Autonomiser les femmes africaines pour lutter efficacement contre le changement climatique

08mars2016
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Par Davinah Milenge Uwella

En décembre 2015, lors du Sommet mondial sur le climat qui s’est tenu à Paris et a marqué un tournant décisif, le président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina, a présenté avec éloquence ses nouveaux programmes phares. Au nombre de ceux-ci, figure un fonds catalytique de 300 millions de dollars EU, destiné à soutenir les femmes entrepreneures.

Lors de cette présentation qui a fait l’objet d’une table ronde, la présidente de la Commission de l’Union africaine, Nkosazana Dlamini Zuma, a salué l’initiative, mais a vite fait de lui prodiguer un conseil: ne pas utiliser ces fonds pour procurer aux femmes des outils agricoles rudimentaires comme des houes. Ce conseil de Nkosazana Zuma incarne, du moins en Afrique, ce sur quoi porte la lutte contre le changement climatique. Car, comme elle l’a souligné dans son intervention, un aspect crucial de la transformation climatique ne saurait être ignoré : il faut renforcer le pouvoir d’action des femmes – autrement dit les autonomiser –, en leur offrant  un accès au financement, aux compétences et aux technologies.

L’accès des femmes au financement est capital dans la lutte contre le changement climatique. En effet, les femmes représentent 90 % des populations pauvres de la planète et il est de notoriété publique que le changement climatique affecte de manière disproportionnée les plus démunis. Les inondations, les sécheresses, la dégradation des terres, les déplacements de populations sont autant de facteurs qui ont des effets extrêmement négatifs sur les moyens de subsistance des pauvres, autrement plus importants  que leurs incidences sur les riches, en les acculant au plus grand dénuement. Dans de nombreux pays en développement, les femmes – en particulier les femmes démunies en milieu rural – sont dépendent pour leur subsistance des ressources naturelles, lesquelles sont menacées par le changement climatique. L’accès au financement abat de nombreux obstacles, comme l’accès à des terres agricoles moins fragiles, à de meilleurs filets de sécurité, aux énergies propres pour l’éclairage et la cuisine, une mobilité facilitée en cas de catastrophes naturelles, ou la possibilité de trouver des moyens de subsistance alternatifs comme un emploi non-agricole.

Appartenant au siècle dernier, les outils agricoles rudimentaires comme la houe n’ont plus leur place à l’ère de la numérisation et de l’efficacité des ressources. L’Afrique ne saurait bâtir des économies à faibles émissions de CO2 et résilientes au changement climatique sur fond de technologies et de politiques rudimentaires. L’information, c’est le pouvoir. Face au changement climatique, cela signifie que les agriculteurs en milieu rural ( pour beaucoup des femmes probablement) doivent être en mesure de recevoir des informations d’alerte précoce sur les conditions météorologiques qui leur permettent de prendre des décisions avisées quant aux semences, aux périodes de semis et de récolte, aux risques, aux marchés, etc. Grâce aux technologies comme la téléphonie mobile, l’Afrique s’est révélée capable de faire un pas de géant dans l’ère de la numérisation, qui minimise les risques et réduit le coût des activités commerciales. Les femmes africaines ont démontré qu’elles ont le potentiel pour soutenir la concurrence dans cet environnement de travail numérique – Mfarm, AppsTech, Jua Kali, Nandimobile, Hehe Ltd, Obami, DotNxt sont quelques-unes de ces startups africaines de haute technologie dirigées par des femmes et répertoriées par le magazine Forbes. Avec le capital approprié, ces startups pourraient se développer de sorte de générer des technologies spécifiquement africaines qui permettraient aux pays du continent de tenir les engagements en matière de Contributions prévues déterminées au niveau national (CPDN) qu’ils ont pris à Paris pour parvenir à réduire la hausse de la température à la surface de la Terre en deçà des deux degrés Celsius. Imaginez l’importance de ces contributions si l’on donnait aux femmes (la moitié de la population mondiale) les moyens de travailler en respectant l’environnement.

