Libérer le potentiel du secteur touristique en Afrique pour améliorer les chaînes de valeur

27sept.2016
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Par Memory Dube

La Journée mondiale du tourisme  a été célébrée, le mardi 27 septembre 2016, sous les auspices de l’Organisation mondiale du tourisme, institution des Nations Unies chargée de la promotion d’un tourisme responsable, durable et accessible à tous.  Cette journée a eu, cette année,  pour thème,  « Tourisme pour tous : Promouvoir l’accessibilité universelle ».

Le thème ne pouvait être mieux choisi, compte tenu des divers thèmes subsidiaires que recèle cette formule et de ce que cela signifie d’assurer concrètement l’accessibilité universelle du tourisme, et en particulier dans une perspective africaine. S’il s’agit naturellement d’amener les touristes vers le monde de l’attraction, il est également nécessaire de faire en sorte que les communautés locales participent à l’industrie du tourisme et lui apportent leur concours économique. Lorsque l’on se penche sur la chaîne de valeur du tourisme, on s’aperçoit que son potentiel et les possibilités qu’il englobe sont infinis, car il s’agit d’un secteur très dynamique. Toutefois, pour tirer parti de ce potentiel, il est nécessaire d’avoir bien conscience des effets d’entraînement économiques et d’être prêt à mettre en place les politiques ou les réformes nécessaires pour mettre à profit ces possibilités.

Le rapport Perspectives économiques en Afrique 2014 (BAD-OCDE-PNUD) observe que le tourisme figure parmi les trois secteurs de services en Afrique (avec les services d’intermédiation financière et aux entreprises ainsi que le commerce de détail – ayant conjointement des liens avec le tourisme) qui présentent un fort potentiel d’amélioration dans les chaînes de valeur régionales et mondiales. En plus de ce potentiel de croissance, le Conseil mondial du voyage et du tourisme indique que le tourisme en Afrique apporte déjà une contribution importante à l’économie du continent : en effet, le voyage et le tourisme représentent 8,1 % du PIB en 2015, soit 180 milliards de dollars US, produisant directement pendant cette même période 9 083 000 d’emplois, soit 3 % du total des emplois sur le continent. On a aussi avancé que la requalification de pays tels que le Botswana et le Cap-Vert de la catégorie des pays les moins avancés (PMA) à celle de pays en développement a été essentiellement facilitée par la croissance et le développement du secteur du tourisme.

En examinant l’importance économique du secteur du tourisme en Afrique, on peut effectivement observer qu’il s’agit d’un secteur à croissance rapide et généralement à forte intensité de main-d’œuvre, et qu’il offre de nombreuses opportunités d’emplois qualifiés et non qualifiés, en particulier pour les femmes et les jeunes. C’est aussi un secteur présentant de remarquables possibilités de liens avec d’autres secteurs d’activité, lesquelles, si elles sont mises à profit, peuvent favoriser la diversification d’autres secteurs de l’économie, tout en assurant un flux régulier de recettes tirées du tourisme, réduisant de la sorte les fuites dans le secteur. Le secteur du tourisme constitue un avantage pour les pays africains, en particulier si l’on considère l’abondance de ressources naturelles dont l’Afrique est dotée ainsi que la richesse de son patrimoine culturel. Ce patrimoine culturel crée des opportunités pour le développement des petites et moyennes entreprises (PME) dans les petites collectivités et les communautés rurales. Le développement de villes touristiques peut transformer des régions par ailleurs reculées et isolées en centres de commerce, pouvant être concurrentiels dans le secteur de l’industrie légère et grâce au développement du secteur des services connexes, offrant ainsi davantage d’opportunités aux communautés locales.

Les effets d’entraînement sectoriels dans la chaîne de valeur du tourisme sont très vastes et très divers, qu’ils soient directs ou indirects. La figure ci-dessous présente en détail les divers effets d’entraînement, et si l’on considère les effets les plus élémentaires et les plus directs, les avantages économiques tirés du développement du secteur du tourisme sont très clairs. Le développement de l’infrastructure des transports, les télécommunications, la finance et l’énergie sont d’une importance cruciale, car ces facteurs favorisent l’implantation de services de base pour tout secteur considéré, et sont tout à fait indispensables dans l’industrie du tourisme pour l’expansion des chaînes de valeur régionales et mondiales ainsi que pour la réduction des coûts d’accès aux destinations et aux services touristiques. Si l’on examine l’industrie du tourisme sous l’angle des capacités d’hébergement, les secteurs tels que la construction, l’industrie légère, l’agriculture et l’industrie agroalimentaire jouent un rôle considérable dans leur fonction de fournisseurs de cette industrie. Il convient d’ajouter à cette liste les services publics, l’industrie du divertissement, la production artistique et l’artisanat. Ce ne sont que quelques exemples des effets d’entraînement entre diverses industries. Il est tout à fait clair que le tourisme est une solution à portée de main lorsqu’il est question de croissance économique, de création d’emplois et d’amélioration du bien-être social, en particulier à un moment où l’Afrique est aux prises aux défis inhérents à l’industrialisation et à d’autres obstacles en matière de développement.

