Perspectives économiques au Soudan

  • La croissance économique du Soudan a dépassé 5 % en 2015 et devrait atteindre plus de 6 % en 2016 et 2017, principalement grâce à l’agriculture et aux industries extractives ainsi qu’à de meilleures politiques macroéconomiques.
  • Les enjeux restent la poursuite des réformes de la politique économique, la stabilité économique, la guerre civile et la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement, mais on espère qu’une issue positive du dialogue national conduira à la fin de la guerre civile et à une meilleure stabilité économique.
  • Une stratégie de développement urbain cohérente est nécessaire pour mieux gérer la croissance de la population, les déplacements internes liés à la guerre civile persistante et les faibles liaisons actuelles entre les villes et les campagnes.

L’inflation est tombée à 16.9 % en 2015 tandis que la croissance du produit intérieur brut (PIB) réel est restée dynamique, à 5.3 %, soutenue par l’agriculture, les produits miniers, les services, les droits de transit du pétrole et l’investissement direct étranger (IDE). La croissance devrait atteindre 6.2 % en 2016 et 6.0 % en 2017, malgré la chute des cours du pétrole, la baisse des achats d’or par la Banque centrale et la situation instable en matière de sécurité. Ces prévisions reposent sur l’hypothèse d’une reprise agricole vigoureuse, d’une remontée progressive des cours mondiaux du pétrole, d’une stabilité politique au Soudan du Sud, d’entrées d’IDE soutenues et d’une issue positive du dialogue national pour mettre fin à la guerre civile et aux conflits.

L’assainissement budgétaire et monétaire, ainsi que la faiblesse des cours mondiaux des denrées alimentaires, et l’augmentation de 37 % des IDE ont stimulé la croissance économique et contribué à la baisse de l’inflation, établie à 16.9 %, contre 36.9 % en 2014. Néanmoins, le pays doit encore résoudre, sur fond de guerre civile, les enjeux de la diversification et du développement social, dont le fort taux de chômage, la pauvreté et la répartition inégale des richesses. Il est peu probable que les dépenses en faveur du développement social en 2015 soient plus élevées qu’en 2014 (0.3 % du PIB), et elles ne devraient pas non plus augmenter en 2016. Les difficultés liées à la dette extérieure et à la normalisation des relations avec les créanciers persistent également. Les autorités doivent encore définir un nouveau Programme suivi par le Fonds monétaire international avant de prendre une décision concernant l’Initiative des pays pauvres lourdement endettés (PPTE). En 2015, le Soudan a été retiré de la liste noire du Groupe d’action financière, un organisme international de surveillance de la fraude financière basé à l’OCDE. Cependant, le fait que le pays ait toujours du mal à gérer les transactions bancaires internationales peut favoriser les virements informels, contribuer à la distorsion des taux de change et limiter les recettes budgétaires.

Selon les estimations, les grandes villes du Soudan ont contribué au PIB à hauteur de 60 % en 2014, grâce à un socle de compétences supérieur de 62 % aux zones rurales. Dans les zones urbaines, la création d’emplois est supérieure à la moyenne et le taux de pauvreté s’élève à moins de la moitié de la moyenne nationale. D’ici 2030, la population urbaine représentera 48.6 % du total de la population en raison d’une contraction continue de la part de la population rurale. Toutefois, depuis 1990, la croissance urbaine a été poussée par l’exode rural, les déplacements internes forcés par la guerre civile et les conflits, les effets du changement climatique sur l’environnement, et l’accroissement démographique. Cela a fortement contraint les services urbains et perturbé les liens de marché entre la ville et la campagne, qui sont pourtant essentiels pour une transformation structurelle basée sur l’agriculture. Les politiques adoptées en vue d’assainir les bidonvilles ont entraîné un étalement de faible densité avec une dépendance à l’automobile, ce qui ne fait qu’ajouter à l’inefficacité de la prestation de services urbains. L’adoption d’une stratégie de développement urbain visant à améliorer les infrastructures et la gouvernance du territoire ainsi qu’à impliquer davantage le secteur privé est donc inévitable pour que le Soudan puisse exploiter les avantages potentiels d’une croissance rapide de son secteur urbain.