Le continent est de plus en plus confronté à des tensions multiples, qui ne feront que s’amplifier avec le changement climatique, entraînant toutes sortes de problèmes complexes. En outre, de nombreux pays affichent des niveaux élevés de pauvreté, aggravés par la dégradation des sols et la désertification – dans les régions arides et semi-arides notamment –, par les conflits autour des ressources naturelles, ainsi que par les  migrations et l’urbanisation rapide du continent. Selon les estimations, un tiers de la population en Afrique vit dans des zones exposées à la sécheresse – et 220 millions d’Africains sont en butte à la sécheresse tous les ans.

Au cours des deux dernières décennies de ce XXIe siècle, de vastes zones en Afrique enregistreront un réchauffement de 2 °C en plus que la température moyenne annuelle de la fin du 20e siècle, selon les projections de scénarios modérés (GIEC, 2007). Tandis que les scénarios de réchauffement élevé escomptent une hause de 3 °C à 6 °C d’ici le milieu de ce siècle.

Les effets du changement climatique sont patents aujourd’hui (CDKN, 2014). Les changements dans la disponibilité de l’eau auront un impact sérieux sur l’agriculture, avec des conséquences sociales graves, car outre que l’agriculture en Afrique subsaharienne est essentiellement pluviale (97 %), 60 % de la population active dépend des systèmes agricoles. De plus, l’élevation du niveau de la mer devrait dépasser la moyenne mondiale, en particulier le long des côtes de l’océan Indien et de l’océan Atlantique. Les impacts sur la santé (insécurité alimentaire, malnutrition, augmentation des cas de paludisme) devraient également s’avérer désastreux.

Si les communautés africaines ne parviennent pas à faire face aux conséquences du changement climatique, secteurs économiques et activités humaines seront confrontés à des défis redoutables et, dans de nombreux cas, seront bouleversés par l’ampleur prévue des phénomènes climatiques extrêmes sus-mentionnés.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC, 2013) a défini l’adaptation comme : « Le processus d’ajustement des systèmes naturels ou humains en réponse à des stimuli climatiques présents ou futurs ou à leurs effets, afin d’en atténuer les effets néfastes ou d’en exploiter les avantages. Dans les systèmes naturels, l’intervention humaine peut faciliter l’ajustement aux changements climatiques attendus et à leurs effets ».

Cependant, force est de constater que l’adaptation au changement climatique fait plus l’objet de débats et de planification que d’actions concrètes sur le terrain. C’est le cas en Afrique, où les orientations pour l’élaboration de politiques et de plans d’adaptation pour les décideurs sont légion, mais où les études de cas portant sur une mise en œuvre effective sont extrêmement rares – et les enseignements tirés encore plus rares. De nombreux pays en développement ont conçu des plans d’action nationaux d’adaptation (PANA) et, plus récemment, des plans nationaux d’adapation (PNA), afin d’identifier les activités à mener en priorité pour répondre à leurs besoins urgents et immédiats en matière d’adaptation au changement climatique. Quelques pays se sont néanmoins donné les moyens de les mettre en œuvre. Cet état de fait  s’explique aussi par le manque de financements consacrés aux initiatives en faveur de l’adaptation.

Pour atténuer l’ampleur des effets prévus et de leurs répercussions sur les moyens de subsistance, il faut renforcer et appuyer la mise en œuvre des mesures d’adaptation à plusieurs niveaux, depuis les ménages jusqu’aux niveaux national et régional. Au nombre de ces mesures, on peut citer :

·  la conception de systèmes d’alerte précoce, pour anticiper la survenue de phénomènes climatiques extrêmes comme les inondations, les sécheresses ou les incendies, et préparer les populations à faire face à leurs effets ;

·  l’amélioration de l’irrigation, l’augmentation des capacités de stockage de l’eau, la reforestation,  l’exploitation plus durable des ressources en eau souterraine, l’étude des possibilités de désalinisation de l’eau de mer, la collecte et le stockage des eaux de pluie en vue d’assurer un accès plus fiable et durable à l’eau pour les besoins humains et agricoles ;

·  des politiques/mesures de protection des infrastructures au niveau des villes, pour parer à la menace des phénomènes météorologiques extrêmes, comme des remparts de cordon littoral, des digues, des brise-lames et toute autre solution d’aménagement des zones côtières ; mais aussi le stockage de denrées alimentaires et, dans une certaine mesure, une agriculture en milieu urbain pour garantir la sécurité alimentaire, et l’amélioration des installations sanitaires grâce à de meilleures conceptions et technologies d’évacuation, à même d’atténuer les risques de maladies hydriques.

Les ressources disponibles pour soutenir la capacité de l’Afrique à faire face aux répercussions et aux dégâts sont nettement inférieures aux besoins. À ce jour, de 1 à 2 milliards de dollars EU iraient à l’adaptation en Afrique, selon les estimations ; or les coûts estimatifs de l’adaptation pour le continent devraient osciller entre 7 et 15 milliards de dollars EU par an à l’horizon 2030 (PNUE, 2015).

Intensifier l’appui international aux pays africains est donc vital. Sur ce point, l’engagement du Fonds vert pour le climat (FVC) à répartir les fonds à parts égales entre l’adaptation et l’atténuation est le fait nouveau le plus positif. En outre, au moins 50 % du montant alloué à l’adaptation sera consacré aux pays les moins avancés, aux petits États insulaires et aux pays africains. À ce jour, quelque 10 milliards de dollars EU ont été mobilisés.

La Banque offre son appui à des initiatives de développement visant à renforcer la résilience et l’adaptation au changement climatique. En 2014, 756 millions de dollars EU de financements climatiques ont été consacrés à des activités d’adaptation (Rapport conjoint des BMD, 2014).


Commentaires

Abdessalam KLEICHE - France 17/12/2015 00:07
Bonjour,

L'accord de Paris va certainement accélérer la prise de conscience sur le continent africain. Jamais la société civile n'a été aussi mobilisée.
Dans le cadre du programme de la BAD, il faut également impliquer les membres de la Diaspora africaine de par le monde et notamment en Europe.
Notre centre européen y contribue en menant une campagne de sensibilisation au changement climatique auprès des ressortissants africains installés en Europe sachant qu'ils contribuent largement au financement du développement durable de leurs pays d'origine.

Abdessalam KLEICHE
Président du
EU-SUDAN CENTER FOR PEACE STUDIES IN HORN OF AFRICA
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