Pourquoi l’autonomisation des femmes de l’Afrique de l’Ouest n’est pas seulement une bonne chose, elle se justifie aussi sur le plan économique

31mars2015
Share |

Par Emanuele Santi 

Dimanche 8 mars, le monde entier célébrait la Journée internationale de la femme. En prélude à cet événement, la Banque africaine de développement a consacré une semaine entière à la sensibilisation aux questions de genre.

Lors de nombreux événements de ce type, la question de genre est souvent présentée dans toute sa dimension physiologique, sociétale et des droits humains. Toutefois, peu de voix s’élèvent sur le coût économique de la discrimination de genre. Il est cependant de plus en plus évident que l’autonomisation des femmes n’est pas seulement une bonne chose, elle se justifie aussi sur le plan économique, au niveau mondial comme dans notre région tout particulièrement. Un rapport du FMI publié récemment donne un éclairage sur les pertes économiques considérables que représente l’inégalité des sexes.

Cela est particulièrement vrai pour l’Afrique de l’Ouest, et les données sont sans équivoque. Une étude multipays sur le coût global des disparités hommes-femmes a révélé qu’au Niger, par exemple, les disparités entre les sexes ont coûté à l’économie plus de 23 % de son PIB. On estime le coût économique de l’inégalité entre les sexes à 13 % du PIB du Burkina Faso, tandis que la Côte d’Ivoire, le Mali et le Sénégal perdent près de 10 % de leur revenu à cause d’une situation d’inégalité entre hommes et femmes.

A travers le monde et en Afrique de l’Ouest en particulier, le manque d’accès des femmes à la terre, aux financements et aux intrants est un facteur majeur limitant l’amélioration des moyens de subsistance, malgré des preuves empiriques considérables montrant que les femmes gèrent efficacement les ressources. Les données indiquent que la suppression des disparités entre les sexes peut entraîner une augmentation de 20 % à 30 % du rendement des fermes agricoles des femmes, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Cette dernière signale également qu’une augmentation du revenu d’une femme, pour une famille, permet une alimentation dix fois meilleure qu’un accroissement comparable du revenu d’un homme. Les femmes investissent tout simplement  beaucoup plus de leur revenu, dans le bien-être de leur famille, que  ne font les hommes.

Néanmoins, des restrictions légales entravent la participation des femmes au marché du travail, mais empêchent également les femmes de jouer un rôle plus important en tant qu’entrepreneurs, comme le montre un récent rapport de la SFI, qui  fait une veille des obstacles et des avancées juridiques sous plusieurs aspects allant de la discrimination sur le lieu de travail à l’accès à la terre et au crédit.

La suppression de telles restrictions est fortement susceptible de favoriser la croissance et d’accroître non seulement le revenu des femmes, mais aussi celui de l’ensemble de la population d’Afrique de l’Ouest.

Le rapport du FMI évoqué plus haut parle également des signes par lesquels les femmes qui occupent des postes de responsabilité servent de modèles à d’autres femmes, ce qui conduit à une augmentation de la participation des femmes au marché du travail. Là aussi, cette situation n’est aussi perceptible dans aucune autre région. L’élection de la présidente du Liberia, Ellen Sirleaf Johnson, la première femme chef d’État en Afrique, a provoqué des ondes de choc dans tout le continent. Sa présidence a non seulement permis à de nombreuses femmes d’accéder à des postes de responsabilité dans le gouvernement libérien, mais a aussi fortement démontré aux femmes jeunes qu’elles peuvent atteindre n’importe quel objectif. Elle a par ailleurs amplifié la dynamique de lutte contre les facteurs d’inégalité entre les sexes, se traduisant entre autres par l’amélioration de l’éducation et la lutte contre les violences basées sur le genre. Mme Sirleaf Johnson a réclamé une législation en matière de viol ainsi que la création d’un tribunal spécial pour juger les affaires de violences sexuelles. En Côte d’Ivoire, une loi innovante de 2013 sur la famille a reconnu pour la première fois le statut de la femme comme possible chef de ménage. En Guinée-Bissau, bien qu’une loi contre la violence domestique et la mutilation génitale féminine ait été adoptée en 2011, ce n’est qu’en 2014 que des affaires ont commencé à être portées devant les tribunaux. Toutefois, il reste encore beaucoup à faire car on estime que 50 % des femmes âgées de 15 ans à 49 ans subissent encore ces pratiques. Malgré certains progrès, les violences basées sur le genre sont toujours répandues dans la région, comme le montre un récent rapport du Comité international de secours sur les violences domestiques en Afrique de l’Ouest. Par ailleurs, comme le note une étude sur le genre en Guinée-Bissau de la BAD/ONU Femmes à paraître, la crise et l’instabilité affectent les femmes et les filles de façon disproportionnée.

Il reste beaucoup de chemin à faire également en ce qui concerne la prestation de services, en particulier dans les services de santé. Comme le souligne notre publication L’Observatoire de l’Afrique de l’Ouest, la région est en retard, par rapport à toutes les autres régions africaines, en termes de santé des femmes. Les indicateurs ventilés par sexe montrent que le statut des femmes ne s’est que légèrement amélioré. Il existe encore dans la région des mariages précoces, des grossesses chez les adolescentes, un faible niveau d’éducation chez les femmes et les filles, une forte fécondité et des services de santé insuffisants. Du fait de ces facteurs, la grande majorité des femmes n’ont pas accès à des soins médicaux professionnels pendant la grossesse et au moment de l’accouchement. Cette région connaît par ailleurs l’un des taux de mortalité maternelle les plus élevés du monde, comme le montre le graphique ci-dessous.

Outre le coût humain déplorable, le coût économique de la perte de tant de personnes gagnant un revenu et apportant des soins est considérable.

Dans plusieurs articles de blogs, nous avons parlé du gros potentiel économique de l’Afrique de l’Ouest, sans doute l’une des régions du monde qui connaît la plus forte croissance ; mais en tant qu’économiste, je ne vois pas de meilleur moyen, pour accélérer la croissance et la rendre plus inclusive, que de permettre aux femmes de jouer un rôle plus important dans le développement économique de leurs pays.


Commentaires

Luutu Moses - Uganda 03/04/2015 04:25
Agreed.We need a greater number of women in top leadership positions.Sirleaf has done well and it is a disgrace that Ms Grace Banda of Malawi had such a short tenure as president. It is the women who best appreciate"their " plight. Please let us let our mothers take the lead.
*
*
* CAPTCHA
*
 

Subscribe