Ebola ne doit éclipser ni les progrès, ni le potentiel de l'Afrique de l'Ouest

15sept.2014
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Par Emanuele Santi

J'ai été invité, cette semaine, à faire une présentation sur l'Afrique de l'Ouest devant un groupe de dirigeants d’entreprises multinationales majeures, désireux d’investir dans notre région. En dépit du branle-bas qui agite certains médias et de l'annulation de conférences et de matchs de football dans la région en raison du virus Ebola, tous sont venus à Abidjan, au cœur de l'une des histoires à succès du continent, afin d’y explorer des opportunités commerciales. En pleine renaissance après une longue période de conflit, la Côte d'Ivoire affiche désormais une croissance à deux chiffres, avec, en passant, une hausse de 300 % des investissements directs étrangers en 2013. Des représentants de grandes compagnies, telles que EDF, Standard Bank, Yara, Heineken, Diageo, BASF, Coca-Cola, Lafarge et d’autres, se sont réunis sous l’égide de « Private Investors for Africa », une coalition d'entreprises qui entendent contribuer au développement du continent. Tous souhaitent prendre « l’Afrique de l’Ouest Express » – certains pour profiter d’un pôle de croissance régional, d’autres pour augmenter leurs investissements dans la région.

L’Afrique de l'Ouest est en plein essor, en passe de devenir la région dotée de la plus forte croissance sur le continent africain, avec une performance qui devrait dépasser les 7 % en 2014 et 2015, selon le dernier rapport Perspectives économiques en Afrique de la Banque africaine de développement.

L’ensemble de la région a accompli de grandes avancées dans l'amélioration de l'environnement des affaires, réduisant l’écart avec les pays plus performants, comme le démontre le rapport Doing Business de la Banque mondiale (voir graphique ci-contre). Malgré des défis persistants, démarrer une entreprise dans la région est devenu, en l'espace de quelques années seulement, assurément plus facile : entre 2005 et 2014, l’Afrique de l’Ouest a ainsi vu son score pour l’indicateur « création d’entreprise » passer de quelque 40 à 80 points de pourcentage – un score établi en fonction des pays les plus performants au monde en la matière ; outre des progrès enregistrés dans d’autres indicateurs de Doing Business (voir graphique). À lire le dernier numéro du Moniteur de l’Afrique de l'Ouest publié par la Banque, la région possède l’une des plus grandes concentrations de minerais dans le monde et dispose d'un fort potentiel en énergie, à ce jour inexploité. À l'exception du Burkina Faso et du Cap-Vert, tous les pays d'Afrique de l'Ouest poursuivent l'exploration ou la production de pétrole et/ou de gaz naturel ; de fait, la région abrite le tiers des réserves de gaz naturel de toute l'Afrique. Et son sol regorge de fer, d’uranium, d’or, de bauxite, de manganèse et de diamants. De plus, la région est en plein processus de diversification accélérée, avec un secteur agricole solide, ainsi que des secteurs des services et du bâtiment et travaux publics en plein essor, dopée par une classe moyenne et un marché de la consommation en expansion.

Source : rapport Doing Business 2014, Banque mondiale.

Bien que le virus Ebola soit, pour l’heure, en grande partie confiné à trois pays et que les efforts pour le contenir au Nigeria s’avèrent couronnés de succès jusqu'ici, l’affolement pourrait effrayer les investisseurs ; et s’il venait à se répandre, pourrait avoir des répercussions néfastes, à l’instar de celles que le monde a connues en 2002-2003,avec l’épidémie SRAS. Mais, de la même manière que le SRAS n’a pas empêché les tigres d'Asie de l’Est d’arriver à leur stade de développement actuel, les prévisions négatives à moyen terme de l’impact du virus Ebola sont largement surestimées.

Ceci s’avère particulièrement vrai au moment où de nouveaux fonds sont engagés pour répondre au plus grand défi de la région : les infrastructures. Grâce au programme Power Africa, mené par les États-Unis, au fonds Africa50 de la BAD et au potentiel de la nouvelle banque de développement des pays BRICS, davantage de ressources seront mises à disposition afin de soutenir les infrastructures dans la région. La région et le continent sont à un tournant et doivent capitaliser sur les progrès accumulés et accélérer la croissance. L'épidémie d'Ebola actuelle ne doit pas occulter l'énorme potentiel de la région.


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