Tourisme en Afrique de l’Ouest : une opportunité économique, sociale et culturelle

29juin2015
Share |

Par Maxime Weigert

Alors que le tourisme s’impose en moteur du développement socio-économique et de la croissance en Afrique, comme le démontre le dernier rapport Africa Tourism Monitor, l’édition 2015 du Rapport annuel sur la compétitivité dans le voyage et le tourisme (en anglais), publiée au début du mois de mai par le Forum économique mondial (FEM), souligne que l’Afrique de l’Ouest affiche un retard dans le secteur des voyages.

Les dix pays de la région évalués dans ce rapport y figurent en bas de tableau [1]. Le Cabo Verde, premier représentant de la région, arrive à la 86e place sur 141. La Guinée enregistre le score le plus faible, à la 140e et avant-dernière position du classement. Les huit autres se situent dans le dernier quart, parmi les pays les moins compétitifs au monde en matière de tourisme.

Bien que la pertinence de l’index soit discutée, ce classement reflète au moins deux réalités régionales. Premièrement, l’Afrique de l’Ouest reste encore peu attractive pour le tourisme international. Hormis le cas particulier du Cabo Verde, qui a fait du tourisme sa priorité, la région abrite peu de « destinations touristiques ». À ce jour, seuls le Ghana et le Sénégal ont franchi le seuil significatif d’un million de touristes internationaux (le Nigeria, qui l’avait déjà franchi en 2008, est repassé en dessous de ce seuil depuis 2011). En 2012, les pays d’Afrique de l’Ouest ont accueilli 4,5 millions de touristes, qui ont engendré 3,2 milliards de dollars EU de recettes. La région représentait donc 14 % des arrivées internationales et 13 % des recettes touristiques enregistrées en Afrique subsaharienne cette année-là – et respectivement 8 % et 6 % du total africain (Afrique du Nord incluse).

L’index du FEM révèle également l’inadaptation des pays ouest-africains au secteur du tourisme. D’une manière générale, l’ensemble des facteurs de production nécessaires y font défaut, à commencer par une accessibilité aérienne insuffisante. La région se caractérise également par un déficit de l’offre d’hébergement et un manque de main d’œuvre qualifiée, ainsi que par la faiblesse du secteur des services et des standards de production (hygiène, qualité, sûreté), nécessaires pour s’intégrer dans le marché mondial de l’industrie des voyages. Ces lacunes structurelles sont aggravées par des préoccupations sécuritaires – actuelles ou rémanentes –, qui nuisent à l’image de la région. Les fragilités politiques, les menaces sanitaires (paludisme, Ebola) et le péril terroriste (Sahel, Nigeria) sont quelques-uns des défis auxquels la région doit répondre pour accroître sa compétitivité.

À l’heure où s’affirment des pôles de stabilité, où le besoin de diversification économique s’accentue et où le tourisme international poursuit son expansion, notamment en Afrique, l’Afrique de l’Ouest pourrait chercher à s’inscrire dans les réseaux touristiques globaux. Les choses commencent à évoluer. En 2014, la sous-région était la deuxième la plus ciblée par les chaînes hôtelières sur le continent, qui projetaient d’y créer plus de 13 500 chambres (31,4 % du total africain). Le Sénégal a déjà fait part de son ambition d’attirer 3 millions de touristes d’ici à 2025, et le Ghana a récemment adopté un vaste plan de développement touristique pour la période 2013-2027. La Guinée-Bissau a également fait du tourisme un axe important de sa nouvelle stratégie décennale. D’autres pays, comme la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, pourraient trouver dans le secteur du tourisme un moyen de consolider leur transition.

L’option est d’autant plus pertinente que la région dispose de nombreuses ressources naturelles et culturelles à mettre en valeur, dont une tradition d’hospitalité qui fait la réputation de certains pays, comme le Sénégal, où la « Teranga » est souvent érigée en atout touristique. Plusieurs modèles peuvent être développés, comme celui du tourisme de séjour, notamment balnéaire, commercialisé sur le marché international. Ce modèle, déjà en place en Gambie et au Sénégal, et dont peuvent s’inspirer le Ghana et la Côte d’Ivoire, est favorable aux effets d’entraînement sur l’économie locale et à la création d’emplois, à travers les liens entre les entreprises du secteur. Un deuxième segment à fort potentiel est celui du tourisme d’affaires, qui représente un quart du tourisme international en Afrique sub-saharienne. L’essor économique attire un nombre croissant d’investisseurs, d’entrepreneurs et de financiers du développement, qui ont besoin de lieux pour se rencontrer. D’autres segments, comme le tourisme culturel et l’écotourisme, peuvent également être mis au service de la lutte contre la pauvreté en milieu rural, comme le montre l’expérience du parc régional W, géré conjointement par le Niger, le Burkina Faso, le Bénin et le Nigeria.  

Pour mettre en œuvre ce tourisme, les pays de la région pourraient s’appuyer sur deux grands marchés sources. Le premier est celui des pays du Nord, notamment européens, avec lesquels les échanges non touristiques sont déjà solidement établis (liaisons aériennes, commerce, diaspora). Le deuxième est le marché Sud-Sud d’Afrique de l’Ouest, qui se développe avec l’émergence de classes moyennes supérieures dans la région. Au Ghana par exemple, plus d’un tiers des touristes internationaux proviennent de la zone de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Ce marché régional pourrait être structuré selon une logique de complémentarité entre les atouts respectifs de chaque pays, avec, au cœur du dispositif, le grand marché émetteur du Nigeria qui émerge.

Les pays désireux de développer leur secteur du tourisme doivent élaborer une stratégie intégrée, qui articule les aspects généraux multisectoriels (climat des affaires, énergie, eau, télécommunications) et des volets strictement sectoriels (investissements, réglementation, formation, aménagements, mobilité, promotion). Ce grand chantier ne doit pas être conçu comme une simple opportunité économique. Il comporte également une dimension culturelle et citoyenne, dans la mesure où le tourisme pourrait contribuer à valoriser les ressources territoriales de la région (urbanité, patrimoine, paysage, artisanat). Il permettrait à l’Afrique de l’Ouest de renforcer son attractivité vis-à-vis des investisseurs, des diasporas et des autres flux (étudiants, travailleurs migrants, hommes d’affaires, touristes…) qui la traversent.


[1] Libéria, Guinée-Bissau, Bénin, Togo et Niger n’ont pas été examinés, fautes de données suffisantes.

 


Commentaires

Melkamu Abdissa - Ethiopia 19/05/2016 19:30
Opportunity and challenges for tourism development in developing countries
What does opportunity mean?
What does challenge or constraint mean?
What the best strategies of mitigating barriers, challenges and contestants of tourism development?
Robert Travers - Côte d’Ivoire 09/09/2015 16:19
Good points and interesting statistics. With the Ebola crisis (hopefully) passing, perhaps AfDB should consider supporting tourism recovery in West Africa?
*
*
* CAPTCHA
*
 

Subscribe