Le programme de développement du G20 prend de l’élan sous la présidence turque

03mars2015
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par Steve Kayizzi-Mugerwa, Zuzana Brixiova et Basil Jones

Il est parfois affirmé, non sans désobligeance, que le G20, malgré les presque quinze ans de son existence, est un mouvement encore à la recherche d’une cause, et ce d’autant plus que le souvenir de la contribution de ce groupe de pays à la résolution de la crise financière mondiale s’estompe progressivement. On continue à soutenir que le G20 constitue avant tout un moyen pour les puissances moyennes d’exercer un certain degré d’influence sur le plan mondial pendant la durée de l’attention annuelle qui leur est accordée lors de leur présidence. Au cours des dernières années, on a vu le Mexique, la Russie, l’Australie et la Turquie prendre les rênes de cette organisation disparate. Étant donné que l’Afrique du Sud est le seul pays d’Afrique à adhérer au G20, de nombreux Africains ont le sentiment que la voix du continent dans ce contexte est marginalisée et faible. Mais grâce aux efforts de leaders comme le regretté Meles Zenawi, la voix de l’Afrique en est venue à être mieux entendue. Plusieurs pays d’Afrique ont été invités à des réunions spécifiques, et la Banque africaine de développement participe régulièrement au Groupe de travail sur le développement du G20.
Mais la présidence turque du Groupe en 2015 a suscité un regain d’intérêt pour les prestations à attendre de cet assemblage d’États quant à la contribution qu’elle est susceptible d’apporter à un programme de développement mondial à la fois riche et en pleine évolution. En effet, en juillet 2015 se tiendra à Addis Abeba la Troisième conférence internationale sur le financement du développement. Puis, en septembre aura lieu le Sommet des Nations Unies appelé à adopter les Objectifs du développement durable. Enfin, au mois de décembre, le tout sera couronné par la Conférence mondiale sur le climat à Paris. Il n’est donc pas surprenant que la Turquie ait placé le développement, particulièrement dans les pays à faible revenu, en tête de l’ordre du jour de sa présidence du G20.
La Turquie entend adopter une approche globale à l’égard du développement au cours de sa présidence, et elle abordera des questions telles que l’accès à l’énergie, l’essor des petites et moyennes entreprises et leurs rapports avec les chaînes de valeur mondiales, l’enrichissement des produits extractifs et le financement des PME. La place du secteur privé dans le cadre du développement, et notamment la culture de l’entreprise inclusive valorisant le rôle des femmes, constituera également un thème d’importance.
Les cinq priorités du Groupe de travail sur le développement du G20 couvrent de nombreux enjeux bien connus, mais avec de fortes nuances :

  • les infrastructures (accent sur l’environnement des investissements et sur la préparation de projets) ;
  • L’inclusion financière (accent sur la jeunesse, le financement des PME, les femmes, les pays à faible revenu) ;
  • La mobilisation de ressources domestiques (échanges d’informations, politiques et capacités fiscales) ;
  • La sécurité alimentaire et la nutrition (promotion de l’amélioration des infrastructures agricoles, relèvement du capital humain des petites exploitations agricoles, réduction des pertes d’aliments) et
  • Le développement des ressources humaines (y compris leur rapport à l’emploi).

Ces priorités s’accordent bien avec la Stratégie décennale de la Banque africaine de développement et se situent dans l’axe des Objectifs de développement durable proposés. Combler les lacunes infrastructurelles constitue une priorité de la Banque, et son expérience de la mise en œuvre du Programme pour le développement des infrastructures en Afrique à l’échelle continentale offrira des exemples utiles à d’autres agences et pays. L’accent mis sur l’agriculture par la nouvelle présidence du G20 va aussi dans le sens des préoccupations de la Banque. La présidence turque et la Banque partagent le souci de stimuler la productivité des petites exploitations agricoles et leur intégration dans des marchés plus étendus. Par ailleurs, la Banque considère que l’inclusion de la dimension du genre au niveau des concours financiers constitue un moyen clé pour la réalisation de son programme de développement. Elle estime que le recours à la technologie et à des efforts ciblés de développement humain peut activer la croissance économique et l’égalité entre les sexes. Ainsi, à travers sa participation au Groupe de travail sur le développement du G20, la Banque a trouvé un moyen efficace pour dialoguer avec des interlocuteurs mondiaux et pour faire connaître de nouvelles approches, notamment en ce qui concerne les indicateurs et les mesures du progrès.


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