Perspectives économiques au Sud-Soudan

  • L’effondrement des recettes pétrolières a d’importantes retombées négatives sur l’économie sud-soudanaise ; on estime que le PIB a reculé de plus de 5 % en 2015 et, d’après les prévisions pour l’exercice 2015/16, les recettes pétrolières nettes du gouvernement atteindront à peine 17 % de leur niveau de l’année précédente.
  • Les parties au conflit civil du Soudan du Sud ont signé un accord de paix en août, mais aucun progrès significatif n’a été observé dans sa mise en œuvre.
  • La situation humanitaire continue de se détériorer : en novembre 2015, le conflit civil qui s’enlise avait fait plus de 2.2 millions de déplacés.

Depuis l’indépendance en 2011, le paysage politique du Soudan du Sud continue d’être dominé par des tensions d’origine interne et externe qui font peser une menace sur la paix et la stabilité durables. En décembre 2013, le pays a sombré dans un conflit prolongé qui a rendu la situation encore plus incertaine. Les parties au conflit ont finalement signé un accord de paix en août 2015, mais sa mise en œuvre dans les délais prévus est très compromise. En effet, le délai où les parties auraient pu former un gouvernement de transition est écoulé. Or, le conflit est lourd de conséquences sur le plan humanitaire. En novembre 2015, on dénombrait dans le pays plus de 2.2 millions de personnes déplacées, soit 200 000 de plus qu’en début d’année. Cette population comprenait 1.6 million de déplacés internes et plus de 616 000 personnes réfugiées dans des États voisins. On prévoit que 4.6 millions de personnes seront gravement affectées par l’insécurité alimentaire cette année, contre 3.8 millions l’an dernier au plus fort de la saison de soudure. L’incidence de la pauvreté a augmenté, passant de 44.7 % en 2011 à plus de 57 % en 2015.

Les effets négatifs du conflit civil sont aggravés par d’énormes problèmes d’ordre économique et budgétaire. Le gouvernement est confronté à un déficit budgétaire abyssal dû à l’effondrement de ses recettes pétrolières. Le Soudan du Sud est un des pays les plus tributaires du pétrole au monde, puisque ce produit représente à la fois la quasi-totalité de ses exportations, environ 60 % de son produit intérieur brut (PIB) et plus de 95 % des recettes publiques des exercices antérieurs. En 2014/15, la production pétrolière a été inférieure de 40 % au niveau escompté en novembre 2013. À cette forte baisse de la production s’est ajouté un effondrement des cours mondiaux du pétrole : alors que le baril frôlait les 110 USD en juillet 2014, il valait moins de 35 USD en janvier 2016. La baisse de la rente pétrolière a considérablement amoindri les recettes publiques, de sorte qu’il n’a pas été possible d’investir dans des activités de développement. Selon les prévisions pour l’exercice 2015/16, les recettes pétrolières nettes du gouvernement représentent à peine 17 % de leur niveau du précédent exercice. Ces dernières années, la croissance du PIB a évolué en dents de scie, sous l’effet du conflit et des fluctuations des cours du pétrole. D’après les estimations de la Banque africaine de développement, après avoir enregistré une croissance de 15.9 % en 2014, le pays devrait connaître une croissance négative de -5.3 % en 2015. Une reprise timide de l’activité est attendue en 2016, avec un taux de croissance de 0.7 %, et le pays devrait renouer avec la croissance en 2017 (+8.8 %). Toutefois, la reprise dépend d’une remontée des cours du pétrole et de l’application de l’accord de paix.