Lié au défi technologique, se pose le défi relatif aux compétences. Être doté du bon éventail de compétences est capital pour sortir les femmes rurales de la pauvreté et gérer, à terme, la problématique du changement climatique. L’Afrique a négocié d’arrache-pied pour que « les pertes et dommages » soient reconnus dans l’Accord de Paris. L’exploit est appréciable, mais cela ne servira à rien si les victimes des pertes (pour la plupart des femmes, là encore) ne sont pas armées pour faire face au changement climatique. Procéder à des transferts de technologies ne suffit pas, si les communautés ciblées ne sont pas dotées des compétences pour les utiliser. À l’instar de Zuma, un représentant gouvernemental africain a fait un commentaire similaire sans faux-fuyant sur les emplois verts : « le nettoyage des panneaux solaires ne doit pas être considéré comme un transfert d’emplois verts vers l’Afrique ». Avec les investissements adéquats en leur faveur dans l’enseignement supérieur, les femmes sont tout aussi capables de concevoir des technologies et d’utiliser celles qui répondent le mieux aux besoins de leurs communautés. En outre, du fait de leur symbiose avec la nature, les femmes en milieu rural possèdent des connaissances autochtones qui leur permettraient d’adapter pleinement les technologies à leurs communautés.

Mais, seules, les compétences ne mènent pas loin, sans autonomisation en matière de prise de décisions et de la propriété. Tant qu’on ne donnera pas aux populations démunies (dont le nombre peut doubler d’ici le milieu du siècle) les moyens de posséder leurs outils de production, de prendre leurs décisions quant à leurs moyens de subsistance et de disposer des bonnes compétences, les progrès dans la lutte contre le changement climatique seront bien maigres.

Outre le fonds de 300 millions de dollars EU dénommé « Action positive de financement en faveur des femmes en Afrique », la Banque africaine de développement s’efforce d’être un précurseur en matière d’égalité entre les sexes. L’envoyée spéciale de la Banque sur les questions de genre fait office de chef de file pour ce qui est de la problématique de l’égalité des sexes. La Stratégie du genre 2014-2018 de la Banque esquisse un programme de transformation, qui inclue des outils d’analyse ciblés pour intégrer le genre dans toutes les opérations de la Banque. Des initiatives de qualité en ont découlé. Au Niger, par exemple, 457 000 femmes ont bénéficié du Programme pilote sur la résilience aux changements climatiques, qui fournit aux agriculteurs des informations sur le climat et des kits de protection sociale. Au Kenya, le Projet d’énergie géothermique de Menengai comporte des indicateurs de base qui génèrent des données ventilées en fonction du sexe pour évaluer l’impact du projet sur l’amélioration de l’accès à l’électricité de la population cible.

Les faits démontrent que ne pas donner aux femmes d’outils rudimentaires comme la houe esty véritablement bénéfique. Selon les calculs de l’Institut McKinsey, offrir aux femmes les mêmes possibilités qu’aux hommes enrichirait la croissance mondiale de 12 000 milliards de dollars EU. Mais, pour ce faire, l’on doit abandonner le schéma de pensée focalisé sur de modestes outils agricoles ! Le président de la Banque a assuré à Nkosazana Zuma que la Banque ne s’engagerait pas dans de telles approches rudimentaires dans son nouvel agenda de transformation de l’Afrique, décliné en 5 grandes priorités : éclairer et électrifier l'Afrique ; la nourrir ; l'industrialiser ; l'intégrer ; et améliorer la qualité de vie des Africains. 


Commentaires

KIMANWA ADOLPHE LUMUNA - Congo 08/08/2016 20:00
Actually, the climate change is due to the use wood for cooking and agriultural reason. Increasing the awarness of women on the use of wood, wood charcoal and cuting trees bad impacts on climate change will make an awesome contribution to the worlwide fightiing tto prevent the earth warming and destruction of ecosystems and biodiversities.
Ephraim Senkondo - Tanzania 04/08/2016 10:06
Indeed women are the most important human resource in Rural Africa. as a result they directly get the impacts of Climate change in their daily chores. They cultivate,fetch water care for the family food etc. If you empower them your empowering the whole family. Let us target them
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