Finance climatique : pour l’Afrique, il y a urgence !

En 2015, les six plus grandes banques multilatérales de développement (BMD) au monde ont mobilisé, ensemble, plus de 81 milliards de dollars EU de financements climatiques, selon leur dernier rapport conjoint annuel, publié le 9 août 2016 : 25 milliards de dollars EU qu’elles ont fournis par elles-mêmes et 56 autres milliards qu’elles ont mobilisés auprès de sources extérieures.

Tous ces chiffres sont détaillés dans l’édition 2015 du Rapport conjoint des Banques multilatérales de développement sur le financement de la lutte contre le changement climatique (en anglais), publié par la Banque asiatique de développement (BAsD) en collaboration avec la Banque africaine de développement (BAD), la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), la Banque européenne d’investissement (BEI), le Groupe de la Banque interaméricaine de développement (GBID) et le Groupe de la Banque mondiale.

Depuis 2011, ces BMD – dont la BAD – ont investi, à elles six, plus de 131 milliards de dollars EU de financements climatiques au total.

L’Afrique, parent pauvre des financements climatiques mondiaux

Reste qu’à l’échelle mondiale, l’Afrique reste le parent pauvre des dotations financières à la lutte contre le changement climatique, ainsi que le révèle ce rapport : en 2015, les régions de l’Afrique subsaharienne et de l’Afrique du Nord ont chacune reçu 9 % du total des financements climatiques des BMD. C’est plus de moitié moins que les pays européens hors Union européenne et l’Asie centrale, qui ont reçu la plus grande part (20 %). C’est deux fois moins que l’Asie du Sud (18 %), autre victime majeure, avec l’Afrique, des effets du changement climatique dans le monde ; bien loin aussi du montant alloué à l’Amérique latine et aux Caraïbes (15 %) ; de celui consacré à l’Asie de l’Est et du Pacifique (14 %) ; ou à l’Union européenne (13 %) ; et autant que le Moyen-Orient (9 % aussi du total). Les 2 % restants représentent les engagements multirégionaux.

Déjà pénalisée par l’ampleur des effets du changement climatique qu’elle subit, démesurée au regard de sa maigre responsabilité historique en la matière, l’Afrique se voit donc doublement lésée, trop faiblement dotée pour avoir les moyens de lutter. Une telle situation ne saurait durer. Les pays africains ont besoin de davantage de soutien et de financements pour faire face au changement climatique.

La BAD, sur le front de la lutte

C’est précisément ce à quoi œuvre la Banque africaine de développement. Entre 2011 et 2016, grâce à son Plan d'action sur le changement climatique (PACC), la BAD a ainsi mobilisé plus de 8 milliards de dollars EU pour conduire des projets d'adaptation et d'atténuation sur le continent – près de 200 au total. L’année 2014 a pulvérisé les records, la Banque étant parvenue à mobiliser 60 % de financements de plus qu'en 2013 pour lutter contre le changement climatique. À la veille de la COP21, le président Adesina s’est engagé à ce que la BAD consacre, dès 2020, 5 milliards de dollars EU par an à la lutte contre les changements climatiques. À cet horizon, le budget que la BAD allouera à la lutte contre le changement climatique représentera 40 % de ses nouveaux investissements.

La BAD a également multiplié par cinq ses projets d’assistance technique auprès de ses pays membres, entre 2014 et 2015. Une forte hausse qu’explique Alex Rugamba, président du Comité de coordination sur le changement climatique (CCCC) à la BAD : « Comme nous l’ont demandé nos pays membres lors de la préparation des Contributions au niveau national (CDN), nous avons mis l’accent sur le renforcement des capacités institutionnelles en multipliant par cinq nos projets d’assistance technique, passés de 7 à 35 en un an. Au moment où les pays alignent leurs objectifs de développement sur les CDN de l’Accord de Paris, nous pensons que la priorité que nous donnons au renforcement des capacités est un signe annonciateur de notre engagement à atteindre ces objectifs. »
Outre les nombreuses initiatives qu'elle mène en matière de politiques de plaidoyer en faveur du financement climatique – via le Centre africain de technologie climatique et de financement, l'Initiative de la croissance verte et le secrétariat de la plateforme africaine de SE4All –, la Banque œuvre en faveur des 54 pays d’Afrique dans le cadre de 9 fonds et mécanismes dédiés :

Intégrer le changement climatique aux programmes de développement

Signe que le continent et ses 54 pays ont une conscience aigüe des enjeux que représentent les répercussions du changement climatique et qu’ils en tiennent compte dans leurs visions respectives du développement, la moitié des pays africains donnent la priorité aux solutions d’ordre climatique dans leurs plans nationaux de développement, selon Financing Change: the AfDB and CIF for a Climate-Smart Africa (« Financer le changement : la BAD et les FIC pour une Afrique ingénieuse au plan climatique », ndlr), le rapport annuel 2015 de la Banque africaine sur le portefeuille des Fonds d’investissements climatiques (FIC) dont elle a la gestion.

