Améliorer la vie des femmes en Guinée-Bissau sur le long terme

26nov.2015
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Auteurs: Kathleen Barnett, Marc Koffi Kouakou et Yannis Arvanitis

Les aléas politiques qui ont rythmé ces 40 dernières années en Guinée-Bissau ont miné les progrès socio-économiques et les institutions nécessaires à un développement équitable.

Dans la foulée de la période de transition politique réussie qu’a connue le pays, la Banque africaine de développement et ONU-Femmes ont mené semble un travail sur un profile genre prospectif. Objectif : dresser un état des lieux de la problématique du genre en Guinée-Bissau et trouver les moyens de traiter les enjeux qui s’imposent aujourd’hui.

L’étude ainsi menée se focalise sur les associations/ coopératives de femmes et les organisations de la société civile œuvrant en faveur des femmes et de leurs intérêts, esquisse des recommandations et avait aussi pour but de se faire le plaidoyer sur les questions de genre auprès du gouvernement de transition de 2013-2014 – notamment à travers l’élaboration d’une politique nationale pour l’égalité et l’équité entre hommes et femmes, dite la Política Nacional para a Promoção da Igualdade e Equidade de Género (PNIEG). Pour poursuivre leur travail, les organisations concernées ont bénéficié d’un appui crucial des institutions des Nations unies restées dans le pays après le coup d’État, via le Bureau intégré des Nations unies pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau (UNIOGBIS).

La PNIEG reconnaît que les années de crise que le pays a traversées ont eu un impact particulièrement négatif sur les femmes et les filles, toujours reléguées à l’arrière-plan, au sein des foyers et de la communauté, mais aussi sur la scène publique nationale. En Guinée-Bissau, force est de constater que les femmes et les filles ont un accès limité aux rares ressources (telles que le crédit et la terre) et à l’éducation, alors qu’elles assument le double fardeau d’assurer les tâches ménagères et de nourrir leurs familles – elles tiennent d’ailleurs souvent de petits commerces dans les marchés pour contribuer aux revenus de leur foyer. Par ailleurs, femmes et filles sont aussi exposées au risque sexospécifique de mortalité maternelle, ainsi qu’aux des abus tels que les violences conjugales, les mutilations génitales féminines et le mariage précoce et/ou forcé.

Avec l’avènement du nouveau gouvernement démocratiquement élu en juin 2014, grâce auquel les bailleurs internationaux engagés auprès des organisations de femmes de la société civile ont renforcé leur appui , et une politique nationale pour le genre a pu être élaborée à travers un processus participatif impliquant aussi bien les pouvoirs publics que la société civile, se présente une opportunité exceptionnelle à saisir pour intégrer la dimension du genre dans les nouvelles politiques et priorités du pays. Depuis, et c’est une grande première en Guinée-Bissau, des cas des mutilations génitales féminines ont ainsi été portés en justice, et des débats sont en cours pour instaurer un seuil minimal de 30 %de représentativité féminine au parlement.

Cependant, les défis liés au genre en Guinée-Bissau sont larges, multiples et multidimensionnels. Passer en revue les indicateurs répertoriés dans l’étude sur le genre conduite par la BAD et ONU-FEMMES dans le tableau ci-dessous suffit à en mesure l’ampleur. Ces défis sont d’autant plus importants que les ressources publiques (financières, institutionnelles et en termes de capital humain/personnel) sont limitées. Etablir des priorités, au regard des nombreux besoins dans le domaine du genre, est donc crucial.

Alors, que faire dans une telle situation, sachant que les inégalités de genre sont un frein à la croissance de manière générale et à la croissance inclusive en particulier ? Par où commencer et quels domaines couvrir ?

Il ressort des entretiens conduits avec les femmes et les associations de femmes de Guinée-Bissau, ainsi qu’avec les responsables au gouvernement, les organisations de la société civile et les bailleurs internationaux, outre les documents et les rapports spécialisés consultés, que les femmes de ce pays ont de nombreux besoins – à l’instar de leurs paires d’autres pays africains à faible revenu et d’autres régions du monde. Au nombre de ces besoins, figurent les revenus, les opportunités, les droits juridiques, l’alphabétisation et l’éducation, la santé génésique et maternelle, la lutte contre les violences et d’autres pratiques traditionnelles néfastes, ainsi que les changements nécessaires dans certaines normes et coutumes de type patriarcal.

L’étude genre donne à penser que la priorité doit être accordée à des actions ciblées à même d’impacter le plus grand nombre possible de femmes pauvres. Il faut aussi cibler au préalable les domaines où les investissements peuvent produire des bénéfices dans l’immédiat, avec un effet d’entraînement sur les autres domaines nécessitant un appui.

Sur le plan de l’économie, certaines mesures préconisées sont destinées à renforcer le rôle des femmes dans l’économie et à accroître leur productivité, comme notamment : créer un fonds spécial pour l’octroi de prêts et de microcrédits aux femmes exerçant dans l’agriculture et gérant de petites entreprises ; la prestation de services de vulgarisation aux coopératives, associations et petites/moyennes entreprises appartenant à des femmes ; et l’aménagement d’infrastructures essentielles – routes rurales, systèmes d’approvisionnement en eau et d’assainissement, et électrification – pour accroître l’efficience et la productivité du travail des femmes, tant dans le commerce qu’à domicile.

S’agissant des droits juridiques, la Guinée-Bissau se doit d’aller vers la promulgation de sa nouvelle loi foncière (Lei da Terra), qui garantit les droits fonciers des femmes ; le pays doit promulguer et diffuser auprès du grand public – et les appliquer – les lois interdisant les violences conjugales et les mutilations génitales féminines ; enfin, il faut étendre l’offre de services juridiques accessibles aux femmes à l’échelle locale. Ce dernier volet doit inclure la formation des forces de police et des autorités judiciaires locales en matière d’égalité hommes-femmes, en vue de renforcer la prééminence du droit civil sur le droit traditionnel ou coutumier.

Enfin, en ce qui concerne le capital social/humain, l’étude préconise de généraliser les programmes de réduction de la mortalité maternelle ; d’instaurer des programmes locaux d’alphabétisation pour adultes, accessibles et ciblant les femmes, en particulier dans les zones rurales ; et d’améliorer l’accès à une éducation de qualité dans les cycles primaire et secondaire en milieu rural.

Ces recommandations ont été esquissées après qu’a été fait un diagnostic de la situation du genre dans le pays. Mais il ne s’agit pas là d’une liste de vœux sans fin, au contraire : elles témoignent de l’importance de comprendre le contexte local pour qu’elles soient réalistes et réalisables. Ce n’est que de cette manière que des résultats concrets peuvent être obtenus.


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