Un certain nombre de facteurs entravent l’accès à cette solution à portée de main, parmi lesquels nous soulignons les exemples suivants. Dans son rapport Doing Business 2016, la Banque mondiale a classé les économies subsahariennes en moyenne au 143e rang sur 189, une position qu’il convient d’améliorer. Dans le secteur du tourisme, un environnement d’affaires propice au développement joue un rôle catalyseur pour la participation à la chaîne de valeur et l’investissement. Un environnement économique difficile, ponctué par des coûts d’exploitation très élevés, est partiellement à l’origine des contraintes relatives qui pèsent sur un secteur africain du tourisme dirigé par les producteurs, ce secteur étant dominé par quelques grosses agences de voyages développées dans les pays concernés.

L’instabilité politique, conjuguée aux répercussions de l’agitation sur la région, constitue un autre défi. Même si des progrès notables ont été réalisés dans la région au cours des dernières années, ceux-ci demeurent fragiles. Le mauvais état des infrastructures et les limites de la connectivité sont une source de problèmes supplémentaires, en particulier lorsqu’il est question des secteurs de services de base. Liés à cette situation, les coûts élevés des transports routiers et aériens en Afrique, dus en grande partie à des restrictions du marché, sont tout particulièrement problématiques et, d’après les estimations, même une modeste ouverture des marchés pourrait se traduire par une augmentation de 25 % du nombre des vols. Le développement des TIC s’avère être une autre difficulté — l’accès aux technologies de l’information pourrait concourir à la bonne marche de fonctions et de services tels que le marketing, la distribution, les services professionnels ainsi que divers autres dispositifs logistiques que les prestataires de services africains pourraient mettre en place et qui sont actuellement dominés par des acteurs internationaux. Le rapport Perspectives économiques en Afrique 2014 indique qu’une proportion plus élevée de touristes se rendant en Afrique subsaharienne emploie des voyagistes d’autres régions du monde, en raison des complexités inhérentes à l’organisation des voyages en Afrique. La complexité des formalités d’obtention des visas, en plus de leur coût élevé, constitue un obstacle supplémentaire à la croissance de l’industrie du tourisme.

La résolution, entre autres, des difficultés mentionnées ci-dessus se traduira par le développement du secteur du tourisme et des industries connexes en Afrique. Toutefois, comme indiqué plus haut, une telle expansion dépend aussi dans une large mesure de l’exemple donné par les gouvernements pour développer ce secteur, en particulier du point de vue des politiques publiques mises en place. Il incombe aux gouvernements africains de trouver des solutions aux obstacles réglementaires entravant le développement du commerce des services dans leurs pays, notamment dans les secteurs clés du transport, des communications et des services aux entreprises. Ces services font partie intégrante du développement de chaînes de valeur du tourisme ainsi que de l’investissement dans le secteur.

Les restrictions au transport aérien, en particulier, sont une source de préoccupations. Les pays doivent mettre en œuvre la Décision de Yamoussoukro de 1999, qui avait pour objet de libéraliser le transport aérien en Afrique. La libéralisation de la circulation des personnes est un autre impératif de politique publique, en ce sens qu’elle facilite le déploiement des compétences de part et d’autre des frontières ainsi que les déplacements des touristes. Certains pays africains, tels que la Zambie et le Zimbabwe lorsqu’il est question des chutes Victoria, ont en commun une ressource naturelle qui est aussi une attraction touristique. On ne saurait trop insister sur l’importance de l’harmonisation des politiques. Les initiatives économiques régionales de l’Afrique sont un véhicule important pour la réalisation de l’harmonisation des politiques et des réglementations. L’investissement est un autre élément important et il appartient aux gouvernements d’élaborer des politiques et des stratégies attirant les investissements dans les activités et secteurs économiques appropriés, y compris le secteur du tourisme, mais également dans d’autres secteurs qui alimentent la croissance et le développement du tourisme.

En guise de conclusion, la plupart des interventions susmentionnées dans l’industrie du tourisme pourraient être considérées comme susceptibles de soutenir l’établissement de grandes entreprises qui pourraient à leur tour exercer une position dominante excessive dans le secteur. Promouvoir un tourisme durable et accessible à tous signifie également s’assurer que les bénéfices économiques ont un effet de percolation jusqu’aux communautés locales et que celles-ci sont impliquées dans le secteur du tourisme. Au Cap-Vert, par exemple, même si le tourisme a représenté 20 % du PIB en 2014 et a réussi à s’intégrer aux chaînes de valeur du tourisme mondial, on constate des disparités dans les effets d’entraînement, entre les hôtels du style complexe de villégiature et l’économie locale, ce qui limite les avantages pour la population locale. Par ailleurs, la Banque mondiale estime que d’ici à 2021, 75 % des voyageurs en Afrique subsaharienne seront originaires de l’Afrique. Pour faire en sorte que ces objectifs deviennent la réalité, il est nécessaire de développer le secteur du tourisme d’une manière qui soit structurée par les politiques et réglementations appropriées, avec au cœur des préoccupations l’amélioration du bien-être général des Africains.


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