Obama et le Sommet sur l’entrepreneuriat : Gros plan sur l’Afrique

27juil.2015
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Par Donald Kaberuka

Lorsque le président Obama a accueilli le sommet historique des dirigeants africains à Washington en août 2014, l’événement a apporté une contribution majeure au changement de l’image de l’économie du continent africain.

Les vieilles demi-vérités et généralités concernant la dépendance à l’égard de l’aide, l’instabilité politique et le sida ont été supplantées par des discussions portant sur les investissements, des collaborations sincères et une prospérité partagée.

Ceci n’aurait pas été possible sans un fondement solide sur les faits.

Ainsi, en 1990, seulement deux économies africaines affichaient des investissements directs étrangers supérieurs à l’aide étrangère dont elles bénéficiaient. Aujourd’hui, ce nombre est passé à 17 pays. Et alors qu’à l’époque, l’aide représentait approximativement le double des investissements directs étrangers dans l’ensemble de l’Afrique, aujourd’hui, ce rapport s’est inversé.

Bien entendu, les investissements étrangers ne sont qu’un des nombreux signes qui pointent dans la même direction de la croissance et des possibilités en expansion dans le long terme.

Le fait que le président Obama se rende à nouveau en Afrique - cette fois, à l’occasion d’un sommet sur l’entrepreneuriat - est une coïncidence qui présente de nombreux avantages.

L’événement permettra à l’Afrique de commencer à mettre un terme aux nombreuses idées reçues qui persistent quant à la résilience et la diversité de son économie.

Est-ce vrai que l’économie de l’Afrique se développe parce que des investisseurs toujours plus nombreux se rendent sur le continent à la recherche de ses matières premières et de ses ressources naturelles ? Non.

En effet, environ 90 pour cent des principaux investissements directs de création (Greenfield Investment) à travers l'Afrique sont dans le secteur manufacturier et les services, par opposition aux secteurs primaires tels que le pétrole, le gaz, les minéraux et autres ressources naturelles.

En 2014, lorsque le virus de l’Ebola a fait la une des journaux du monde entier avec des nouvelles alarmantes et terrifiantes, les investisseurs ont –ils perdu confiance dans les perspectives de croissance des sociétés africaines ? Non !

Les gestionnaires de fonds de capital-investissement ont levé 4 milliards de dollars pour les fonds d’actions africains en 2014, ce qui représentait en réalité le chiffre annuel le plus élevé depuis que ce secteur a commencé à mener un suivi des campagnes de financement en 2006, et près de 1,5 fois le record précédent de 2,6 milliards de dollars mobilisés en 2006.

Est-ce vrai que les politiciens et les entreprises déjà en place en Afrique s’efforcent toujours d’enrayer les tentatives de promotion de la destruction créatrice qui accompagne les économies dynamiques hautement compétitives ? Non !

Rien que pendant la dernière année, les nations africaines ont procédé à 75 réformes réglementaires visant à faciliter le lancement et l’exploitation de nouvelles entreprises. En fait, en tant que région, l’Afrique a surclassé toutes les autres de par l’ampleur de ses réformes favorables aux entreprises.

Il n’est pas exagéré d’affirmer que le plus important facteur à l’origine de tous ces changements est également le plus intangible : les attentes des Africains eux-mêmes.

Sur l’ensemble du continent, le fait que ce soit le secteur privé, et non pas les gouvernements, qui doit être le principal moteur de la création d’emplois fait l’objet d’une acceptation largement répandue et irréversible (contrairement aux tendances passées).

Même dans des pays comme l’Éthiopie qui, depuis longtemps, menaient une économie fermée, les barrières sont en train de tomber. Les investissements étrangers affluent.

Les africains espèrent désormais que les élections et les transferts de pouvoir se dérouleront toujours de façon pacifique, ordonnée et sans récriminations. Comme ce fut le cas récemment au Nigeria. Des progrès sont donc bel et bien en cours.

De plus en plus de gouvernements africains reconnaissent que les recettes intérieures et la dette doivent être administrées avec prudence, sous forme d’investissements de capitaux, et non pas comme des butins. En Afrique subsaharienne, le ratio de la dette par rapport au revenu national est maintenant inférieur à celui de l’Europe centrale et orientale, de l’Asie centrale, de l’Amérique latine et des Caraïbes. Depuis 2007, quatre nations africaines ont établi des fonds souverains.

Les africains sont réalistes. Nous ne nions pas l’existence des nombreux enjeux de taille que d’autres s’empressent d’évoquer : le manque d’infrastructures, la corruption, l’inégalité des salaires, les tensions ethniques et les disparités entre les sexes, etc.

Cependant, une compréhension détaillée et approfondie des possibilités, de la durabilité et de l’essor véritables du continent serait bénéfique tant pour les Africains que pour nos clients.

En septembre 2014, le journal The New York Times a publié une estimation du gouvernement américain selon laquelle jusqu’à 1,4 million d’Africains pourraient contracter le virus de l’Ebola. À ce jour, le nombre de décès représente 0,8 pour cent de cette estimation. Certes, il ne faut pas minimiser l’effroyable bilan multigénérationnel de ce fléau, mais il ne faut pas non plus que nous nous laissions détourner de notre voie et paralyser par des perceptions erronées.

L’Afrique est bien plus que la somme de ses vastes populations de jeunes pleins d’espoirs. Elle est plus que la somme de ses réserves de ressources naturelles. C’est une région dynamique en pleine progression qui assume ses problèmes hérités du passé tout en assurant son intégration rapide dans l’économie mondiale.


Commentaires

Victor OUROU - Burkina Faso 11/08/2016 12:31
J'ai vraiment apprécié le texte. C'est une leçon d'optimisme pour l'Afrique. En effet, le principal handicap du développement de l'Afrique est la perception négative que les Africains eux-mêmes ont de leur continent. Comment, à l'instar de la pression occidentale, mettre toujours l'accent sur ce qui ne va pas alors que des actions merveilleuses sont prises par des africains ?
Le jour où chaque africain, jeune comme vieux, pourra voir notre continent comme une terre d'espérance, une terre d'immenses potentialités, ça sera la fin de l’auto-flagellation, de la confiance retrouvée et le développement pourra s'amorcer véritablement.
Dennis Karangwa - South Africa 18/11/2015 07:54
African economies have the potential to mirror the success of South East Asia in the 70s, 80s, and 90s. Misconceptions and negative perceptions created by development- minded media houses has been helped to a great extent by local and regional political and economic policies that haven't been pro - growth. Where this has been the case, results are evident. Much of Africa's lagging behind has been self-inflicted while some has been foreign for many reasons.

As Africans and their leaders begin to open up their economies there is an opportunity for investments from those who have the resources but whose opportunities have been depleted. It's Africa's turn......
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