L’Afrique commence à prendre son destin en main

06oct.2014
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Par Donald Kaberuka

L’économie de l’Afrique a quadruplé depuis le tournant du nouveau millénaire. Surpassant le reste du monde sur le plan de la croissance économique, l’Afrique subsaharienne a fini de dissiper tous les doutes quant à la dynamique ascendante qu’emprunte le continent.

Hormis les habitants des 10 pays africains où l’Union africaine ou les Nations unies gardent des forces de maintien de la paix, 85 % des Africains vivent aujourd’hui dans des pays relativement stables, où règne la paix, et qui génèrent 95 % du produit intérieur brut (PIB) du continent. En effet, 7 des 10 économies mondiales qui enregistrent la plus forte croissance sont africaines.

Et ce n’est pas le seul point positif. Les revenus moyens ont augmenté de 30 % au cours des dix dernières années, après s’être contractés de 20 % entre 1980 et 2000. Les prix des matières premières ont été au cœur de la reprise, mais d’autres facteurs y ont également contribué. Pour exemples, le Rwanda et l’Éthiopie, bien que dépourvus de ressources pétrolières ou minières, figurent ainsi parmi les pays les plus performants du continent. Néanmoins, des défis de taille demeurent sur l’ensemble de l’Afrique. La pauvreté connait certes une réduction, mais celle-ci s’avère bien trop lente dans la plupart des régions. Si les indicateurs sociaux se sont améliorés, les inégalités demeurent. Et, bien que l’investissement direct étranger ait augmenté de manière significative, la création d’emplois reste problématique.

Il ne faut pas chercher bien loin les causes de ces points négatifs. Le changement structurel et la diversification ont été limités. La part de l’agriculture dans le PIB a baissé. Dans le même temps, la croissance du secteur manufacturier s’est vue freinée par la fragmentation des marchés et la faiblesse des infrastructures – avec, notamment, une pénurie d’énergie et une capacité portuaire insuffisante – reste aigüe.

Cela étant, éradiquer la pauvreté au cours des deux décennies à venir reste un objectif réalisable. Si un cadre politique adéquat est mis en place et que les goulots d’étranglement sont éliminés, nous pouvons escompter voir une nouvelle Afrique émerger.

Il importe de ne pas oublier que ce que l’on appelle la « nouvelle Afrique » est un continent composé de 54 pays, répartis dans cinq régions. L’Afrique n’est pas un ensemble monolithique. La crise actuelle de l’Ebola a encore une fois révélé la tendance, qui existe depuis l’extérieur, à qualifier le continent comme une seule et même entité. La notion de « ruée vers l’Afrique » de ce 21e siècle est tout aussi pernicieuse qu’a pu l’être la première « ruée » de la fin du 19e siècle. La seule généralisation que l’on peut s’accorder sans se tromper est celle-ci : l’Afrique est en marche pour planifier, gérer et commencer à financer son propre destin.

Le continent subit l’influence de quatre grandes tendances. Tout d’abord, l’émergence d’un monde économique multipolaire, générant de nouvelles sources d’investissements et de destinations à l’exportation, ainsi qu’une expérience et un savoir-faire certains dans le domaine du développement. Deuxièmement, le potentiel démographique, autrement dit le « capital humain », d’un continent jeune et de plus en plus urbanisé, qui compte 1 milliard d’habitants – un chiffre qui devrait doubler pour atteindre les 2 milliards d’ici à 2050, les deux-tiers de ces habitants vivant dans des villes. Troisièmement, les découvertes incessantes et nombreuses de gisements importants en ressources naturelles, et les défis que posent la gestion et le partage de cette richesse. Quatrièmement, l’opportunité qui est toujours offerte de sauter les étapes qu’ont dû franchir les régions plus développées dans de nombreux secteurs, grâce à l’utilisation de technologies, telles que la téléphonie mobile.

Comment l’Afrique peut-elle donc transformer une croissance économique en véritable mutation économique ? Tout d’abord, le continent doit accomplir une véritable intégration économique régionale, grâce à la construction de liaisons routières, ferroviaires et aériennes, à l’ouverture des frontières et à l’élimination des normes réglementaires « souples » et inutiles qui entravent le commerce.

Deuxièmement, l’Afrique doit mieux gérer ses ressources naturelles, afin de s’assurer qu’elle tire parti de la tendance actuelle à la hausse des prix. Ces matières premières ne doivent pas être bradées. Bien au contraire, elles devraient être inscrites dans des chaînes de valeur et exportées avec des conditions commerciales plus équitables. Troisièmement, nous devons relever les défis que rencontrent les pays africains qui connaissent encore la fragilité inhérente à tout processus de développement. Cette année, j’ai mis en place un panel de personnalités de haut niveau, dirigé par la présidente du Libéria, Ellen Johnson Sirleaf, dans le but de s’attaquer à ce problème.

La cause fondamentale commune à tous ces défis réside dans le manque d’infrastructures en Afrique, celles-ci représentant à la fois le moyen de commercer et la voie vers le développement économique et social. Le continent a pour tâche principale de combler le déficit de financement des infrastructures, qui s’élève à 50 milliards de dollars EU par an et qui coûte au moins 2 % en termes de croissance annuelle du PIB. Le capital privé représente une grande partie de la solution, sous la forme de capitaux privés étrangers, d’emprunts et de ressources inexploitées des fonds de pension africains et des marchés de capitaux.

La solution consiste à ôter le risque de l’équation. Les conditions préalables sont aujourd’hui en place : dans les domaines de la politique et de la réglementation, dans les cadres de partenariats public-privé et chez les régulateurs indépendants. Des outils d’atténuation du risque – tels que les garanties de crédit – existent également pour rassurer les investisseurs, en particulier dans les pays « à haut risque » et à faible revenu.

L’Afrique n’est plus le lieu où mener ses affaires selon « les bonnes vieilles habitudes ». Aujourd’hui, elle offre une proposition de valeur différente, à mesure qu’elle amorce sa transformation économique.

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La présentation est disponible en cliquant ici .

Cette tribune a été publiée le 5 octobre 2014 dans le Financial Times
http://www.ft.com/intl/cms/s/2/ef097fea-3fea-11e4-936b-00144feabdc0.html#axzz3FLvMAHyo


Commentaires

salem wiseman - United Kingdom 21/07/2015 20:19
moving ahead towards one currency absolutely we can decide our commodities future prices that our right we work together with database of the(OECD) to move up the economics of the world,
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