L’aide multilatérale au 21e siècle

26sept.2013
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Il y a cinq ans, le rôle des banques multilatérales de développement a été prépondérant pour atténuer les effets les plus néfastes et les plus dévastateurs de la crise financière mondiale, grâce à leurs financements contra-cycliques, leur appui budgétaire, à la  facilitation des échanges commerciaux, et à un bon nombre d’autres instruments.  La Banque africaine de développement a, quant à elle, doublé ses dons et prêts entre 2008 et 2009. Au regard du rôle primordial de ces banques, les actionnaires ont décidé d’accroitre leur capital. Celui des Banques asiatique et africaine de développement a été triplé. Certaines de ces institutions – le Fonds africain de développement, l’Association internationale de développement (IDA) et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme – finalisent actuellement la reconstitution des ressources de leur guichet de financements concessionnels, qui viennent en aide aux pays les plus pauvres. La dernière fois, ces fonds ont été généreusement reconstitués.  Qu’en sera-t-il cette fois-ci?  

Parmi les pays développés, l’engagement et le financement nécessaires à l’éradication de la pauvreté des pays les moins développés sont, malheureusement, à l’épreuve de contextes économiques difficiles et persistants. Alors que l’économie mondiale se remet difficilement, c’est, en fait, la forte croissance des pays à faibles revenus qui peut lui apporter l’impulsion économique nécessaire. Pour la première fois depuis 20 ans, l’aide publique au développement (APD) a commencé à s’éroder en 2011, une baisse davantage marquée encore en 2012. La pression qu’elle subit désormais signifie que nous devons repenser les futurs instruments de l’aide. Cela consiste, tout d’abord, à créer des effets de levier sur la base de capitaux privés puis, ensuite, à aider les pays à mieux gérer leurs ressources naturelles.

En ces temps de morosité économique ambiante, l’APD s’avère inconstante, sujette à quantité de sensibilités externes. Certains souhaiteraient la suspendre immédiatement au motif qu’une plus grande place devrait être accordée aux préoccupations nationales, ou parce que la corruption, le gaspillage et la dépendance des pays à laquelle l’APD est destinée sont encore trop élevés. D’autres la considèrent comme un important instrument de progrès lorsqu’elle est provisoire.  J’ai, pour ma part, toujours estimé que si l’aide est véritablement efficace, elle est amenée à devenir progressivement obsolète. Nous considérons comme un succès lorsque nos pays bénéficiaires n’ont plus recours à nous, et lorsqu’ils deviennent, à leur tour, donateurs. Dans le cas de la Banque africaine de développement, l’Egypte et l’Afrique du Sud contribuent déjà au Fonds. L’Angola et la Libye ont manifesté leur intérêt.

Au cours de la dernière décennie, de nombreux pays africains ont accompli des progrès considérables. Un taux de croissance de 6 % sera atteint cette année, et le PNB du continent a doublé depuis le deuxième millénaire. Cependant, ne crions pas victoire : les défis de la transformation structurelle et de la durabilité demeurent, tout comme l’absence d’emplois et les faibles compétences. D’importantes poches de fragilité perdurent, qui sont parfois contagieuses. Le continent est toujours pénalisé par le déficit criant en transports, en énergie, en infrastructures et en eau. Ce sous-financement représente annuellement 50 milliards de dollars américains, et coûte 2 % de PIB au continent chaque année – un tiers de sa croissance annuelle. Les progrès ne peuvent se poursuivre avec un tel déficit en infrastructures.

Le Fonds africain de développement a consacré près des deux tiers de ses ressources aux infrastructures. Ces deux dernières années, 100 millions d’Africains ont pu bénéficier de ses nouvelles lignes électriques, d’un meilleur accès à l’eau et à l’assainissement, de meilleurs services de santé et de transport. Au cours de ces seules trois dernières années, nous avons consacré 7,5 milliards de dollars EU au secteur de l’énergie. Les plans futurs sont tout autant aussi ambitieux, avec un programme opérationnel de projets – dont un quart dans des pays fragiles – comprenant des dizaines de milliers de mégawatts de capacité énergétique additionnelle, de nouvelles routes ainsi qu’un réseau routier plus performant, de nouvelles lignes à haute tension et de réseaux de distribution d’électricité, des forages et des puits, ainsi que des centaines de milliers de nouvelles inscriptions dans l’enseignement secondaire, technique, et universitaire. Nous avons pour but de faire la différence.

Nous sommes néanmoins tous conscients que le déficit de financement des infrastructures, estimé à 50 milliards de dollars EU par an, ne saurait être compensé par les seules ressources publiques. La première tâche consiste à tirer parti du cycle actuel favorable des prix des matières premières, et à gérer, de manière judicieuse, les ressources naturelles afin de financer les infrastructures. C’est pour cette raison que le programme du G8 pour la transparence en matière de fiscalité et de commerce est si important. Nous devons, ensuite, attirer le secteur privé. La révolution des télécommunications qu’a connue l’Afrique dans les années 90, rendue possible en grande partie grâce aux financements du secteur privé, à la suite de la déréglementation du secteur des télécoms, nous a indiqué ce qui était de l’ordre du possible. S’agissant de l’énergie, les réformes sont désormais en place et n’attendent plus que les capitaux privés. Notre défi est de faire de ce financement une réalité.

Associer l’aide publique au développement aux capitaux privés, nous  savons le faire et l’avons démontré. Un dollar de prêt consenti par la Banque africaine de développement nous permet d’en lever près de six. J’étais récemment à Dakar pour visiter un groupement de projets d’infrastructures  – une nouvelle autoroute à péage, un nouvel aéroport, une centrale énergétique et l’agrandissement du port. 245 millions de dollars EU de financement de la Banque et 132 millions de dollars du gouvernement sénégalais ont permis de lever 1,3 milliards de dollars EU additionnels auprès de banques et d’investisseurs privés.

Ceci est l’“aide intelligente” en action : générer un afflux d’investissements par l’effet de levier de capitaux privés ; combattre la pauvreté grâce aux échanges, au commerce, à l’investissement et au secteur privé. C’est également la raison pour laquelle le Fonds africain de développement introduira de nouveaux produits financiers, incluant de nombreuses garanties, pour faciliter les investissements du secteur privé dans les pays africains, ainsi que l’accès aux marchés financiers. Un autre exemple d’optimisation de maigres ressources par le Groupe de la Banque est le Fonds Afrique 50 qui vise, en premier lieu, à mobiliser l’épargne africaine commune, telle que les revenus provenant des propres ressources naturelles du continent, et à financer ainsi les infrastructures grâce à des projets “banquables” ayant des impacts significatifs sur la vie des populations.

Si l’APD a été importante, l’histoire nous enseigne que les nations ont réussi à vaincre la pauvreté grâce au commerce et à l’investissement. C’est ce qui élèvera, également, le continent au-delà de son seuil actuel vers une pérennité accrue. Comme elles l’ont fait lorsqu’elles ont répondu à la crise financière en 2008, les banques multilatérales de développement devront, en 2013, revoir les outils à leur disposition, pour faire de ce souhait une réalité.


Commentaires

Youssfi Mohieddine - 11/10/2013 14:51
C'est le rôle militant de la BAD pour vaincre la pauvreté en Afrique et pour accompagner cette population à connaitre le développement durable et à goûter les bienfaits du mieux -être et pourquoi pas le bien-être.
Une action soutenue de la BAD pour imposer la bonne gouvernance dans les pays africains en sera la bonne voie.
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