À quand l’arrivée des investisseurs japonais ? Entretien avec l’Association japonaise des dirigeants d’entreprise

26mars2015
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par Steve Kayizzi-Mugerwa

Au cours de la soirée du 16 mars 2015, en marge de l’Africa CEO Forum qui se tenait à Genève, j’ai eu une conversation fort édifiante avec une délégation d’hommes d’affaires japonais. Ensemble et entourés de leurs associés, ils représentaient les marques les plus prestigieuses de ce pays industrieux – le géant commercial Marubeni, Toyota, Nippon Signal, Daiwa Institute of Research, Green Earth Institute et Ernst & Young ShinNihon. La délégation était également accompagnée du chef du bureau de représentation extérieure de la BAD en Asie, Masayuki Tamagawa.

C’est la première fois qu’une délégation japonaise aussi nombreuse (14 personnes au total) participait à l’Africa CEO Forum. Tous y venaient avec le souhait d’en apprendre le plus possible sur les opportunités d’affaires en Afrique, continent qu’ils méconnaissent aux plans économique et commercial. En affaires, le Japon a traditionnellement privilégié ses liens avec l’Occident et les pays qui lui sont proches géographiquement, notamment les membres de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est).

Les membres de la délégation japonaise avaient demandé à s’entretenir avec des officiels de la Banque, en l’occurrence l’économiste en chef en exercice et Joel Kibazo, le directeur de la communication, pour s’entretenir d’une longue liste de questions sur l’Afrique. Mais la question récurrente, qui n’a cessé de revenir au cours de la soirée, a été celle de savoir si l’Afrique était vraiment véritablement le lieu où investir, ce que semblent dire par bon nombre d’hommes d’affaires à travers le monde (nos interlocuteurs s’étaient rendu à Paris avant de venir à Genève). Ils avaient une myriade de questions : quid du long passé d’économies dysfonctionnelles en Afrique ? Quid de la violence politique et des guerres civiles interminables ? De la corruption, omniprésente ? De la pauvreté – existe-t-il un véritable pouvoir d’achat ? Nos interlocuteurs ont également souligné combien le marché africain leur paraissait extrêmement fragmenté et que des efforts s’imposaient pour renforcer l’intégration régionale.

Impassible, je leur ai répondu que tous ces enjeux donnaient indéniablement à réfléchir, en particulier pour la Banque, mais qu’ils appartenaient pour l’essentiel au passé. L’Afrique actuelle n’offre pas un tableau parfait, leur ai-je dit, mais elle n’a rien à voir avec ce qu’elle était une dizaine d’années plus tôt. De nombreux pays et de quantité d’entreprises de par le monde s’en sont rendu compte et guettent aujourd’hui en Afrique de nouvelles opportunités et de nouvelles perspectives de diversification. J’ai rappelé que, grâce à ces dix dernières années de croissance rapide en Afrique, les populations sont un peu plus riches, la demande en biens de consommation de base a augmenté, et les infrastructures et services sociaux se sont améliorés. De plus, le processus d’intégration se renforce de jour en jour – ce, à la faveur des activités transfrontalières du secteur privé, qui fait beaucoup plus pour l’intégration de l’Afrique que le secteur public par le passé. L’élargissement des marchés a eu a stimulé les économies africaines, tout en en limitant les effets négatifs. Je leur en ai donné des exemples, provenant d’Afrique de l’Est et d’Afrique de l’Ouest.

Les domaines dans lesquels des entreprises japonaises pourraient s’ouvrir des créneaux sont nombreux : les industries lourdes, sociétés de négoce et établissements financiers, entreprises dans les TIC, production d’électricité, construction d’infrastructures urbaines, usines pour la production d’équipements de base, industrie médicale, systèmes informatiques et de technologies de l’information, tourisme et loisirs... Mais les Japonais pourraient aussi jouer un rôle dans l’amélioration de l’enseignement technique en Afrique. Le Japon a mis en place un programme qui attire chaque année 200 étudiants africains dans des universités japonaises. J’ai suggéré que le Japon pourrait envoyer des experts auprès des universités africaines, notamment dans les domaines des technologies et de la biologique. Pour que l’Afrique puisse attirer de nouvelles industries et une production de pointe il faut renforcer les capacités de la recherche en biotechnologies – ce qui est possible, mais à condition que des investissements et une planification de qualité soient opérés.

Enfin, la délégation désirait savoir quelles étaient les attentes des gouvernements africains et des entreprises locales vis-à-vis des sociétés japonaises. La question est ardue, mais j’ai pu aisément y répondre sous la forme d’une autre question : « Quand les Japonais vont-ils venir ? » De nombreuses entreprises asiatiques, européennes et américaines sont à la recherche d’opportunités sur le continent, ai-je argué. Oui, elles s’interrogent toutes sur les risques, les insuffisances des infrastructures et l’inefficacité des bureaucraties ; mais elles viennent quand même. Les entreprises japonaises doivent se familiariser davantage avec le continent, elles peuvent entreprendre des missions de reconnaissance intelligentes et apprendre autant que possible sur l’Afrique en tant que destination d’affaires.

Arrivés chez nous, les Japonais commenceront même à se sentir comme chez eux, en voyant sur les routes africaines ces millions de véhicules (certes un peu anciens et souvent surchargés) fabriqués au Japon.

Catégories: Steve Kayizzi-Mugerwa


Commentaires

Freda S. - 26/10/2016 15:57
Asian, European and American companies are looking for opportunities to exploit the continent when only these companies benefit and not the continent.
Miguel A. Guzman Rivera - Puerto Rico 21/02/2016 17:15
Un saludo respetuoso;
Los problemas del cambio climatologico exigen una preparación preventiva de sobre vivencia. Esto me ha dado una motivicion para idealizar un proyecto exclusivo para personas de alto nivel económico que puedan asegurar su sobre vivencia en caso de que este peligro amenace la vida de los seres humanos de manera extrema. Por favor si tienen a alguien que hable español y les interesa este asunto contácteme. El presidente Obama en breves palabras lo advirtió cuando dijo en la cumbre sobre este tema; "Somos la ultima generación que puede hacer algo en contra del calentamiento global"
Agradecido por la atención que le presten a este asunto espero su respuesta.
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