L'État développementaliste en Afrique : faire du neuf avec du vieux ?

02avril2015
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par Steve Kayizzi-Mugerwa

Le Gouvernement ivoirien, avec le soutien du Programme des Nations Unies pour le développement, de la Banque africaine de développement et de la Banque mondiale, a organisé, du 18 au 20 mars 2015 à Abidjan, une Conférence internationale sur l'Afrique émergente qui a attiré de nombreux participants. Les débats  ont porté sur le thème de l'État développementaliste et du rôle qu'il joue dans l'émergence de l'Afrique.

Du point de vue du président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, et du président du Sénégal, Macky Sall, qui ont donné le coup d'envoi de la conférence, certes les pays sont en pleine émergence, mais ils ont avant tout besoin du soutien actif de l'État pour créer un environnement favorable à la croissance, y compris l'encouragement de partenariats entre le secteur public et le secteur privé. Le Gouvernement ivoirien a évoqué son nouveau pont Henri Konan Bédié qui enjambe la lagune, et qui est administré par le biais d'un partenariat entre le secteur public et le secteur privé. C'est un bon exemple de ce qu'un gouvernement déterminé et volontariste est capable d'accomplir dans de brefs délais.

Le discours sur le développement de l'Afrique tend parfois à tourner en rond du fait de la résurgence d'idées du passé en tant que nouvelle perspective du moment. Le retour de la planification nationale du développement en est un bon exemple, faisant partie intégrante de la politique et de la gestion économiques, complétée par des « visions » nationales. La planification a été pratiquement abandonnée au cours de la période d'ajustement structurel. En réalité, les plans nationaux de développement ont été systématiquement ridiculisés par la communauté internationale et présentés comme des « œuvres de fiction ». Mais la planification est à nouveau au goût du jour partout en Afrique, même au niveau continental, avec l'adoption début 2014 de l'Agenda 2063, une ébauche du développement de l'Afrique pour les 50 prochaines années, lors du Sommet des Chefs d'État et de Gouvernement d'Afrique qui s'est déroulé à Addis-Abeba.

Un autre phénomène qui ressurgit et qui est lié au premier est le débat actuel sur le rôle de l'État dans le développement. Au début des années 1960, les dirigeants de l'après-indépendance avaient une grande foi dans le pouvoir de l'État et sa capacité à éliminer « la pauvreté, l'ignorance et les maladies ». Les dirigeants des quatre coins de l'Afrique ont tenté de surmonter les contraintes en adoptant des approches radicales en matière de gouvernance, généralement assimilées, souvent à tort, à une forme de socialisme africain. Nous avions le concept d’Ujamaa de Julius Nyerere, le Consciencisme de Kwame Nkrumah, l’Humanisme de Kenneth Kaunda, la Charte de l'homme ordinaire de Milton Obote et le Document parlementaire n° 10 sur le socialisme africain au Kenya, etc. Ces documents considéraient l'État comme le principal moteur du développement. Pour reprendre les mots célèbres de Kwame Nkrumah : « Cherchez d'abord le royaume politique ». Pendant plusieurs décennies, les idées nées de ces initiatives, y compris l'accent placé sur le contrôle des hautes sphères de l'économie par l'État, qui a entraîné la création d'un grand nombre de sociétés publiques (et défaillantes) (associations paraétatiques), se sont heurtés à la « nouvelle » pensée selon laquelle les États ne devraient se consacrer qu'à des domaines comme le maintien de la paix, la réglementation et la collecte des impôts, où ils disposaient d'un avantage comparatif, et laisser le reste au marché. 

Selon le nouveau contre-argument (qui en réalité n'est pas vraiment nouveau, mais qui a le vent en poupe depuis l'émergence récente de l'Afrique), les forces du marché seules ne peuvent pas « déclencher » le développement– elles ne planifient pas et ne « s’autocorrigent » pas. Dans l'histoire récente, la nécessité d'un soutien massif  des pouvoirs publics aux marchés financiers des deux côtés de l'Atlantique et en Asie a convaincu beaucoup de personnes que l'État a un vrai rôle à jouer dans l'économie– en particulier pour y rétablir l'équilibre. Toutefois, comme on le sait en Afrique, les États ont tendance à se transformer en géants politiques– à outrepasser leurs limites, et en faisant, en conséquence, plus de tort que de bien.

Mais au final, les étiquettes ne sont que des étiquettes, et la tâche réelle des dirigeants  africains consiste à éradiquer la pauvreté en transformant l'économie africaine. C'est là le sujet sur lequel les nouveaux États développementalistes de l'Afrique devraient se focaliser.


Commentaires

Yaya Ouattara KOUAME - Côte d’Ivoire 13/10/2015 14:31
Un article intéressant.

Aujourd’hui je voudrais comprendre que l'Afrique connaît les problèmes qui minent son développement, mais elle retarde à appliquer des actions et des orientations efficaces qui manque à sa relance économiques et à son développement. L'autocorrection est nécessaire. Oui, nous avons besoin des systèmes qui puissent convertir les habitudes, les attitudes, les façons de penser et d’être de nos concitoyens pour amorcer réellement le train du développement sans retour à la case de départ.
L'Afrique a hérité de l'éducation brute d'hier. Aujourd'hui elle a besoin plus que jamais à une Education et une Formation qui révèlent sa potentialité, qui éveillent toutes les talents et la dignité de l'homme au sein du capital Humain du continent.
Le développement inclusive du Capital Humain africain devrait monter au premier rang des priorités de nos gouvernement.
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