Assemblées annuelles de la BAD - « Un continent qui prend en mains son propre destin »

28mai2013
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1e jour

Nous avons célébré le 50ème anniversaire de l’Union Africaine, ce week-end : l’OUA a été créée le 25 mai 1963. Le message était clair: l’indépendance politique a eu lieu il y a longtemps ; et l’indépendance économique est sur ses talons.

Et, cette semaine, nous nous rencontrons à Marrakech, la grande Ville Ocre, qui a toujours été un carrefour de la culture africaine du nord et du sud du Sahara. Les prochains jours pourront inonder la ville dorée d’un plus grand éclat, et ils pourront en faire de même pour l’Afrique.

Ce sont mes huitièmes Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement en tant que président, et je reste convaincu qu’elles sont un lieu de rencontre pour le meilleur de ce continent, et de ses amis plus éloignés. Le secteur public, le secteur privé et la société civile se rencontrent ici, et le quatrième pouvoir – la presse – est ici en force pour nous demander des comptes. Il s’agit du principal événement, non seulement du calendrier de la BAD, mais aussi de celui de l’Afrique, dans lequel tout le travail que nous faisons sur le terrain dans nos Etats membres – découvrir et financer des projets qui transforment la vie des africains – trouve sa place au soleil. Nous partageons des idées sur ce que la BAD et l’Afrique ont bien fait et, surtout, sur ce qu’elles peuvent encore améliorer. Sur le chemin entre Casablanca et Marrakech, hier soir, j’étais plus que conscient de ces deux choses. Les membres de la haute direction étaient avec moi pendant ce qui s’est avéré un dîner animé : nous sommes passionnés par les plans.

À Addis-Abeba, le Sommet de l’UA a signalé un voyage mémorable de 50 années. Nous avons connu l’exubérance et l’optimisme, le pessimisme et le désespoir, et – actuellement – un espoir formidable. « L'Afrique se relève », voici l’appel, où que vous soyez, et l’Afrique a mérité cette louange.

Aujourd’hui, ma première journée complète aux assemblées, a été une opportunité pour répéter une statistique extraordinaire : le PIB de ce continent a doublé en une décennie ! Il est passé de 600 milliards en 2000 à 2200 milliards de dollars américains – il a triplé avec l’inflation, et doublé en termes réels. J’ai rappelé que la Grande-Bretagne et sa révolution industrielle sont parvenues au même exploit, mais qu’après 150 ans. Le monde a témoigné quelque chose de stupéfiant, mais bien plus de choses arriveront encore si ce continent s’avère être le prochain pôle de croissance du monde. Le monde languit – il a besoin de croissance partout où il peut en trouver, et l’Afrique peut lui donner cette impulsion.

Mais il y a encore des montagnes à gravir. Cette semaine a pour objectif de garantir une vraie qualité et une vraie durabilité dans cette croissance. Parce que tant que la pauvreté existera en Afrique – tant que les femmes et les jeunes ne parviendront pas à développer tout leur potentiel, et tant qu’il y aura des poches de fragilité réelle, contagieuse et débilitante – notre croissance sera irrégulière et incomplète. Et tant que nous éroderons notre habitat naturel et notre héritage (notre empreinte écologique a augmenté de 250 % en 50 ans, et moi-même j’ai pu observer les rives estompées du lac Tchad), notre croissance ne sera pas durable.

Nous sommes donc ici à Marrakech pour essayer de trouver des solutions. Certaines d’entre elles sont intellectuelles, d’autres sont pratiques, et d’autres principales sont financières.

Ce matin, j’ai reçu Paul Kagame, président du Rwanda. Il a abordé avec passion, face à un vaste auditoire, les thèmes de la transformation et du leadership. Le Rwanda s’y connaît en matière de transformation – sa renaissance politique et économique, depuis sa quasi-destruction il y a 20 ans, peut être un emblème pour un continent. « Nous nous affranchissons de la mentalité de victimes », a dit le président Kagame. « Nous avons des plans, nous avons des compétences et nous ne devons pas baisser les bras. »

Lors du déjeuner, sans doute un millier d’auditeurs ont écouté deux personnes riches non seulement financièrement, mais aussi en qualités humaines et compassion. D’abord, Tony Elumelu, le nigérian qui a été l’un des investisseurs fondateurs de la United Bank for Africa, un projet que la BAD a soutenu ; puis Ronald Lauder, fils d’Estée Lauder. Ils ont mis au défi les fortunes locales africaines, qu'il s'agisse de milliardaires ou de petits entrepreneurs, d’investir en Afrique. J’ai aimé l’un des expressions de Tony, « l’institutionnalisation de la chance » : une façon de dire que si nous travaillons dur, nous créons nos propres chances.

J’ai passé une heure en interviews à la presse ce matin – The Africa Report, The Banker, Africa 24 TV – et j’aurais pu deviner certaines de leurs questions. Nous devons vraiment montrer que nous n’allons pas baisser les bras, comme l’a dit le président Kagame. Om m’a interrogé sur l’état de l’économie globale, sur l’ascension de la Chine, sur l’interaction des gouvernements et des marchés, entre autres. Avec chacune de mes réponses, j’ai pu présenter un continent qui prend en mains son propre destin. J’apprécie les questions de la presse, surtout quand elles sont pénétrantes. Parler de la réalisation du dividende démographique qu’est la population jeune de l’Afrique – souvent très instruite, mais souvent mal outillée pour le marché du travail – ce n’est rien de moins que de parler du futur de ce continent.

C’est pourquoi ces Assemblées sont importantes. La croissance de qualité et la croissance durable pourraient nous faire parler pendant des semaines – et « la parole est l’ombre de l’action ». Il y a beaucoup à dire et beaucoup à faire.


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