Perspectives économiques en Afrique 2015 : l’Afrique de l’Ouest face au défi de l’inclusion spatiale

12juin2015
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Par Maxime Weigert

Dans un billet récent, les points saillants du rapport des Perspectives Économiques en Afrique 2015 (PAE) ont été présentés, faisant état d’une situation difficile pour l’Afrique de l’Ouest, mais aussi de perspectives encourageantes. Contre vents et marées la région sait garder un certain dynamisme. Mais ce brin d’optimisme ne doit pas pour autant masquer les défis, encore nombreux, qu’elle doit relever pour rendre la croissance plus inclusive. L’inclusion spatiale, qui fait l’objet d’une analyse dans le thème spécial du  PAE, fait partie des grands défis.

Comme  le reste du continent, l’Afrique de l’Ouest fait face à d’importantes disparités territoriales. Le modèle qui prédomine dans les pays de la région est celui de la concentration des activités économiques et des services administratifs dans des points centraux, qui sont le plus souvent des capitales économiques situées dans les zones côtières, comme Abidjan, Dakar, Lagos et Lomé par exemple (voir carte). Faute d’infrastructures, la connexion des régions périphériques à ces pôles est généralement insuffisante, produisant des inégalités de développement entre les villes et les campagnes, entre les capitales et les villes secondaires et entre les zones côtières et les zones enclavées.

Pour les espaces défavorisés, ces inégalités posent des problèmes d’insécurité alimentaire, notamment dans la zone sahélienne, et d’accès à l’éducation, aux services de santé et à la protection sociale, comme l’a tragiquement révélé l’épidémie de fièvre Ebola en Sierra Leone, en Guinée et au Liberia. Elles entraînent également des mouvements de migration économique vers les villes centrales, accroissant la pression démographique dans les villes, la pauvreté urbaine et le problème du logement informel. Enfin, elles constituent un facteur de maintien de la pauvreté en milieu rural, en limitant le potentiel de développement des zones de production, notamment agricoles, qui ne sont pas connectées aux zones de consommation et d’exportation.

Face à ces enjeux, plusieurs pays ouest-africains ont élaboré des politiques focalisées sur l’inclusion spatiale, comme le Sénégal, le Bénin et la Guinée. Certains ont instauré des programmes ciblés sur des territoires marginaux, comme le Ghana, qui a créé l’office de développement accéléré des savanes (Savannah Accelerated Development Authority) pour transformer sa zone écologique des savanes du Nord (NSEZ), où 80 % de la population est pauvre. Au niveau régional également, plusieurs projets de développement transnationaux ont déjà eu un impact positif, comme le programme SKBo de la CEDEAO, qui couvre le triangle formé par les villes de Sikasso (Mali), Korhogo (Côte d'Ivoire) et Bobo-Dioulasso (Burkina Faso), et comme le Parc régional W, géré conjointement par le Bénin, le Niger et le Burkina Faso.

Ces initiatives ont permis d’élaborer de bonnes pratiques, mais leur somme ne constitue pas en elle-même une stratégie de développement territorial. Pour accélérer la transformation structurelle de l’Afrique de l’Ouest, il est souhaitable que les Etats de la région mettent en place des politiques de développement territorial intégrées, qui combinent les stratégies sectorielles et les stratégies spatiales. Celles-ci devraient viser à la fois l’extension des réseaux d’infrastructures nationales et transnationales et le renforcement de la décentralisation administrative, en vue d’accroître l’autonomie des régions dans leurs stratégies de développement territorialisé. Par ailleurs, une meilleure connaissance des ressources locales, y compris sur le plan statistique, est indispensable pour la définition de politiques inclusives efficaces. Il est en effet urgent de mieux comprendre certaines zones pour accompagner leur développement et y prévenir l’instabilité, notamment dans les « zones incontrôlées » du Sahel, où le terrorisme djihadiste et le trafic d’armes sont favorisés par la crise libyenne.

Les stratégies de développement territorial seront nécessairement propres à chaque pays et devront combiner différentes approches, en fonction de leurs problèmes économiques, démographiques et d’aménagement de l’espace respectifs. Pour la quasi-totalité des pays, toutefois, le financement du développement territorial impose de redoubler d’efforts pour mobiliser les ressources domestiques au niveau national et améliorer la légitimité budgétaire au niveau local.


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