Perspectives économiques en Egypte
- La croissance devrait rester déprimée en Égypte, car l’État n’a pas encore accédé aux revendications de son peuple, qui réclame « du pain, de la liberté et de la justice sociale.
- Si l’État veut faire face à la nécessaire augmentation des dépenses sociales, il doit réformer ses entreprises publiques et son système inefficient de subventions à l’énergie.
- Le chômage des jeunes, deux fois plus élevé que la moyenne nationale, requiert une intervention urgente de tous les acteurs.
Dans le sillage de la révolution du 25 janvier 2011 en Égypte, les premières élections législatives libres et équitables se sont tenues en janvier 2012, et un président élu devrait entrer en fonction d’ici la mi-2012. Les acteurs politiques se sont engagés à rendre des comptes et à garantir la transparence des institutions et des services publics, laissant espérer une ère nouvelle d’opportunités économiques.
Mais la révolution a aussi engendré de nouveaux problèmes. La croissance économique s’est tassée en 2011 et ne devrait se redresser qu’en 2012/13. La persistance des troubles politiques a entraîné un repli du tourisme et des investissements directs étrangers (IDE), deux sources essentielles de réserves de change. En conséquence, la banque centrale a rapidement épuisé ses réserves pour maintenir le taux de change.
Si l’État veut être en mesure d’accroître ses dépenses dans l’éducation, la santé et la protection sociale pour les plus démunis, il doit en priorité réformer ses entreprises publiques et son système inefficient de subventions à l’énergie. Pour répondre aux revendications à court terme qui se sont exprimées lors de la révolution, l’Égypte devra aussi poser les bases des réformes économiques à moyen et long terme qui garantiront une croissance inclusive, ce qui était l’une des principales revendications des manifestants.
L’Égypte doit par ailleurs remédier à son retard de développement humain et aux inégalités sociales, qui touchent surtout les femmes et la population rurale. La mauvaise qualité du système éducatif ne permet pas de répondre aux besoins du marché du travail. À 23 %, le taux de chômage des jeunes est deux fois supérieur à la moyenne nationale. Le plan d’action national pour la jeunesse, destiné à accroître l’employabilité des jeunes, à leur offrir des opportunités d’emploi et à développer des politiques et des programmes axés sur le marché du travail, ne parvient pas à porter ses fruits. La plupart des emplois créés dans le pays sont de mauvaise qualité et se concentrent dans le secteur informel. L’incapacité à développer une solution multi-acteurs à ce problème pourrait mettre en péril tous les autres gains potentiels de la révolution.
