Quels enjeux pour l'Afrique ?

Sans doute l'Afrique sera-t-elle, plus que toute autre région au monde, la plus durement touchée par les effets du changement climatique. C'est dire si la lutte pour préserver le climat est un enjeu crucial pour le continent africain. Un enjeu rendu d'autant plus aigu par les nombreux défis auxquels l'Afrique fait déjà face : boom démographique (2,5 milliards de personnes en 2050, selon les dernières projections de l'ONU - soit ¼ de la population mondiale), urbanisation galopante, chômage et emploi... Ce, malgré les signes évidents de croissance économique observés en Afrique au cours des 15 dernières années.

Les effets du changement climatique, multiples et dévastateurs - sécheresses, désertification, inondations, tempêtes... - exercent une pression de plus sur un système de production alimentaire déjà fragile en Afrique, un continent qui fait déjà face à des défis d'ampleur liés à l'insécurité alimentaire.

Si rien n'est fait pour changer la donne climatique, l'Afrique ne pourra subvenir qu'à 13 % de ses besoins alimentaires d'ici à 2050, selon les Nations unies. De quoi menacer également les moyens de subsistance des quelque 65 % de la population active en Afrique, qui travaillent dans l'agriculture ; d'autant que 94 % de l'agriculture du continent dépend de la pluviométrie. Le rapport Africa's Adaptation Gap ("L'écart de l'adaptation en Afrique") du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), signale qu'un réchauffement d'environ 2°C entraînerait une baisse de 10 % du rendement agricole total en Afrique subsaharienne d'ici à 2050 - une baisse qui pourrait atteindre 15 à 20 % si le réchauffement va au-delà.

« L'agriculture est le secteur le plus touché par le changement climatique, particulièrement en Afrique. Il importe de tenir compte soigneusement de ce secteur. C'est pourquoi nous développons des solutions pour faire face au changement climatique. »

Aly Abou-Sabaa, vice-président de la BAD, chargé du développement humain, de l'eau, de l'agriculture et de la gestion des ressources naturelles.

Menace sur le développement

Et l'agriculture n'est pas seule menacée. C'est tout un écosystème, des populations, une biodiversité, des équilibres économiques et géostratégiques, qui s'avèrent en péril. Les effets négatifs des changements climatiques altèrent d'ores et déjà le PIB de l'Afrique de 1,4 % environ, et les coûts induits par l'adaptation devraient atteindre 3 % du PIB par an en 2030, voire 7 % par an d'ici à 2100 d'après PNUD si le scénario de réchauffement atteint les 4°C.

Les déplacés climatiques sont de plus en plus nombreux. Ils étaient 8,2 millions en Afrique en 2012, soit quatre fois plus que durant les quatre années précédentes, selon Global Estimates 2012, un rapport conjoint de l'International Displacement Monitoring Center (IDMC) et du Norwegian Refugee Council (NRC) paru en 2013.

Certes, le continent africain n'est responsable que de 4 % seulement des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), à l'origine du changement climatique. Or, si rien n'est fait pour défendre les intérêts de l'Afrique, celle-ci risque d'en payer très cher les effets, ainsi que le souligne le rapport 2014 du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC).

  • Adaptation : processus ajustement d'un système aux changements climatiques, actuels ou attendus, afin d'en atténuer les dommages potentiels, de tirer parti des opportunités ou de faire face aux conséquences. Dans les systèmes naturels, l'intervention humaine peut faciliter l'ajustement au climat prévu et ses effets. (Glossaire, GIEC, 2014)
  • Atténuation : intervention humaine pour réduire les sources ou augmenter les puits de gaz à effet de serre. Cela comprend les stratégies visant à réduire les sources et les émissions de gaz à effet de serre et l'amélioration des puits de gaz à effet de serre. (Glossaire, GIEC, 2014)

Défendre les intérêts de l'Afrique : s'imposer dans le débat mondial

Voilà pourquoi il est si important pour l'Afrique de s'imposer dans les débats internationaux et les accords conclus en matière de changements climatiques : pour ne plus subir, mais pour en combattre efficacement les effets néfastes, voire faire preuve d'innovation en esquissant des solutions exemplaires.

C'est précisément ce à quoi œuvre la Banque africaine de développement (BAD), dont la stratégie décennale actuelle (2013-2022) entend favoriser une transition vers une croissance inclusive et "verte", et qui, à travers ses fonds propres et des ressources externes, appuie les pays africains dans leurs efforts de lutte contre les changements climatiques. Entre 2011 et 2014, la BAD, à travers Plan d'action sur le changement climatique (PACC), a ainsi mobilisé près de 7 milliards de dollars EU pour la mise en œuvre de 80 projets d'adaptation et 87 projets d'atténuation environ. Sur la seule année 2014, la Banque est parvenue à mobiliser 60 % de financements de plus qu'en 2013 pour lutter contre le changement climatique, révèle le dernier rapport conjoint des banques multilatérales de développement. Au nombre des instruments de financement dont la BAD dispose, figure le Fonds pour les changements climatiques en Afrique (FCCA), créé en avril 2014, dont le tout premier rapport annuel a paru le 8 mai 2015.

Voilà pourquoi la BAD sera présente à COP21 à Paris, en décembre 2015, avec ses deux partenaires, l'Union africaine et la Commission économique pour l'Afrique de l'ONU.

« C’est en Afrique que nous travaillons et que nous résidons […].Ce sont des millions de vies et les moyens de subsistance qui sont en jeu. »

Solomon Asamoah, vice-président de la BAD

janv. 2015

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