Énergie éolienne en Afrique de l’Ouest : perspectives de développement du secteur

05mai2015
Share |

par Yannis Arvanitis

En Afrique de l’Ouest, 57 % de la population ouest-africaine n’a pas accès à l’électricité selon les estimations, contre 50 % en moyenne environ sur l’ensemble du continent. Si ce taux dans la sous-région diffère peu de la moyenne continentale, la différence est frappante (23 %) par rapport au monde en développement. Sachant que l’Afrique de l’Ouest est l’une des régions du continent à la plus forte croissance économique, les insuffisances en matière d’énergie s’avèrent une lourde contrainte. Faute d’estimations à jour sur ce que coûte le déficit énergétique à la croissance de la région, on peut tout de même juger de son importance au vu de l’écart existant entre l’offre et la demande en électricité en Afrique de l’Ouest, supérieure à 40 % aujourd’hui.

Comme le relève le troisième numéro de la revue L'observatoire de l'Afrique de l'Ouest, consacré à la problématique de l’énergie dans la région, l’Afrique de l’Ouest est riche en ressources énergétiques. En effet, elle dispose d’un important potentiel hydroélectrique, de vents forts qui permettraient le déploiement de l’énergie éolienne, d’un rayonnement solaire élevé, ainsi que de ressources considérables en hydrocarbures (la moitié des réserves du continent). L’analyse proposée par L’observatoire de l’Afrique de l’Ouest met en lumière les insuffisances en matière réglementaire et politique qui, dans de nombreux pays de la région, entravent la bonne exploitation de ces ressources naturelles. Ce thème est étudié plus en détails dans un article de recherche publié par quatre collaborateurs de la Banque africaine de développement - Alli Mukasa, Emelly Mutambatsere, Yannis Arvanitis et Thouraya Triki -, qui se penchent sur les aspects financiers et politiques du développement du secteur éolien sur le continent.

Cet article est le premier à offrir une vue d’ensemble exhaustive de ce secteur en Afrique, décrivant la manière dont les marchés de l’éolien ont évolué au fil des ans en Afrique subsaharienne. Explorant en détails les caractéristiques structurelles qui y affectent le développement de projets éoliens, il identifie certains des enjeux sociaux, politiques, économiques et environnementaux qui ont une incidence sur le développement de l’énergie éolienne. Reposant sur une base de données unique de 94 projets éoliens, cette analyse donne à penser que le marché de l’éolien en Afrique est globalement exigu, concentré et à l’état embryonnaire.

En Afrique subsaharienne, seuls 43 mégawatts de puissance éolienne installée étaient déployés, et 230 autres mégawatts étaient en cours d’installation en 2011, selon M. Mukasa et ses collègues. À examiner les projets individuels dans le détail, il est intéressant de noter qu’aux financements concessionnels se sont substitués des financements non concessionnels, outre une participation croissante du secteur privé au financement de ces projets. Dans ce contexte, l’Afrique de l’Ouest se démarque : parmi les projets achevés en Afrique subsaharienne et recensés dans la base de données, l’unique parc éolien qui soit fonctionnel à l’échelle commerciale est celui de Cabeolica au Cap-Vert. Le pays est d’ailleurs doté de la plus grande capacité installée avec de 28 MW, suivi de l’Afrique du Sud (8,6 MW pour deux projets pilotes). L’exception notable du Cap-Vert mise à part, l’Afrique de l’Ouest reste à la traîne du continent, car rares y sont les projets achevés, en cours ou programmés (Figure 1).

L’article passe au crible les nombreux facteurs à l’origine du manque de dynamisme général dans le secteur éolien, dont certains sont liés aux désavantages en terme de coûts que présente l’énergie éolienne par rapport aux sources d’énergie conventionnelles. Cependant, dans le cas de l’Afrique de l’Ouest, on note un manque généralisé de politiques et de cadres juridiques clairement définis en matière de promotion des énergies renouvelables. Néanmoins, souligne le document, l’existence d’un cadre légal ne garantit pas le développement du secteur éolien, comme le montre l’expérience nord-africaine. Ainsi, si l’existence d’une législation est certes importante, le facteur déterminant tient à la qualité de celle-ci.

De plus, observer l’évolution des financements à travers le continent révèle que l’existence d’incitations favorisées par une réglementation clairement définie joue un rôle primordial. En effet, comme souligné plus haut, les financements concessionnels dans l’éolien tendent progressivement à disparaître, pour n’être remplacés que par des investissements non concessionnels. Il est intéressant de noter qu’il y a pas de corrélation évidente entre les sources d’aide publique au développement (autrement dit, d’aide entièrement concessionnelle) pour des projets pilotes et les sources d’investissements privés destinés  à des opérations commerciales ultérieures. Cela donne à penser que l’aide publique au développement ne sert pas, en général, à s’imposer sur de nouveaux marchés. Si tel est bien le cas, les pays d’Afrique de l’Ouest doivent trouver d’autres moyens pour attirer des investissements dans l’éolien, comme l’a fait le Cap-Vert.


[1]Depuis la publication de l’article, le projet éolien de 120 MW à Ashgoda en Éthiopie,  est entré en service à la fin de 2013.


Commentaires

Yannis Arvanitis - Senegal 02/06/2015 11:04
Thank you Tapani. This is very true. It is however an opportunity which is not easy to seize as the paper highlights. Not only because of regulatory gaps, but also because technologies are (i) expensive, especially considering the financial means of given countries, and (ii) renewable energies are to been seen in the context of a country’s energy mix: some energy sources are seen as “baseload”, and others as “peakload” and the two need to be balanced appropriately. A true challenge, and a fantastic opportunity!
Tapani Heinonen - Finland 29/05/2015 20:20
Win and Solar energy is great opportunity to improve life of African peope.
*
*
* CAPTCHA
*
 

Subscribe