Un voyage de 1000 lieues commence par le premier pas : quelle suite après la table ronde internationale sur la Guinée-Bissau ?

20avril2015
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par Yannis Arvanitis

Début février, j’affirmais, dans un post de blog sur la phase préparatoire de la table ronde internationale des bailleurs de fonds sur la Guinée-Bissau, que « toutes les parties savent que, pour avancer, il faut non seulement de l’argent, mais aussi une coordination serrée entre partenaires et le gouvernement, ainsi que l’assurance que les projets et programmes prévus sont cohérents et complémentaires ».

La conférence du mois dernier a été un succès, du moins en termes de promesses de financement. Le communiqué final déclarait que « des promesses d’un montant de plus de 1 milliard d’euros ont été annoncées à la Conférence internationale de Bruxelles en faveur de la Guinée-Bissau ». La BAD devrait fournir et/ou mobiliser 10 % environ du total.

Bien que les promesses de dons soient inférieures à la somme de quelque 1,6 milliard d’euros que requiert le plan stratégique et opérationnel présenté à Bruxelles, c’est un franc succès pour les autorités de Guinée-Bissau. D’abord, compte tenu du contexte que connaît le continent, atteindre un tel montant est admirable. Cela dit, en termes de promesses de la communauté internationale, la Guinée-Bissau se voit malheureusement en concurrence avec le Mali, la République centrafricaine, la crise humanitaire au Sahel, et les pays frappés par Ébola. Il n’est un secret pour personne que les bailleurs de fonds sont à la limite de leurs capacités, dans un océan de besoins concurrents, sans parler de la situation d’austérité dans laquelle eux-mêmes se trouvent. Même s’il ne s’agit pas tout à fait d’un jeu à somme nulle (où l’augmentation du financement pour l’un entraîne la diminution du financement pour l’autre), il est indéniable que les ressources disponibles sont insuffisantes et que l’on fait des compromis. Deuxièmement, la somme promise est assez impressionnante au regard des ressources actuelles du pays. Une estimation approximative révèle ainsi que les promesses portant sur les cinq prochaines années représentent près de quatre fois et demie le budget de l’État pour 2015.

Une des raisons du succès de la Guinée-Bissau est qu’elle a, tout au long du processus, réuni des partenaires clés pour former un groupe consultatif composé d’institutions investies de mandats politiques, telles que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ou l’ONU, ainsi que les plus grands partenaires financiers du pays (UE, BAD, Banque mondiale). De plus, la Guinée-Bissau bénéficie d’un soutien politique ferme de la part d’institutions régionales (CEDEAO, UEMOA), de groupements (tels que la Communauté des pays de langue portugaise) et de pays voisins comme le Sénégal – en témoigne la présence à la conférence du président Macky Sall.

Ce succès et le montant des fonds en jeu soulèvent quelques questions, en particulier celle du versement des fonds, examinée dans le post de blog de pré-conférence. Il est donc essentiel de prendre un certain nombre de mesures pour avancer :

la création d’une équipe de prestation chargée de coordonner différents aspects énoncés dans le plan stratégique et opérationnel – une tâche loin d’être facile, vu qu’une telle équipe nécessiterait non seulement un suivi des promesses des donateurs, mais aussi une vision à 360 degrés du programme de réformes, sachant que certaines promesses ne se concrétiseront que si des réformes spécifiques sont effectuées (sur les PPP, par exemple) ;

  • la transparence est indispensable. Au fur et à mesure de la mise en œuvre du plan stratégique et opérationnel, il est primordial que son déroulement soit rendu public. Premièrement, cela constituerait un haut degré de redevabilité, nécessaire pour renforcer la démocratie au niveau des institutions et de la culture. Deuxièmement, l’examen du public inciterait plus fortement encore le gouvernement à progresser dans le rôle qu’il doit remplir ;
  • il serait de l’intérêt des autorités de Guinée-Bissau de piloter le programme de partenariat et de s’assurer que tous les partenaires sont régulièrement consultés comme ils l’ont été dans la phase préparatoire de la table ronde.

Dans les toutes premières déclarations publiques faites après la table ronde, les autorités de Guinée-Bissau ont annoncé sa réussite. Elles ont indiqué en même temps qu’il leur incombait de voir cette réussite se concrétiser. Un voyage de mille kilomètres commence en effet par le premier pas. La conférence des donateurs a été un petit pas, au moment où le pays se lance dans sa Vision 2015-2025. Le voyage sera long. Les prochaines étapes devront voir la création des conditions de mise en place du plan stratégique et opérationnel.


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