Après le Sommet États-Unis-Afrique : Quel agenda pour l'Afrique de l'Ouest?

12août2014
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Par Emanuele Santi et Mohamed El Dahshan,

Le plus grand sommet Etats-Unis-Afrique vient de prendre  fin, et le débat sur  l'avenir de la politique des États-Unis pour l'Afrique refait surface. Alors que des suggestions intéressantes sont mises en avant par divers experts pour ce que pourrait être cette nouvelle politique - citons au passage cet argument intéressant mis en avant par le Center for Global Development  pour  combler le fossé de l'énergie - il est cependant  judicieux de regarder de plus près les politiques et les instruments économiques actuellement en place, et d'analyser leurs effets sur l’Afrique de l'Ouest.

La politique économique phare de la politique africaine des États-Unis actuellement est l’"African Growth and Opportunity Act" (AGOA).  L’AGOA est  un programme par lequel les États-Unis a décidé d'inciter les pays africains à ouvrir leurs marchés et à prendre part au commerce mondial, en offrant d’éliminer les droits de douane sur 6400 produits exportés à partir de 38 pays d'Afrique sub-saharienne éligibles, y compris l'ensemble des 15 pays ouest-africains.

Le président américain Barack Obama avait d’ailleurs promis, lors d'une conférence de presse en 2013 au Sénégal, que le programme AGOA serait "renouvelé et amélioré". Le programme pourrait grandement l’être. D'une part, le renouvellement de l'AGOA présente des difficultés pour les investisseurs en termes de planification d’investissements. Ainsi, un groupe d'ambassadeurs africains aux États-Unis a élaboré une proposition suggérant le renouvellement de l’AGOA pour 15 ans.

Selon le tableau suivant, qui détaille les exportations annuelles des pays bénéficiaires de l'AGOA vers les États-Unis au cours des 10 dernières années, peu de pays semblent avoir bénéficié de l'accès préférentiel, à part le Nigeria et, dans une moindre mesure, la Côte d'Ivoire.


2004

2005

2006

2007

2008

2009

2010

2011

2012

2013

2014 Q1

Nigeria

16,267

23,801

27,709

32,373

37,756

18,753

27,884

32,348

18,179

11,122

973

Côte d’Ivoire

697

784

552

545

710

696

926

1,069

1,083

932

543

Ghana

138

154

191

197

177

132

250

748

257

306

69

Guinea

64

74

91

95

105

67

90

80

103

90

27

Liberia

84

91

130

115

143

78

155

158

144

93

18

Sierra Leone

9

9

35

47

46

23

27

23

15

39

12

Senegal

2

3

18

12

16

6

4

6

16

16

5

Togo

1

6

4

5

11

7

9

31

50

7

3

Benin

1

1

1

5

16



2

3

3

2

Niger

15

61

117

8

43

105

26

288

81

2

1

Burkina Faso


2

1

1

1

2

2

3

2

6


Cape Verde

3

2

1

2


1

1

1

1

1


Gambia







3





Total

17,281

24,988

28,850

33,405

39,024

19,870

29,377

34,757

19,934

12,617

1,653

Source: Portail AGOA.info, sur la base de données des États-Unis Commission du commerce international.

Le profil du commerce AGOA montre une énorme concentration sur le secteur du pétrole et du gaz. Au premier trimestre de 2014, par exemple, les exportations africaines sous AGOA se sont élevées à 3,4 milliards de dollars, dont 74% de produits pétroliers. Les produits hors-combustibles, d'une valeur de $ 890 000 000, se composaient presque exclusivement des matières premières, principalement des produits agricoles. Au cours de cette même période, les pays ouest-africains ont exporté des marchandises d'une valeur $ 926,000,000 sous AGOA - un chiffre qui s’élève à $ 1,653 milliards si l’on inclut les exportations hors-taxes sous le Système généralisé des préférences (SGP) de l’OMC.

Le tableau 2 et le graphique accompagnant montrent la répartition des exportations sous AGOA vers les États-Unis par secteur.

Produit

Valeur

Pourcentage

Pétrole et gaz

$22,781,896,155

59.80%

Première transformation des métaux

$3,063,465,495

8.00%

Produits pétroliers et charbon

$2,683,498,920

7.00%

Matériels de transport

$2,528,074,222

6.60%

Produits manufacturés divers

$1,679,184,263

4.40%

Produits agricoles

$1,315,531,485

3.50%

Fabrication de vêtements

$921,160,903

2.41%

Autres

$3,139,099,559

8.23%

Total

$38,111,911,002

100%

Table 2: Exportations africaines sous AGOA par secteur en 2013

Source: Statistiques commerciales du gouvernement américain, ministère du Commerce.

Le secteur du textile et de l'habillement, bien que marginal dans le produit de la composition des exportations AGOA à ce jour, offre un intérêt particulier pour l'Afrique de l'Ouest grâce à son important potentiel. La région est le deuxième plus grand groupe régional exportateur de coton, fournissant 11% du commerce mondial.  Denrée de forte valeur, le coton fournit également 12,7% de la valeur ajoutée agricole au Mali, et 7% au Burkina Faso, profitant principalement aux petits agriculteurs. Pourtant, 83% de coton d'Afrique sub-saharienne est exporté en coton fibre; et les disparités entre les pays signifient que le taux de transformation est encore plus bas dans certain, n'atteignant que 5% en Afrique francophone. Faire monter le coton africain et le secteur du textile dans la chaîne de valeur a le potentiel de transformer de nombreux pays de la région - et d'améliorer la vie de millions de personnes.

La Loi d'Encouragement de l’investissement en Afrique (African Investment Incentive Act) de 2006, qui modifie la section textile de l'AGOA, précise les règles de l l'accès sans douane des textiles. Ces règles sont généralement généreuses. De plus, les quotas fixés pour ces biens n'ont jamais été remplis par les pays bénéficiaires : en 2012-2013 par exemple, le quota d'exportation n'a été rempli qu’à 12,59% sous l'AGOA; l’année précédente il était de 10,14%.

Grâce à la richesse de la matière première et la proximité géographique de la sous-région d’avec les  États-Unis, les industries du textile et de l'habillement pourraient briser la domination des matières premières sur les exportations de l'Afrique de l'Ouest dans le cadre de l'AGOA. Mais pour cela, des investissements en infrastructures énergétiques et de transport sont nécessaires.  Ces deux facteurs représentant des obstacles majeurs au développement du secteur. Dans de nombreux pays de la région, les coûts énergétiques sont nettement plus élevés que dans le reste du continent, principalement en raison des coûts de livraison élevés et de l'approvisionnement irrégulier, forçant les gens à recourir à des sources d'énergie secondaires plus chers. Les frais de transport sont souvent non compétitifs, en raison à la fois de la faiblesse des  infrastructures, de  l’inefficience du secteur de la logistique, des  longs délais administratifs et de la corruption. Une autre initiative américaine, Power Africa, peut également offrir un appui aux pays souhaitant engager les transformations mentionnées.

Enfin, le secteur du coton et du textile nécessite aussi une meilleure compréhension de la chaîne de valeur, et  l'amélioration des capacités des organisations liées au coton.  Il nécessite aussi  une nouvelle stratégie régionale pour le partage des connaissances, des compétences, et pour l'approvisionnement en matériaux et en technologie. Ceci doit être complété par une politique de promotion visant à familiariser les clients potentiels au coton et produits textiles de l’Afrique de l'Ouest. Les perspectives sur la hausse des prix du coton pourraient donner aux pays ouest-africains l’opportunité  de mettre en œuvre  les réformes et les investissements des installations d'égrenage tant attendus.


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