Réaliser le véritable potentiel agricole de l'Afrique de l'Ouest

07nov.2014
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Par Chiji Ojukwu

Malgré les taux de croissance économique encourageants qu’affiche la plupart des pays d'Afrique de l'Ouest depuis 2005, ceux-ci n’ont pas entrepris la transformation structurelle nécessaire pour améliorer leur qualité de vie, souffrant toujours d’un manque de diversification et d’une dépendance à l’exportation de certains produits.

Le secteur de l'agriculture, qui représente 35 % environ du PIB de la région et 60 % de sa population active, est au cœur de la sécurité alimentaire et d’une croissance économique à grande échelle. Les exportations agricoles génèrent près de 6 milliards de dollars EU par an, soit 16,3 % de l’ensemble des produits et services exportés depuis la sous-région. Néanmoins, le secteur continue d’être handicapé par une faible productivité et des défis écologiques majeurs. La baisse de 25 % des précipitations au cours des 50 dernières années a eu de graves conséquences sur les zones arides. Les rendements à l'hectare pour la plupart des cultures de la région figurent parmi les plus bas au monde. N’ayant augmenté que de 42 % en moyenne entre 1980 et 2005, ils représentent seulement 30 % de la hausse de la production agricole et alimentaire.

La baisse de la contribution de l'agriculture au PIB, couplée à une stagnation, sinon une diminution du secteur industriel, pose question quant à la qualité même de la croissance et la réduction de la pauvreté dans la sous-région. La croissance du PIB, tirée par les matières premières, n’a que peu d’impact sur l’emploi et la pauvreté. 54 % des Africains de l'Ouest vivant au-dessous du seuil de pauvreté, la lutte contre la pauvreté demeure un défi majeur. Les tendances des deux dernières décennies démontrent que l'Afrique de l'Ouest est dans une situation plus précaire, en termes de pauvreté, que les autres sous-régions du continent. Plus d'un tiers des pays de la sous-région figurent parmi les plus pauvres au monde.

Aussi, 16 % de la population souffre de malnutrition, et les carences nutritionnelles en Afrique de l'Ouest sont répandues surtout chez les femmes et les enfants, dans les États du Sahel et dans le nord des pays côtiers. La production régionale répond à près de 80 % des besoins alimentaires de l'Afrique de l'Ouest, mais, d’ici peu, le secteur agricole de la sous-région fera face à une demande en très forte croissance, avec une population qui devrait passer de 290 millions de personnes à plus de 400 millions en 2020, et 500 millions en 2030.

Nombre de pays ouest-africains souffrent de la variabilité climatique, ainsi que d’une forte dégradation des sols, qui du coup, s’appauvrissent en nutriments et s’avèrent plus sensibles à l'érosion. Sans compter que les secteurs agricoles de Sierra Leone, de Guinée et du Libéria, les trois pays les plus affectés par l'épidémie d'Ébola, en pâtiront inévitablement, en termes de disponibilité de la main-d'œuvre et des capacités, mais aussi parce que des exploitations agricoles sont abandonnées par les agriculteurs fuyant les épicentres de l'épidémie.

Or la région a un vrai potentiel – sous-utilisé en grande partie. Les terres ne manquent pas en Afrique de l'Ouest ; seuls 28 % des terres arables étaient cultivées en 2005. Les terres irrigables sont estimées à quelque 8,9 millions d'hectares, dont moins de 10 % (soit 920 000 hectares) sont cultivées, pour la production de riz, de canne à sucre et  de légumes. Tous les pays de la sous-région, exception faite du Cap-Vert et du Burkina Faso, ont des ressources d’eau potable supérieures à la norme internationale de rareté.

La sous-région a le potentiel pour produire des engrais phosphatés, grâce aux 2,23 milliards de tonnes de phosphate naturel que recèle son sous-sol. Les ressources halieutiques de l'Afrique de l'Ouest sont également considérables. Mais il y a peu d’unités de transformation de poisson sont insuffisantes, et les pêcheurs sont souvent forcés d’encaisser de fortes pertes.

Les investissements vont croissant et les agro-industries, les institutions financières et les investisseurs témoignent, plus que jamais, d’une volonté de travailler avec les petits exploitants et les PME, pour accroitre les opportunités le long des chaînes de valeur agricoles. Le développement agro-industriel permettra de maximiser la création d'emplois et la diversification économique.

Pour la Banque africaine de développement, l'agriculture, l'agroalimentaire et la sécurité alimentaire ont toujours été une priorité. La BAD compte actuellement plus de 100 projets nationaux et multi-nationaux actifs dans son portefeuille agricole, représentant 12 % de l'ensemble des opérations de la Banque. Ces engagements sont évalués à plus de 2,97 milliards de dollars EU. La Banque travaille actuellement à finaliser sa nouvelle politique et stratégie agricoles (2015-2019), axée sur la transformation agricole à travers le soutien au développement des chaînes de valeur agricoles dans les domaines prioritaires définis dans la stratégie décennale de la Banque pour 2013-2022.

2014 est l'Année africaine de l'agriculture et la sécurité alimentaire. Dans le cadre du Programme détaillé pour le développement de l'agriculture africaine (PDDAA), les décideurs africains ont renouvelé leur volonté de transformer l'agriculture en moteur de création d'emplois, d'amélioration des revenus et d'accès à une meilleure alimentation.

Pour ce faire, les gouvernements ouest-africains et leurs partenaires doivent placer l'agriculture au cœur de leurs stratégies de développement et, partant, intensifier la recherche en agriculture ; créer un environnement propice à l’implication du secteur privé ; encourager les pratiques et les technologies à même d’améliorer les rendements ; stimuler l'investissement dans la préservation des sols et de l'eau ; et améliorer l'accès à l'éducation et le développement des compétences techniques en Afrique de l'Ouest rurale.

Les pays doivent également supprimer les obstacles non tarifaires et prendre des mesures pour intégrer les marchés de services, en initiant des réformes réglementaires harmonisées, afin de surmonter les obstacles qui entravent l'intégration commerciale régionale et de faciliter la circulation des biens et des services.

Enfin, il faut que des mesures d’atténuation du changement climatique soient prises tant au niveau national que régional, en renforçant les capacités d'adaptation et les systèmes de production qui s’avèrent résistants au changement climatique, et en optimisant les techniques de gestion de l'eau et des sols –  certaines techniques peuvent accroître la teneur en matière organique, en nutriments et en humidité, réduisant ainsi la vulnérabilité des cultures.

Chiji Ojukwu est le directeur du Département de l'agriculture et de l'agro-industrie à la BAD.


Commentaires

mireille kooh - Cameroon 06/02/2015 07:43
bonjour,
En tant que Community Manager, je developpe la vision agriculture et dynamisation des marchés via les rseaux sociaux au Cameroun. Votre article est riche en statistiques. Les nouvelles stratégies doivent effectivement être mises sur pied pour la gestion des marchés et investissements. Les nouvelles technologies sont l'un des moyens de l'heure pour ouvrir les opportunités. L'agriculteur ne doit plus être celui qui manipule seulement la Houe, mais aussi, le WEB 2.0. Un salon en Afrique doit être mis sur pied pour cultiver cette vision et unir les Africains qui pour les uns comme les autres sont soient désunis soit passifs.MERCI
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