Les richesses minérales de l’Afrique : bénédiction ou malédiction ?

07oct.2013
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La question est si souvent posée au sujet de si nombreux facteurs  de développement sur le continent africain !

La controverse fait rage tant au sujet du potentiel des richesses naturelles exceptionnelles de l’Afrique que des motifs de ses échecs. Le débat se poursuit et s’intensifie à chaque nouvelle découverte – du pétrole au Ghana, du manganèse au Gabon, du charbon au Mozambique, pour n’en citer que quelques-unes. Nous estimons que l’Afrique dispose de réserves équivalant à 120 milliards de barils de pétrole, soit autant que la moitié de l’Arabie saoudite, et de 600 millions d’hectares de terres arables non cultivées, soit la moitié du total mondial. Que son potentiel puisse engendrer une véritable transformation ne fait aucun doute, comme nous l’avons constaté dans des pays comme l’Angola. À la Banque africaine de développement (BAD), nous estimons que les ressources naturelles du continent contribueront aux recettes des États à concurrence de 30 milliards de dollars par an au cours des 20 prochaines années.

Nous savons également que ce montant pourrait être encore plus élevé si les gouvernements étaient mieux informés de la vraie valeur de leurs ressources naturelles et s’ils bénéficiaient d’une aide pour faire face à la complexité de la négociation des contrats avec les entreprises privées. On dit de l’Afrique qu’elle perd plus de 60 milliards de dollars par an du fait des sorties illégales de capitaux et de la manipulation des tarifs d’extraction des minéraux.  La majeure partie de ces recettes étant exportée hors du continent. Les industries qui exploitent les ressources naturelles, et en particulier les industries extractives, se sont développées comme des « économies enclavées ». Elles génèrent une richesse qui est exportée plutôt que partagée ou réinvestie dans les domaines qui en ont le plus besoin pour relever les défis du développement humain et construire des infrastructures. Une politique rigoureuse, des cadres réglementaires et juridique solides, ainsi que la transparence quant à la façon dont les décisions relatives à l’exploitation des ressources sont prises et les recettes distribuées sont indispensables.

Les priorités absolues en matière de ressources naturelles ne concernent donc pas tellement la prospection, l’exploitation ou l’environnement, mais plutôt... les meilleures pratiques et les politiques exemplaires.

C’est pourquoi la Banque africaine de développement aide les pays africains (13 à ce jour) à mettre en œuvre l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), qui porte sur la gestion des recettes des ressources naturelles.  Elle  leur apporte son concours – par l’intermédiaire de sa Facilité africaine de soutien juridique – dans la négociation de leurs contrats et autres transactions commerciales complexes. La BAD continuera à soutenir l’ITIE et les autres normes de référence, comme la Vision pour l’industrie minière en Afrique et l’Initiative de politique foncière. Et, tout en poursuivant ses actions dans l’Afrique entière – où elle renforce la gouvernance et optimise les rendements des secteurs de l’exploitation forestière, de la pêche, de l’eau, de l’agriculture et des industries extractives, par exemple –, elle poursuivra aussi son plaidoyer mondial en faveur du programme actuel du G8 « Commerce, fiscalité et transparence », dont une grande partie concerne les recettes des ressources naturelles dans les pays en voie de développement.

Notre tâche consiste à libérer tout le potentiel du capital naturel du continent, auquel la croissance de l’Afrique est si intimement liée, tout en assurant l’autonomisation de son capital humain, qui assurera en fin de compte sa survie, bien après l’épuisement de ses précieuses ressources naturelles et l’effondrement de leurs prix. Il nous faut transformer la richesse finie en richesse infinie, la richesse naturelle en richesse fabriquée, et les économies fondées sur des ressources en des économies diversifiées s’appuyant sur le savoir-faire et l’industrie, créatrices d’emplois. L’optimisation du capital naturel est intrinsèquement liée à l’optimisation du capital humain.  Toutes deux constituent les objectifs principaux et jumeaux de la Stratégie 2013-2022 de la Banque africaine de développement, « Au cœur de la transformation de l’Afrique ».

