Financer le commerce en Afrique

09avril2015
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Par Steve Kayizzi-Mugerwa, Issa Faye et Ousman Gajigo

Le financement du commerce est essentiel pour le commerce international. Cette intermédiation financière aide les entreprises à gérer les risques inhérents aux transactions internationales, à améliorer leurs liquidités et leur permet de réaliser des investissements optimaux pour renforcer leur croissance. En 2013, la Banque africaine de développement (BAD) a approuvé un programme de financement du commerce de 1 milliard de dollars EU, pour fournir un financement aux institutions financières et aux entreprises défavorisées qui sont basées en Afrique. En dehors du fait que les besoins en financements doivent être pressants, beaucoup d'informations nous échappent concernant le marché du financement du commerce en Afrique du fait de l'insuffisance des données disponibles. Ceci comprend la taille du marché, les variations entre les sous-régions, l'étendue des lacunes en financements, le financement du commerce consacré au commerce intra-africain, l'importance relative des financements figurant au bilan par rapport aux financements figurant hors bilan et les contraintes auxquelles les banques sont confrontées.

Un récent rapport de la BAD sur le marché du financement du commerce en Afrique entend combler ce manque d'informations. Il s'appuie sur une étude des activités de financement du commerce menées par les banques commerciales en Afrique en 2011 et 2012. Notre enquête par questionnaire a été envoyée à 900 banques environ sur le continent. Elle a reçu un taux de réponse élevé, ce qui a permis d'obtenir un ensemble de données couvrant 276 banques issues de 45 pays. 

Selon le rapport, la valeur des financements commerciaux obtenus par l'intermédiaire d'une banque oscille entre 330 et 350 milliards de dollars EU, et près de 93 % des banques disposent d'actifs de financement du commerce. Ceci représente environ un tiers de la totalité des échanges commerciaux en Afrique. Le marché n'est pas réparti de manière homogène entre les sous-régions, la moyenne des actifs de financement du commerce par banque en Afrique du Nord étant largement supérieure à ceux des autres sous-régions. La part de financements commerciaux obtenus par l'intermédiaire d'une banque et consacrée au commerce intra-africain est limitée : elle ne représente que 18 % environ (68 milliards de dollars EU) du total des actifs de financement du commerce des banques africaines. Toutefois, il convient de noter que le commerce intra-africain représente 11 % (soit 110 milliards de dollars EU) de la valeur totale des échanges commerciaux en Afrique. Compte tenu des taux estimés de rejet des demandes de financements commerciaux recensés pendant l'enquête, une estimation prudente de la valeur de la demande non satisfaite de financement commercial par l'intermédiaire des banques l'établit autour de 110 à 120 milliards de dollars EU – soit nettement plus que les estimations précédentes, qui l’évaluaient à 25 milliards de dollars EU environ. Ces chiffres démontrent que l'offre disponible sur le marché est loin de répondre aux besoins.

Les banques africaines font face à un grand nombre de contraintes pour répondre à la demande de financement commercial. À lire le rapport de la BAD, la disponibilité réduite des dollars américains (de loin la devise dominant le commerce international et, partant, le financement du commerce) et les limites insuffisantes des banques qui confirment les lettres de crédit constituent les principales contraintes. Entre autres obstacles, figure également la faiblesse de leurs bilans – qui tendent bien souvent à exacerber la nature contraignante des limites par débiteur. Ces contraintes indiquent également que le programme de financement du commerce de la BAD et ceux que d’autres  institutions financières internationales ont mis en œuvre sont nécessaires et se révèlent idoines pour assouplir les contraintes majeures.  

Pour finir, le rapport indique que les perspectives des banques en matière de financement du commerce restent positives : 72 % d'entre elles prévoient d'augmenter leurs activités de financement du commerce à brève échéance. Toutefois, les banques anticipent certains obstacles à la croissance de leur portefeuille de financement du commerce, comme l'insuffisance de liquidités en dollars américains, le respect des dispositions réglementaires, la faiblesse de la croissance économique et l'incapacité à évaluer la solvabilité des emprunteurs potentiels.


Commentaires

Samson Kasuka - Zambia 14/03/2016 16:33
Fantastic take Steve, Issa & Ousman. This piece indicate gives the very much needed flavor in the Trade Finance space from a macro perspective. The outlook is indeed encouraging but more work needs to be done to ensure a that Africa's Trade Finance is boosted significantly. Bridging the information gap should not be lost on us as one of the key challenges we face with ensuring a healthy intra-Africa trade system. Our folks lack the transactional understanding of how Trade Finance works and how it can improve their businesses especially in the area of import and export. Extended platforms need to be established to support and sensitize on initiatives such as the AfDB Trade Finance program especially in low-tier local(i.e. African owned) companies. The game changer, however, still remains , unfortunately, unattractive credit profiles. This is probably the no.1 basis for trade deal rejections across Africa. It can surely get better.
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