Burkina Faso : le dilemme des finances publiques

20juin2016
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Par Facinet Sylla et Ahmed Racine Yago

Dans un récent post de blog, nous discutions de l’impact des événements socioéconomiques et terroristes qui se sont produits au Burkina Faso sur l’économie du pays, notant que « pour répondre à la menace terroriste, les dépenses courantes vont s’envoler ».

Or, cet envol de la dépense publique ne doit pas se faire au détriment des programmes de développement et d’équipement en infrastructures économiques. En effet, après les évènements sociopolitiques qu’a connus le Burkina Faso, nous plaidons pour une relance basée sur la qualité et l’augmentation des dépenses d’investissements publics. Alors qu’il avait franchi le seuil des 6 % en 2011, 2012 et 2013, le taux de croissance économique du Burkina Faso est a marqué un repli en 2014 et 2015. Cette baisse de la croissance s’est accompagnée d’une baisse des dépenses d’investissement public ces deux année-là. Or, les risques qui planent sur la reprise en 2016 s’accumulent avec les attaques terroristes survenues au mois de janvier 2016, leurs incidences sur les dépenses sécuritaires et une série de revendications sociales.

Par ailleurs, la campagne agricole 2015/2016 s’est achevée sur une baisse de 6,3 % de la production céréalière – après un  repli de 8,5 % lors de la campagne précédente. Cette baisse devrait se traduire par une hausse du prix des céréales en 2016, ce qui pourrait conduire le gouvernement à les subventionner pour contenir la perte du pouvoir d’achat des ménages. En outre, la question de l’emploi des jeunes, qui est l’une des causes de l’insurrection d’octobre 2014, a été au cœur des débats de la campagne présidentielle de novembre 2015. Sur ce chantier, le gouvernement a annoncé une augmentation de 17 % sur un an des recrutements d’agents dans la fonction publique et des emplois massifs grâce à des travaux à haute intensité de main d’œuvre. Outre les nouveaux emplois publics, la mise en œuvre du nouveau statut des fonctionnaires, ainsi que la gratuité des soins médicaux pour les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes auront une incidence significative sur les dépenses courantes de l’État burkinabè en 2016.

En dépit d’une prévision à la hausse des dépenses d’investissement en 2016, la forte pression sur les dépenses courantes de l’État risque d’inhiber cette volonté de les augmenter. Ce qui ne sera pas sans conséquences sur les performances économiques des années à venir. L’Etat burkinabé a déjà révisé à la baisse ses dépenses en capital en 2014 et 2015, qui ont atteint respectivement 38,5 % et 33,1 % du total des dépenses, après un niveau de 51,2 % en 2013. Sur la période 2014-2015, l’ajustement budgétaire s’est fait au détriment de l’investissement public, qui est passé de 8,5 % du PIB en 2014 à 7,7 % en 2015, loin derrière les 14,2 % du PIB qu’il représentait en 2013. Cette orientation des dépenses d’investissement public a eu des effets néfastes sur les performances économiques en 2014 et 2015, durant lesquelles la croissance du PIB a plafonné à 4 %, contre une moyenne de 6,4 % sur la période 2011-2013. 

Source : Auteurs, à partir des statistiques des autorités burkinabè (E : estimation, P : prévision)

Faut-il le rappeler, les dépenses d’investissement participent à la formation du patrimoine. L’investissement public a un effet immédiat sur la croissance économique, puisqu’il est  une des composantes du PIB. Bien pensé, l’investissement public améliore la productivité et la croissance et a un effet d’entrainement sur l’activité économique.

Au Burkina Faso en particulier, le secteur public est un investisseur important. Il représente, en moyenne, 45 % du total des investissements et 12 % du PIB du pays. En outre, cet investissement a un pouvoir contra-cyclique significatif. Au vu de ces facteurs, le gouvernement burkinabè devrait s’attacher à poursuivre les investissements publics qu’il avait programmés en 2016, seul gage d’une croissance économique forte et à même de faire reculer durablement le chômage des jeunes.


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