Fin 2015, est-il indiqué, 27 pays africains – soit la moitié de l’Afrique – s’étaient d’ores et déjà engagés dans divers volets de solutions au changement climatique, grâce au portefeuille de FIC que soutient la BAD. Le Ghana pour son secteur forestier, la Gambie et l’Ouganda pour leurs programmes nationaux respectifs de résilience climatique et le Kenya pour deux projets géothermiques figurent au nombre des pays qui ont obtenu le soutien de la BAD en 2016 grâce à son portefeuille de FIC. 

Énergies renouvelables, le formidable potentiel de l’Afrique

L’an dernier, le Pavillon Afrique de la COP21 a été la rampe de lancement d’une nouvelle initiative majeure, sous la houlette de l’Union africaine, et approuvée par le Comité des Chefs d’État et de gouvernement africains sur le changement climatique (CAHOSCC) : l’Initiative africaine pour les énergies renouvelables (dite AREI par acronyme en anglais). Objectif : produire 300 gigawatts (GW) d’électricité pour le continent d’ici à 2030.

Le potentiel des énergies renouvelables en Afrique est phénoménal : outre les 10 térawatts que pourrait produire l’énergie solaire, le gaz représente 400 gigawatts, l’hydroélectricité 350 gigawatts, l’éolien 110 gigawatts et la géothermie 15 gigawatts (lire cette Brochure sur le le rôle de la BAD pour financer une Afrique adaptée au changement climatique). Le recours aux énergies vertes permettrait même à l’Afrique de couvrir 22 % de ses besoins énergétiques d’ici à 2030 (contre 5 % en 2013), voire atteindre 40 % en 2040, selon le rapport Africa 2030, de l’Agence internationale des énergies renouvelables (IRENA). Signe positif, les projets se multiplient dans certains pays. En février 2016, le méga-complexe solaire de Noor (« lumière » en arabe), le plus grand au monde et dont la BAD est le premier bailleur de fonds avec près de 200 millions de dollars EU investis (hors FIC), a été inauguré près de Ouarzazate, au Maroc. À l’autre bout du continent, l’Afrique du Sud a investi 1 milliard de dollars EU dans les énergies renouvelables en 2014.

Dans la même démarche, le Kenya et l’Ethiopie misent de plus en plus sur les énergies renouvelables, comme en témoignent le parc éolien installé sur les hauteurs d'Adama, à 2000 m d’attitude en Éthiopie, le plus puissant d'Afrique subsaharienne, ou un projet emblématique tel que la centrale géothermique de Menengaï, dont la BAD est aussi l’un des bailleurs de fonds. En 2014, grâce à ce projet, le Kenya a ainsi doublé sa capacité de géothermie installée, passée à 579 MW. En République démocratique du Congo, le projet d’hydroélectricité de Grand Inga sur le fleuve Congo (un autre projet bénéficiant de l’appui de la BAD) devrait afficher une capacité de 40 000 MW une fois achevé.

Tel est le message que porte la Banque africaine de développement : certes, le changement climatique fait peser de lourdes menaces sur l’Afrique. Mais saisissons cette menace pour la transformer en opportunité. L’opportunité de changements et de progrès vertueux, à même de s’adapter au changement climatique pour bâtir une Afrique à l’agriculture prospère, auto-suffisante au plan alimentaire, riche de sa biodiversité et de populations en bonne santé et bénéficiant des services de base, et aux économies stimulées par une croissance verte.

Lutter contre le changement climatique coûtera de plus en plus cher

Mais cette transformation, l’opportunité qu’aiguise le changement climatique, coûte cher.

D’après la Banque africaine de Développement (BAD), le coût économique du changement climatique en Afrique oscillera entre 45 et 50 milliards de dollars par an d’ici à 2040 et atteindra jusqu’à 7 % en moyenne du Produit intérieur brut (PIB) annuel d’ici à 2100.

« La BAD peut jouer un rôle important pour améliorer l’accès direct des pays africains au Fonds vert pour le climat. »

Rapport Getting Africa ready for the Green Climate Fund (en anglais)

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