Sécurité alimentaire : un film sur la success story sahélienne et ouest-africaine du Réseau de prévention des crises alimentaires

16oct.2015
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Par Julia Wanjiru

À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, célébrée le 16 octobre, le Secrétariat du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO/OCDE) lance, en collaboration avec la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et le Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS), un film consacré au Réseau de prévention des crises alimentaires (RPCA). Objectif : faire connaître les succès de ce Réseau qui, depuis 30 ans, lutte contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle au Sahel et en Afrique de l’Ouest.

L’Afrique de l’Ouest est en pole position en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle sur le continent. Malgré une croissance démographique rapide et des sécheresses récurrentes dans le Sahel, la prévalence de la malnutrition en Afrique de l’Ouest a diminué de 60 % au cours des deux dernières décennies : de 24,2 % en 1990-1992, son taux a chuté à 9,6 % en 2014-2016.

La région, qui recèle les producteurs agricoles parmi les plus productifs au monde, nourrit aujourd’hui quelque 225 millions de personnes de plus que dans les années 1980 ; l’Afrique de l’Ouest figure ainsi parmi les régions les mieux préparées à faire face à une crise alimentaire éventuelle.
Malgré ces progrès, de nombreuses difficultés persistent et le taux de malnutrition aiguë reste élevé dans la plupart des pays sahéliens. « Que la campagne agropastorale soit bonne ou mauvaise, que les marchés fonctionnent correctement ou pas, la région doit gérer chaque année au moins 3 à 4 millions de personnes en état d’insécurité alimentaire et nutritionnelle chronique », souligne Sibiri Zoundi, administrateur principal du Secrétariat du CSAO de l’OCDE.

Pour en finir avec les crises récurrentes, la région sahélienne et ouest-africaine s’est fixée pour objectif « Faim zéro » d’ici à 2030. Pour ce faire, elle peut s’appuyer sur le RPCA, une plateforme de concertation et de coordination, qui permet aux acteurs de la sécurité alimentaire et nutritionnelle de se retrouver, de « parler le même langage » et de bâtir un consensus.  L’Afrique de l’Ouest peut aussi compter sur ses organisations régionales, comme la CEDEAO et l’UEMOA, qui assurent le leadership politique du Réseau, dont le volet technique est géré par le CILSS et le Secrétariat du CSAO de l’OCDE.

Né il y a trente ans en réponse aux terribles sécheresses de 1973, 1984 et 1985, le RPCA a progressivement mis en place des bilans céréaliers ; en 1990, une étape décisive a été franchie avec l’adoption d’une Charte de l’aide alimentaire, un code de bonne conduite, précurseur de la Déclaration de Paris de 2005 sur l’efficacité de l’aide. Aujourd’hui, le Dispositif régional de prévention et de gestion des crises alimentaires (Charte PREGEC) est désormais bien rodé : il s’appuie sur des outils consensuels tels que le Cadre harmonisé, bâti autour de dispositifs d’informations et d’analyses comprenant des missions d’évaluation sur le terrain et une série de concertations techniques qui se tiennent tout au long du cycle de la campagne agro-pastorale. « Grâce aux travaux du RPCA, la région n’a jamais été prise par surprise par une éventuelle crise », se réjouit Djimé Adoum, secrétaire exécutif du CILSS. Le Réseau a également servi de cadre pour la formulation d’un nombre croissant d’initiatives et d’alliances, à l’exemple de la Réserve régionale de sécurité alimentaire ou de l’Alliance globale pour la résilience (AGIR). Au vu de la qualité de ses analyses, de sa capacité à fédérer et à susciter le consensus, le RPCA est devenu une référence internationale en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle dans la région.

 « 2030, c’est demain ! Nous devons agir maintenant », interpelle Mamadou Cissokho, président d’honneur du Réseau des organisations paysannes et de producteurs en Afrique de l’Ouest (ROPPA).  « Le plus important est que nous ayons un investissement massif dans le secteur agricole », estime Désiré Kadré Ouédraogo, président de la Commission de la CEDEAO. « Ma première priorité c’est l’agriculture, ma deuxième priorité c’est l’agriculture, ma troisième priorité c’est l’agriculture », n’a de cesse de marteler Cheikh Hadjibou Soumaré, président de la Commission de l’UEMOA qui a fait de la sécurité alimentaire son cheval de bataille. Et d’ajouter : « Si nous voulons aider nos populations, la première chose que nous devons faire est de nous assurer que notre agriculture nourrit nos populations ». Le secrétaire exécutif du CILSS précise : « Il faut créer une agriculture climato-intelligente qui permette aux populations de s’adapter, de devenir résilientes et de vivre avec le changement climatique. » La parole des leaders politiques se mêle à celle des acteurs de terrain qui partagent leurs expériences et les difficultés qu’ils rencontrent au quotidien.

Pour relever les défis à venir, le Réseau doit « investir davantage dans le développement d‘outils performants d’analyse, de prévention et d’anticipation », estime Sibiri Zoundi, du Secrétariat du CSAO. Kadré Désiré Ouédraogo, de la CEDEAO, est d’avis que « Le RPCA peut jouer un rôle important, dans la mesure où il peut promouvoir la concertation et la mise en commun de nos efforts au niveau de tous les acteurs de notre région pour atteindre l’objectif “Faim zéro” d’ici 2030 ».

Nous espérons que ce film permettra de mieux faire connaître le RPCA et d’étendre son audience – au-delà des 3 000 personnes qui suivent de près ses travaux. Nous souhaitons surtout que ce succès exemplaire inspire d’autres régions sur le continent africain voire au-delà, et les encourage à suivre la voie qu’ont ouverte le Sahel et l’Afrique de l’Ouest.

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Le film sera présenté lors d’une session spéciale du RPCA, qui se tiendra dans le cadre de la Semaine du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest 2015, le 29 octobre 2015, à Milan, en Italie.

Visionner le film en français sous-titré en anglais.

Visionner le film en français.

Feuilleter le livret du film 

Voir aussi : “World Food Day 2015: Building resilient societies and breaking the cycle of rural poverty: the case of the Sahel and West Africa region” 

Chargée de communication, Julia Wanjiru est spécialisée dans les questions de développement en Afrique, comme la sécurité alimentaire et nutritionnelle et la gestion des ressources en eau. Avant de rejoindre le Secrétariat du Club du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest (CSAO / OCDE) en 2006, elle a travaillé comme consultante au Secrétariat des relations mondiales de l'OCDE en 2005-2006 et pour l'Initiative pour l'Afrique centrale (INICA) en 2004-2005.  


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