L’Intégration de la main-d’œuvre africaine

28oct.2013
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Nous avons tous vu des reportages consacrés aux travailleurs africains non qualifiés et aux migrants économiques qui cherchent désespérément à se rendre en Europe, à bord de navires surchargés et dangereux, risquant de perdre la vie dans leur quête d’une vie meilleure. Nous avons aussi lu des articles décrivant les importants flux de migrations clandestines (auxquelles participent des commerçants et des professionnels très qualifiés) observés sur le continent africain, dont le coût humain et social est très élevé. Les motifs de ces migrations illégales et massives ne sont pas nouveaux. L’instabilité politique et la détérioration de la situation socio-économique alimentent l’aspiration pressante de nombreux jeunes et travailleurs africains à des revenus plus élevés ou à des conditions de vie décentes, à l’étranger ou même sur un autre continent. Mais l’intégration régionale pourrait-elle constituer une stratégie pour résoudre les problèmes persistants et croissants que posent ces migrations ? Nous pensons en effet qu’une intégration renforcée et des stratégies migratoires régionales cohérentes peuvent contribuer à faciliter la libre circulation de la main-d’œuvre en Afrique et à relever les défis du chômage et de la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, surtout parmi les jeunes. 

Les chiffres relatifs aux émigrants africains, qu’ils soient qualifiés ou non, qu’ils migrent sur le continent ou qu’ils quittent l’Afrique pour des pays de l’OCDE, sont saisissants. D’après les estimations de l’Organisation internationale du travail (OIT), en Afrique, les travailleurs migrants représentent près de trois % de la population adulte. Environ 50 à 80 % des ménages ruraux d’Afrique comptent au moins un membre migrant. En outre, d’après l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), la majorité des 15 000 migrants et demandeurs d’asile qui ont gagné les côtes de l’Italie et de Malte en 2012 provenaient de pays d’Afrique. L’OCDE a découvert que 21 des 40 pays les plus concernés par le problème de la « fuite des cerveaux » sont africains. Et bien que seulement 10 % environ des immigrants très instruits vivant dans des pays de l’OCDE soient africains, ce nombre est significatif, car les pays africains comptent relativement peu de citoyens d’un niveau d’instruction élevée (notamment des médecins, des infirmiers, des enseignants, des ingénieurs). De plus, il convient de souligner que ces chiffres relatifs aux migrations ne comprennent pas le nombre croissant de migrants clandestins ou sans-papiers qui franchissent les frontières au sein même de l’Afrique.

Le manque d’opportunités d’emploi décentes, la dégradation des conditions économiques et la très grande instabilité de la situation politique contribuent à l’augmentation des flux migratoires sur le continent africain. Et pourtant, de nombreux pays africains se battent pour renforcer leur croissance économique, stabiliser leur situation politique, ou relever les défis de leur développement. Les efforts d’intégration régionale visent à aider les pays africains à relever quelques-uns des défis économiques et de développement auxquels ils font face (par ex. la petite taille des marchés domestiques, la faiblesse des structures productives, la lenteur des progrès accomplis dans la mise en œuvre des réformes, la lenteur de la croissance économique, ainsi que les conflits de grande envergure et l’instabilité politique) en leur permettant de tirer profit des économies d’échelle, d’une plus vive concurrence, et d’un accroissement des investissements nationaux et étrangers. Toutefois, l’intégration régionale par la libre circulation des capitaux, les échanges commerciaux intra régionaux et les stratégies de développement ne peut réussir si la libre circulation des personnes et de la main-d’œuvre n’est pas assurée.

Depuis leur création, la plupart des communautés économiques régionales (CER) d’Afrique ont fixé des objectifs et promulgué des protocoles visant à faciliter la libre circulation des personnes au-delà des frontières nationales. Des progrès significatifs ont été réalisés par quelques CER, telles que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE). Par exemple, les passeports de la CEDEAO ont remplacé les passeports nationaux, et les citoyens de la Communauté ont le droit d’entrée, de séjour et d’installation dans tous ses États membres. D’autres CER, par contre, comme la Communauté de développement de l’Afrique australe (CDAA) et le Marché commun de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe (COMESA), n'ont pas réussi à pleinement mettre en œuvre leurs politiques régionales de migration, certains de leurs membres refusant de supprimer les exigences en matière de visa. En fait, certains États membres ont rechigné à adopter une politique de frontières ouvertes aux citoyens de leur communauté en raison des risques liés au renforcement de la liberté de circulation, comme la traite des êtres humains, le crime organisé et le terrorisme, et à l’augmentation de la main-d’œuvre non qualifiée, qui pourrait avoir un impact négatif sur la sécurité, la stabilité et l’économie du pays hôte. Un autre facteur expliquant les restrictions à la libre circulation des personnes est le coût engendré par la mise en œuvre des politiques migratoires, par ex. le coût élevé de la réforme de la gestion et des protocoles frontaliers, et la perte des revenus générés par les visas et les droits de douane.

Si les pays africains veulent opérer la transformation structurelle et l’intégration régionale, les travailleurs et les talents africains doivent être à même de considérer les opportunités d’emploi et d’envisager le transfert de compétences entre des industries différentes et entre plusieurs pays. La libre circulation de la main-d’œuvre au sein des communautés économiques et entre les groupements régionaux ne favorisera pas seulement la mobilité des personnes dans leur région, mais elle encouragera aussi les échanges commerciaux, la création d’emplois et de nouvelles entreprises. La fuite des cerveaux que connaissent de nombreux pays africains pourrait se transformer en un transfert transfrontalier de talents. Un infirmier ou une infirmière sans emploi au Ghana pourrait gagner sa vie décemment au Libéria tout en contribuant à de meilleurs services de santé dans le pays hôte. Un jeune diplômé d’une école technique en Tunisie pourrait trouver un emploi décent dans l’industrie de la plomberie en Afrique du Sud et contribuer à répondre aux besoins en main-d’œuvre de ce pays. Dans un certain sens, la libre circulation des personnes et de la main-d’œuvre crée également des débouchés pour la jeunesse africaine, qui est aujourd’hui au cœur des initiatives récentes et des débats de politique portant sur l’Afrique.


Commentaires

Binta - Nigeria 12/10/2016 10:53
This is a good report but i want to correct the mistake you made. ECOWAS stands for Economic 'Community' of West African States. its not a commission.
Fabien FARGNIER - France 10/11/2015 11:37
Il serait également intéressant de calculer le retour surinvestissement que pourraient mettre les états africains dans des projets privés ou semi privés développant de la plus value sur des populations cibles en grande précarité. En France qu'en l'État français investit un euro dans ce type de structure cela lui rapporte environ le double.
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