L’Afrique face aux enjeux du changement climatique

Le changement climatique est une réalité palpable. Les indicateurs clés du changement climatique ont même atteint des niveaux record en 2015, comme si le climat lui-même tenait à souligner l’importance historique de l’Accord de Paris conclu à la fin de la COP21 en France, en décembre 2015.

Sans doute l'Afrique est-t-elle l’une des régions du monde les plus durement touchées par le changement climatique. Les effets en sont d’ores et déjà visibles et concrets, avec des répercussions bien réelles sur la vie de millions d’Africains.

Les phénomènes climatiques extrêmes se multiplient

En 10 ans, de 1995 à 2015, le continent a subi 136 épisodes de sécheresse, dont 77  dans la seule région d’Afrique de l’Est. En 2015, la sécheresse a durement frappé l’Afrique australe et l’Afrique du Nord ; et l’Afrique du Sud a même enregistré sa pire sécheresse depuis un siècle !  En fait, 2015 a été l'année la plus chaude jamais enregistrée dans le monde depuis que les relevés météorologiques existent. A contrario, le Niger, le Mozambique, la République démocratique du Congo, Madagascar, l’Angola et le Malawi ont subi des inondations meurtrières et dévastatrices.

Le phénomène actuel d’El Ninõ, ce courant maritime qui longe le sud et l’est de l’Afrique, a plongé quelque 40 millions d’Africains dans l’insécurité alimentaire en 2015-2016.

7 des 10 pays les plus vulnérables au monde sont en Afrique

Là est l’injustice climatique : si l’Afrique contribue pour moins de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), elle en est l’une des premières victimes. Sur les 10 pays au monde considérés comme les plus menacés par le changement climatique, 7 sont africains : la Sierra Leone, le Sud-Soudan, le Nigeria, le Tchad, l’Éthiopie, la Centrafrique et l’Érythrée.

C'est dire si la lutte pour préserver le climat est un enjeu crucial pour le continent africain. Un enjeu rendu d'autant plus aigu par les nombreux défis auxquels l'Afrique fait déjà face : boom démographique (2,5 milliards de personnes en 2050, selon les projections de l'ONU, soit ¼ de la population mondiale), urbanisation galopante, problématique du chômage et de l’emploi... 

La sécurité alimentaire en péril

Les effets du changement climatique, multiples et dévastateurs – sécheresses, raréfaction des ressources en eau, désertification, inondations, tempêtes... – exercent une pression de plus sur un système de production alimentaire déjà fragile en Afrique, un continent qui fait déjà face à des défis d'ampleur liés à l'insécurité alimentaire. D'autant que 94 % de l'agriculture du continent dépend de la pluviométrie.

La menace est sérieuse, au vu des quelque 232 millions d’Africains qui souffrent de malnutrition aujourd’hui – soit près d’une personne sur quatre. Une menace qu’entend contrer d’ailleurs la 2e des Cinq grandes priorités (Top 5) que la Banque africaine de développement s’est assignée : « Nourrir l’Afrique ». Car [GF1] si rien n'est fait pour changer la donne climatique, l'Afrique ne pourra subvenir qu'à 13 % de ses besoins alimentaires d'ici à 2050, selon les Nations unies. De quoi menacer également les moyens de subsistance des quelque 65 % de la population active en Afrique qui travaillent dans l'agriculture. Le rapport Africa's Adaptation Gap ("L'écart de l'adaptation en Afrique") du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), signale qu'un réchauffement d'environ 2° C entraînerait une baisse de 10 % du rendement agricole total en Afrique subsaharienne d'ici à 2050 – une baisse qui pourrait atteindre 15 à 20 % si le réchauffement va au-delà.

Menace sur le développement

Et l'agriculture n'est pas seule menacée. C'est tout un écosystème, une biodiversité, des équilibres économiques et géostratégiques, ainsi que les moyens de subsistance de populations entières qui s'avèrent en péril. Les effets négatifs des changements climatiques altèrent d'ores et déjà le PIB de l'Afrique de 1,4 % environ, et les coûts induits par l'adaptation devraient atteindre 3 % du PIB par an en 2030, voire 7 % par an d'ici à 2100 d'après le PNUD, si le scénario de réchauffement atteint les 4°C.

Les déplacés climatiques sont de plus en plus nombreux eux aussi. Ils étaient 8,2 millions en Afrique en 2012 ; c’est quatre fois plus que sur les quatre années précédentes, selon Global Estimates 2012, un rapport conjoint de l'International Displacement Monitoring Center (IDMC) et du Norwegian Refugee Council (NRC) paru en 2013.

Le constat est brutal : le changement climatique menace de réduire à néant nombre des progrès qu’ont enregistrés les pays du continent ces vingt dernières années en matière de santé, de développement social et de stabilité.

Défendre les intérêts de l'Afrique : s'imposer dans le débat mondial

Si rien n'est fait pour défendre les intérêts de l'Afrique, celle-ci risque d'en payer très cher les effets, ainsi que le souligne le rapport 2014 du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC). La facture sera d’autant plus élevée pour les pays africains si les pays développés ne tiennent pas leur promesse, entérinée à Paris en décembre 2015 : allouer chaque année, dès 2020, 100 milliards de dollars EU aux pays en développement pour les aider à lutter contre le changement climatique.

Les enjeux sont considérables et pas seulement au plan financier. Voilà pourquoi il est si important pour le continent africain de s'imposer dans les débats internationaux et les décisions entérinées en matière de lutte contre le changement climatique : pour ne plus subir, mais pour en combattre efficacement les effets néfastes, voire faire preuve d'innovation avec des solutions exemplaires dont pourrait s’inspirer la communauté internationale.

C'est précisément ce à quoi œuvre la Banque africaine de développement (BAD), partenaire du Pavillon et dont la stratégie décennale  (2013-2022) entend favoriser une transition vers une croissance inclusive et "verte". Le Top 5 de ses priorités (dites “High 5s” en anglais) répond également pleinement aux enjeux transversaux que pose le changement climatique.

Voilà pourquoi la BAD est présente à la COP22 à Marrakech, au Maroc, en novembre 2016, avec ses partenaires du Pavillon Afrique, la Commission de l’Union africaine, le NEPAD et la Commission économique pour l'Afrique de l'ONU : porter haut les couleurs et les intérêts des 54 pays qui constituent l’Afrique.

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