L’expérience et l’expertise de la Banque africaine de développement lui valent la confiance de l’ensemble du continent et lui permettent de s’introduire dans toute l’Afrique. Au sein du monde foncièrement politique des intérêts mis en jeu par les ressources naturelles de l’Afrique, la BAD est une source de conseils apolitique et hautement qualifiée. Un nouveau Centre de gestion des ressources naturelles africaines a d’ailleurs été créé à la Banque, et il offre des réponses coordonnées en temps réel sous la forme de services de conseil, d’assistance technique, de formation, de plaidoyer et de production de connaissances.

Revenons-en à notre question : bénédiction ou malédiction ? La réponse devrait être une fabuleuse bénédiction. Les erreurs du passé peuvent être désormais évitées : les meilleures pratiques sont bien connues, tout comme les modèles de gestion des ressources naturelles. Notre génération n’aura qu’une seule chance.  Alors cette fois, nous devons réussir !


Commentaires

A M - 13/02/2014 20:15
Ultimately, bad governance is the key enemy of development in Africa. You can craft the the best laws and policies, but so long as they are not operational, they are not worth the paper/website, etc they are printed/logged on.

Infact bad governance may inhibit the development of such necessary legal and policy tools/frameworks
MB B - South Africa 30/10/2013 15:20
I would like to take a contrarian view to Pres. Kaberuka and suggest that the main reason why African aren’t benefiting from their natural resource wealth is because we are not making any use of it. Yes we have vast potential of oil, gas, mineral deposits, but we and foreign partners are exploiting a tiny fraction of it. And this tiny fraction can’t answer the oversized expectations and needs. How much of the 120bn barrels of oil are produced each year? How much of our arable land is producing? Until you monetize this wealth it’s just potential, and potential doesn’t feed Africa.
Amara Dabo - Guinea 22/10/2013 18:10
Le probleme majeur de notre continent dans la gestion efficace et efficiente de nos richesses reste inevitablement le niveau de formation de nos cadres. Les personnes qui sont censees defendre les interets des pays face aux multinationales qui regorgent des personnes competentes et bien formees pour mieux defendre l'interet des societes pour lesquelles elles travaillent. Nous sommes confrontes a un serieux problemes de formation surtout dans le domaine des negociations et si nous voulons tirer profit de nos richesses, nous devons imperativement relever le niveau de formation de nos cadres.
K. M. - 15/10/2013 13:05
In reference to the 'Resource Curse,' adage, I concur that establishment of rigorous quantitative metrics as a benchmark to more accurately depict the 'hidden' value in the Mining & Extractive industries in Sub-Sahara Africa (SSA) are of necessity.

More importantly, as posited in your excellent blog, a better gauge of performance is engagement of a critical mass of highly skilled & qualified human capital -not just exclusively in the extractives industries, but other sectors as well. Transparent and sound economic governance, including strong institutional frameworks are keys to unlocking the holy grail.

One point to possibly further illustrate the fair Trade, Tax & Transparency regime, is the model adapted by the state of Alaska which has an equitable stake for every Alaskan resident. Similar templates (adjusting for country-specific variables) adopted in SSA mineral-rich countries would be a boon for the continent.
Marcel Urayeneza - United States 10/10/2013 05:44
A blessing definitely!!
To me however, I feel like mineral wealth is not as valuable as character wealth that we have seen in some of the African icons like Mandela just to name one. We all should learn from the kind of leadership that Mandela and the likes have shown us.
For this then, well said when you talked about empowering the continent human capital. I have lived in the US close to 10 years now. When I see the eagerness of young Africans here and how hard working they are, it only gives me hope that Africa not only has 120bn barrels of oil reserves but has thousands of hundreds of brains to tap in.
Expertise in almost every domain of life is still lacking compared to the scope of work that has to be done on the continental level. I salute the bank's initiative to develop young Africans around the globe.
Coming back to minerals, yes policies, best practices,... are the pillar of a sustainable development. However until we hit the balance between complying with policies and pursuit of personal interest the mistakes of the past will be the mistakes of the future and our blessing will perpetually be unfortunately a curse.
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